4 min de lecture Égalité hommes-femmes

Égalité : pourquoi changer le premier article de la Constitution française ?

INTERVIEW - Le Laboratoire de l'Égalité propose de modifier l'article premier de la Constitution française. L'objectif : garantir (et non plus "favoriser") l'égalité entre les femmes et les hommes.

Égalité homme-femme (illustration)
Égalité homme-femme (illustration)
ArièleBonte
Arièle Bonte
Journaliste

Changer l'article premier de la Constitution pour garantir l'égalité entre les femmes et les hommes en France. C'est "l'appel solennel" lancé par le Laboratoire de l'Égalité à l'occasion du Parlement du féminin. Cet événement se tient à l'Opéra Comique à Paris, ce lundi 18 décembre, et a pour vocation de "rassembler toutes celles et ceux qui pensent et agissent en faveur d'une société plus équilibrée", peut-on lire sur le site.

Concrètement, cette instance - qui rassemble 1.300 hommes et femmes partageant "une culture commune de l’égalité" - propose d'apporter trois modifications au texte initial : ajouter "les citoyennes", préciser "l'égalité sans distinction de sexe" et remplacer "favorise" par "garantit". 

Donnant alors comme résultat : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens et les citoyennes sans distinction d’origine, de race, de religion ou de sexe. La loi garantit l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales".

À lire aussi
Des manifestantes lors de la "Marche des Femmes" à Washington, le 21 janvier 2017 États-Unis
Droit des femmes : pourquoi une seconde "Women's March" s'organise à Las Vegas

Selon le Laboratoire de l'égalité, le terme "favorise" n'est en effet pas suffisant "et laisse de nombreuses pratiques sexistes subsister dans plusieurs sphères de la vie sociale, politique et économique", peut-on lire dans un communiqué. Avec cet appel, qui sera relayé dès ce 18 décembre sur la plateforme Change.org, le Laboratoire de l'Égalité compte bien faire avancer les causes des femmes dans la société française. Explications plus en détails avec Corinne Hirsch, co-fondatrice du Laboratoire.

Un signal fort à lancer

Girls : D'où est venue l'idée de lancer cet appel à réformer le premier article de la Constitution française ?
Corinne Hirsch : cette proposition est ancienne et portée par de nombreuses d'institutions et personnes élues. Elle se présente en première position du Pacte pour l'égalité que nous avons présenté à la signature de tous les candidats et candidates à l'élection présidentielle. Il a été signé par Emmanuel Macron quand il était candidat et par Marlène Schiappa (la secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, ndlr). Le Parlement du féminin, où se regroupent plusieurs associations, s'est présenté comme une opportunité d'autant plus que le programme du président Macron annonce un certain nombre de projets qui vont susciter un changement constitutionnel. L'Assemblée nationale est également sur le point de délivrer un rapport dans lequel elle préconise un changement de la Constitution. Ce serait dommage qu'à cette occasion, il n'y ai pas un signal fort lancé pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

Les chiffres montrent que les femmes sont toujours défavorisées

Corinne Hirsch, co-fondatrice du Laboratoire de l'Égalité
Partager la citation

Pourquoi avons-nous besoin d'un changement de Constitution ?
Parce qu'elle n'est pas assez protectrice pour voter des lois en faveur de la parité. Quand Lionel Jospin a souhaité mettre en place une loi sur la parité, il a fallu changer la Constitution et ajouter la mention : "La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives". Même chose pour la loi de parité dans les conseils d’administration. Aujourd'hui, si l'on regarde de la vie politique à la vie économique française, les chiffres montrent que les femmes sont toujours défavorisées. On se satisfait d'une société qui n'est pas mixte et on envoie ce signal : le sexisme n'est pas grave.

Cet appel est-il une réponse à la politique menée par Emmanuel Macron et Marlène Schiappa ?Cela n'a rien à voir. À l'intérieur du Laboratoire, nous sommes un groupe pluriel - de femmes et d’hommes - issu de différentes sensibilités politiques. On travaille sur cet appel depuis plusieurs années. Ce n'est pas l'arrivée de Emmanuel Macron et Marlène Schiappa qui nous a précipités. 

On l'a vu avec le débat sur l'écriture inclusive, la langue française semble être définitivement politique. Pensez-vous que les mots ont véritablement le pouvoir de faire concrètement changer les choses pour l'égalité entre les femmes et les hommes en France ?
Les mots sont importants puisqu'on voit qu'en terme de modèles identificatoires, les petites filles rêvent d'être "infirmières" et non pas "pompières" tandis que les petits garçons, à l'inverse, rêvent d'être "pompiers" et non pas "infirmiers". Ce pouvoir des mots est essentiel pour que les enfants puissent se projeter selon leurs envies et non pas selon une norme sociale et culturelle.

Notre message : que chaque législateur se sente protégé par cet article premier.

Corinne Hirsch, co-fondatrice du Laboratoire de l'Égalité
Partager la citation

Emmanuel Macron a signé votre Pacte quand il était encore candidat à l'élection présidentielle. Avez-vous eu des retours de son engagement ? 
Nous sommes dans une logique de continuité et l'appel n'est pas adressé qu'à Emmanuel Macron mais aussi à Laurent Fabius (président du Conseil constitutionnel) et à nos trois assemblées constitutionnelles (l'Assemblée nationale, le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental) qui sont d'ailleurs présidées par 3 hommes. Quelque part, cela prouve qu'en terme de parité, on a des progrès à faire.

Si votre appel arrive à bout de ce premier article, quel serait le premier pas à engager pour garantir l'égalité ?
La réforme du premier article enverra un message fort aux législateurs, aux députés, sénateurs et sénatrices pour qu'ils puissent d'avantage proposer de lois protectrices qui engagent plus fortement l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est comme avec la proposition de loi de Marlène Schiappa concernant le harcèlement de rue : on est bien conscients qu'il n'y aura pas un policier derrière chaque femme mais chaque femme se sentira protégée par la loi. Notre message est là : que chaque législateur se sente protégé par cet article premier. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Égalité hommes-femmes Société Interview
Pour ne rien manquer
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7791443413
Égalité : pourquoi changer le premier article de la Constitution française ?
Égalité : pourquoi changer le premier article de la Constitution française ?
INTERVIEW - Le Laboratoire de l'Égalité propose de modifier l'article premier de la Constitution française. L'objectif : garantir (et non plus "favoriser") l'égalité entre les femmes et les hommes.
http://www.rtl.fr/girls/identites/egalite-pourquoi-changer-le-premier-article-de-la-constitution-francaise-7791443413
2017-12-18 07:30:00
http://media.rtl.fr/cache/hV5aTJjJrnlp4tJx4b4qsQ/330v220-2/online/image/2017/1102/7790775676_les-tpe-et-pme-encouragees-a-investir-la-question-de-l-egalite-entre-les-femmes-et-les-hommes.jpg