Nevers : le procès du "dentiste de l'horreur" s'ouvre mardi 8 mars

L'homme a mutilé 120 personnes dans une petite commune de la Nièvre.

Le praticien installé à Château-Chinon a fait au moins 120 victimes
Crédit : DIDIER PALLAGES / AFP
Le praticien installé à Château-Chinon a fait au moins 120 victimes

C'est le genre de personne qui ne contribue pas à dédramatiser le rendez-vous chez le dentiste. Sauf qu'il n'y a pas que le bruit de la fraise qui est inquiétant dans le cabinet du "dentiste de l'horreur", comme ont fini par l'appeler les habitants de la Nièvre. Jacobus Marinus - dit Mark - Van Nierop sera jugé à partir du mardi 8 mars au tribunal correctionnel de Nevers pour mutilations, violences sur personnes vulnérables, escroqueries et faux en écriture.

Le praticien néerlandais avait été recruté en 2008 par un chasseur de tête pour s'installer à Château-Chinon, désert médical notoire. Sa venue avait ravi les habitants, obligés depuis plusieurs années de faire près de 20 km pour réaliser des soins dentaires. Tout semblait parfait dans son nouveau cabinet très moderne et, l'homme à la carrure de rugbyman se montrait très avenant. Il travaillait de concert avec sa femme qui officiait comme prothésiste. 

Un couple qui fait tout dans la démesure

Le couple avait élu domicile à 25 km de son lieu de travail, dans une grande maison bourgeoise où ils ont fait faire de nombreux travaux onéreux, installant notamment une piscine d'intérieure et une cave à vin. Une ancienne voisine, qui a requis l'anonymat, se souvient de la démesure de ces gens arrivés "avec des choses énormes: un gros 4X4, un gros chien, un gros cigare". 

Pourtant, depuis le scandale, les rideaux de la demeure restent tirés et à l'extérieur, les matériaux ont été abandonnés par les artisans. "Il a fait de gros dégâts", commente la jeune femme en évoquant "des personnes âgées qui ne peuvent plus parler" depuis qu'elles sont passées entre les mains de Mark Van Nierop. Elle-même, après des soins, a été "sensible au chaud et au froid pendant six mois et ne pouvait plus boire", mais elle n'a pas voulu porter son cas devant la justice.

Des pratiques de "gourou"

L'Ordre des chirurgiens-dentistes a lui réagi dès mars 2011 en déposant plainte pour pratiques illégales, puisque l'épouse soi-disant prothésiste exerçait sans diplôme. Peu de temps après, les plaintes de patients ont commencé à affluer, tandis qu'un "collectif dentaire" s'est constitué autour de Nicole Martin. Cette retraitée de l'enseignement évoque sa première visite chez les Van Nierop, pour un composite, comme "l'entrée dans un système, presque de gourou".

"Toutes les fois, il nous faisait ce qu'il appelait 'une petit piqûre' et on était endormi, lessivé, on avait la moitié de la figure endormie pendant cinq ou six heures et quand on sortait, on trouvait un post-it pour un rendez-vous le lendemain ou le surlendemain", raconte celle qui a eu des "dents saines dévitalisées, des dents arrachées à cause d'abcès" et s'est vu poser une couronne "trop petite". Sous prétexte de mettre à jour sa carte vitale, le Néerlandais en profita même pour réclamer 1.400 euros de soins à sa mutuelle, s'étrangle-t-elle. Surtout, la facturation de "quinze soins" en une seule visite sème le "doute" chez Nicole Martin qui apprend par une assistante dentaire qu'elle n'est pas seule dans son cas. 

Rattrapé dans sa cavale au Canada

Très vite, le collectif regroupe 120 victimes conseillées par un des avocats de la retentissante affaire du Médiator : Me Charles Joseph-Oudin. Le "dentiste de l'horreur", lui, organise sa fuite. Fin juillet 2012, le Néerlandais a prétendu avoir le bras paralysé après une chute pour fermer son cabinet. Le 7 juin 2013, il était mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, mais, dès le 26 décembre 2013, sa compagne signale sa disparition et un mandat d'arrêt international est délivré à son encontre. L'homme avait fui au Canada, où il est interpellé en septembre 2014, tentant alors de mettre fin à ses jours.

Prêt à tout pour éviter dix ans de prison

 Extradé vers les Pays-Bas, Jacobus Marinus Van Nierop, 51 ans aujourd'hui, "a dit avoir tué sa première femme, il a joué la folie, il a dit être transsexuel... Il a joué le tout pour le tout" pour ne pas être renvoyé en France, où il encourt dix ans de prison et 150.000 euros d'amende, souligne Nicole Martin. Selon la cour d'appel de Bourges, la demande d'entraide judiciaire adressée aux Pays-Bas a révélé que Jacobus Van Nierop y avait fait l'objet de sanctions disciplinaires après des plaintes. 

Pour Me Joseph-Oudin, le procès doit permettre de "comprendre comment on en est arrivé à de tels comportements", les explications de Mark Van Nierop étant "inexistantes ou farfelues". L'indemnisation des victimes reste, elle, un "problème" selon l'avocat, le dentiste étant insolvable et son assurance ayant annulé son contrat. Sur ce point, un arrêt de la cour d'appel de Bourges est attendu mi-mars. L'audience, quant à elle, doit durer une dizaine de jours. Pour Nicole Martin, "il faut surtout que ce procès serve d'exemple pour que plus jamais on n'installe quelqu'un, en ville ou à la campagne, sans vérifier en amont ses compétences".

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par Michael DucoussoJournaliste
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2016-03-06 22:49:55
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