Le "fact checking" en vogue mais n'échappe pas aux critiques

Le "fact checking" est en vogue dans le journalisme, mais il n'échappe pas pour autant aux critiques visant les médias.

 Apparu aux États-Unis il y a quelques années, le "fact checking" est devenu dans le monde entier une nouvelle tendance en vogue dans le journalisme, mais il n'échappe pas pour autant aux polémiques et aux critiques visant les médias.

Un tournant décisif pour ces "vérificateurs" --qui passent au crible les affirmations ou promesses des hommes politiques et s'attachent plus généralement à vérifier les faits-- est le prestigieux prix Pulitzer attribué en 2009 à PolitiFact, qui avait suivi de très près la campagne présidentielle américaine de 2008 opposant Barack Obama à John McCain.

"Une tendance vraiment importante dans le journalisme"

Et si le site avait par exemple rappelé que le futur président américain était bien né aux États-Unis --et non à l'étranger, comme l'affirmaient certains de ses adversaires--, il avait aussi admonesté le candidat démocrate --coupable d'avoir affirmé que le gouvernement américain dépensait moins pour des recherches sur l'énergie que l'industrie des animaux de compagnie pour ses produits.


Depuis, le modèle a essaimé, aussi bien aux États-Unis qu'à l'étranger. "J'ai été vraiment surpris de découvrir à quel point le 'fact checking' s'est développé dans le monde", explique Bill Adair, un des fondateurs de PolitiFact, qui vient de publier une étude pour Duke University sur le sujet. "Ces sites utilisent la vérifications des faits et rappellent les hommes politiques à leurs promesses. C'est devenu une tendance vraiment importante dans le journalisme". Chaque site, chaque journal a son propre barème pour noter les politiques.

Un "sommet" pour le fact checking

Le Washington Post attribue jusqu'à quatre "Pinocchio" aux plus gros menteurs, FactCheckEU --spécialisé dans les questions européennes-- donne des appréciations allant de "Vrai" ou "Presque" jusqu'à "A côté de la plaque", AfricaCheck, premier site africain de vérification des faits lancé notamment avec le concours de la Fondation AFP, a par exemple planché sur les données économiques du Nigeria.

Face à cette croissance, le Poynter Institute, une école de journalisme américaine, organisera en juin à Londres le premier sommet du "fact checking", un instrument "vital pour les démocraties dans le monde", selon le président de l'institut Tim Franklin.

"Ils deviennent inutiles et perdent leur pertinence"

Mais s'il est salué par beaucoup, ce nouveau pan du journalisme n'en échappe pas pour autant aux polémiques et aux critiques qui visent souvent le monde médiatique. Prix Nobel d'économie, Paul Krugman, dont certaines des affirmations avaient été mises en cause par PolitiFact, l'avait résumé de manière cinglante dès 2011: "Les gens de PolitiFact sont terrifiés à l'idée d'avoir l'air partisans s'ils disent qu'il y a beaucoup plus de mensonges d'un côté du spectre politique que de l'autre. Du coup, ils se tiennent en retrait pour avoir l'air 'équilibrés' --et en faisant cela, ils deviennent inutiles et perdent leur pertinence".

"C'est difficile d'établir des faits de telle manière que personne ne trouve rien à y redire", pointe Lucas Graves, professeur de journalisme à l'université du Wisconsin. "Et c'est particulièrement vrai quand il s'agit du type de faits avec lesquels se débattent les hommes politiques. Tous les vérificateurs avec lesquels j'ai parlé en conviennent, et estiment que leur travail relève autant de l'art que de la science".

"Mais même s'il est impossible de déterminer les faits de manière à convaincre tout le monde, c'est encore pire de laisser les politiciens faire ce qu'ils veulent en laissant les choses en l'état", conclut-il.

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AntoineDaccord
par Rédacteur en chef - Responsable de la rédaction numérique RTL
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