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"Well Well Well", la revue lesbienne qui brise les clichés sur la féminité

INTERVIEW - Marie Kirschen, rédactrice en chef de "Well Well Well" nous en dit un peu plus sur le troisième numéro, sorti le 26 octobre dernier.

JD Samson en couverture du magazine "Well Well Well"
JD Samson en couverture du magazine "Well Well Well" Crédit : RTLnet
lucie valais
Lucie Valais
Journaliste

Un média fait par et pour des femmes qui aiment les femmes, c'est l'objectif de Well Well Well, la revue lesbienne qui a sorti son troisième numéro en octobre dernier. Car dans un monde où la quasi totalité des médias LGBTQ ont disparu, le magazine Well Well Well entre en résistance. Têtue, Lesbia Magazine, La Dixième Muse ou plus récemment, Yagg sont autant de titres qui ont mis la clef sous la porte depuis 2013. Pourtant, en 2014, une équipe de journalistes a opté pour, bénévolement, créer un "mook" (mélange de magazine et de book) semestriel, guidés par Marie Kirschen, ex Têtue, devenue rédactrice en chef de cette revue lesbienne.

Pour son troisième numéro, disponible en librairie depuis le 26 octobre dernier, la rédaction s'est penchée sur le militantisme des femmes homosexuelles, des années 70 à aujourd'hui. Au sommaire, une galerie de portraits de militantes lesbiennes, des enquêtes, reportages, débats et un joli portfolio d'affiches féministes ou de planches de BD, la culture étant la colonne vertébrale de ces 128 pages. Inédit, instructif et épuré, Well Well Well regorge "sujets coup de cœur" qui allient élégamment le fond et la forme de ce "bel objet à garder", à lire et à relire.

Marie Kischen, rédactrice en chef de "Well Well Well"
Marie Kischen, rédactrice en chef de "Well Well Well"

RTL : D'où est née l'idée de créer la revue lesbienne Well Well Well ?
Marie Kirschen : Je travaillais pour Têtue.com (la version lesbienne du site Tetu.com, ndlr.). Quand Têtu a été vendu puis racheté, notre site a été supprimé. J'étais déçue et je me suis retrouvée avec beaucoup de temps de libre. La plupart des autres médias lesbiens avaient été fermés en 2013, au moment des débats sur le mariage pour tous. Il fallait un nouveau média sur la thématique lesbienne. Il y avait une vraie attente, pas seulement d'avoir un site, mais d'avoir un vrai objet pour elles, sur du papier. On a voulu faire un "mook". Grâce au crowfunding on a rassemblé près de 17.000 euros en un mois, c'était fou ! On a même été en rupture de stock du premier numéro. Un vrai succès.

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Les annonceurs ne voient pas le potentiel du lectorat lesbien.

Marie Kirschen, fondatrice et rédactrice en chef de "Well Well Well"
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La cible du "mook" est-elle uniquement les lesbiennes ?
La cible est en priorité les lesbiennes oui, mais on est contentes si le lectorat s'élargit à la communauté homosexuelle, aux hétéros... S'ils peuvent s'intéresser à notre travail, par curiosité, pour y apprendre des choses, on est ouvertes à tous ! Ce n'est pas une presse féminine traditionnelle. Parce que les sites féminins traditionnels ne sont clairement pas adressés aux lesbiennes, mais aux hétéros. On se rend vite compte que les femmes homos ou bi ne sont pas la cible de ce genre de presse.

Qu'est ce qui est le plus compliqué à gérer quand on crée un média LGBTQ ?
Le financement. Les annonceurs sont souvent frileux, n'ont parfois pas envie d'associer leur image de marque ou même ne voient pas le potentiel du lectorat lesbien. Pour contrer cela, on a fait le choix d'être bénévoles et de travailler à côté. Cette situation ne nous permet pas de sortir beaucoup de numéros. Comme nous savions que nous aurions beaucoup de mal à trouver des annonceurs, nous avons aussi fait le choix de faire une revue sans aucune page de pub. Le mook coûte 15 euros, ce qui est à peu près le prix de ce type de support. Une autre complication avec le magazine : intéresser tout le monde. Forcément, nos sujets ne peuvent pas parler à toutes les lesbiennes, c'est dur de plaire à tout le monde. On a donc fait le choix de traiter de nos artistes coup de cœur, ce qui nous plait à nous.

Le troisième numéro de Well Well Well est sorti le 26 octobre dernier, quelle est sa ligne directrice ?
On s'intéresse au militantisme actuel, mais également à l'histoire du mouvement, comme avec les Gouines rouges dans les années 70. Dans notre dossier, on trouve un long débat entre des jeunes militantes et des militantes plus âgés. Il y a parfois une incompréhension entre les générations car certaines militantes des années 70 s'opposaient au mariage, vu comme une institution sexiste, et ne comprennent pas que l'on puisse réclamer l'ouverture du mariage et de la PMA pour les couples de femmes. C'était très intéressant de confronter leurs points de vue et de les voir échanger.

En couv' du magazine, on a voulu mettre en avant une personne qui n'incarne pas la féminité traditionnelle.

Marie Kirschen, fondatrice et rédactrice en chef de Well Well Well
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Pourquoi avez-vous choisi JD Samson, membre du groupe Le Tigre, pour faire la une de ce numéro ?
Parce qu'on adore ce qu'elle fait. Il y a énormément de raisons de s'intéresser à elle, à son travail. Par ailleurs, on voit toujours les mêmes types de visages en couverture des magazines, des mannequins à la féminité très classique. Avec cette couv', on a voulu mettre en avant une personne qui n'incarne pas la féminité traditionnelle, parce qu'il y a plein de façons d'être une femme.

JD Samson dans "Well Well Well"
JD Samson dans "Well Well Well" Crédit : Marie Rouge

Déjà des idées pour le prochain numéro ?
C'est loin, mais on a beaucoup d'idées ! On mettra des artistes importants en avant, on voudrait se pencher sur d'autres débats féministes. Encore une fois, le but est de s'intéresser à l'histoire du mouvement lesbien, retrouver des témoignages. On veut continuer de mêler le côté historique, à la culture et l'enrichir par des reportages comme celui sur "Les amours clandestines des lesbiennes indiennes" dans ce troisième numéro.

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INTERVIEW - Marie Kirschen, rédactrice en chef de "Well Well Well" nous en dit un peu plus sur le troisième numéro, sorti le 26 octobre dernier.
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2016-11-09 07:00:00
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