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La clause Molière, une clause "du malade imaginaire" selon la CGT Construction

REPLAY - INVITÉS RTL - Imposer la langue française sur les chantiers, une mesure efficace pour régler les problèmes de sécurité ? Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment et Serge Pléchot, secrétaire général de la CGT Construction, Bois et Ameublement en débattent.

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La clause Molière, une clause "du malade imaginaire" selon la CGT Construction Crédit Image : AFP/J.Pachoud | Crédit Média : RTLNET | Durée : | Date :
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Yves Calvi et Léa Stassinet

Après les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France ou encore Normandie, c'est au tour de l'Île-de-France d'adopter la clause Molière, qui impose la langue française sur les chantiers. Cette mesure, prise principalement par des régions de droite vise à améliorer la sécurité des salariés, mais officieusement, elle servirait à contourner le recours aux travailleurs détachés. À gauche, on dénonce une mesure discriminatoire, et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a parlé d'une "clause Tartuffe dont il faut se méfier". Mais même à droite, l'unanimité n'est pas là. Gérard Larcher, le président LR du Sénat a affirmé qu'il était "contre la clause Molière", qu'il estime impossible à appliquer, notamment dans les Pyrénées-Orientales, en Alsace ou dans les Flandres, où se parlent aussi le catalan, l'alsacien ou le flamand. 

"C'est une fausse bonne idée. Cette clause, c'est celle du malade imaginaire", juge Serge Pléchot, Secrétaire général de la Fédération nationale de la construction, bois et ameublement de la CGT. "Ça ne réglera pas tous les problèmes, notamment ceux concernant la sécurité. Nous étions récemment sur un chantier où il y avait des Pakistanais, des Roumains, des Turcs ou encore des Portugais, et tous nous ont dit que le fait de ne pas parler français ne posait pas de problèmes de sécurité. La preuve, il n'y a eu aucun accident sur un chantier de 1.500 salariés", explique-t-il. 

Un ouvrier du bâtiment a besoin de comprendre les choses, il n'est pas plus bête qu'un autre

Jacques Chanut, président de la Fédérétion française du bâtiment
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Pour Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment, "la tartufferie c'est ne pas reconnaître que l'incompréhension d'une langue crée des tensions. Il faut avoir le courage de le dire", poursuit-il. "Il est important que sur un chantier, tout le monde puisse se comprendre, à la fois pour des raisons techniques et d'organisation mais surtout pour des raisons de sécurité", affirme Jacques Chanut. "Un ouvrier du bâtiment a besoin de comprendre les choses, il n'est pas plus bête qu'un autre. Imaginer que le fait de ne rien comprendre ne pose pas de problèmes pour un travailleur du bâtiment, il y a un côté méprisant qui nous est fort désagréable", dénonce-t-il. 

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Pour la CGT Construction, on ne s'attaque pas au vrai problème. "Aujourd'hui il y a un mort par jour en moyenne dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, et tous les morts ne sont pas des salariés étrangers qui ne parlent pas la langue", affirme Serge Pléchot. "Donc ce n'est pas la première cause de mortalité. Il y a un accident toutes les 5 minutes, et c'est l'intensification du travail qui fait qu'aujourd'hui les salariés sont soumis à un pression constante", estime-t-il. 

Le secteur du bâtiment "n'a pas de leçons à recevoir en termes d'intégration"

"Il ne faut pas faire une démonstration par l'absurde", rétorque Jacques Chanut. "Ce qui est important c'est que l'on maintienne cette pression-là au niveau de la sécurité et de la prévention, et s'il n'y a pas de compréhension des consignes, la prévention est balayée", explique le président de la Fédération française du bâtiment. "Et ce qui nous agace beaucoup, c'est que l'on puisse dire que le bâtiment a un comportement xénophobe et nationaliste. S'il y a un secteur qui n'a pas de leçons à recevoir en termes d'intégration c'est le nôtre", s'indigne-t-il. 

Les travailleurs détachés ciblés

"On intègre depuis des années toutes les vagues migratoires, mais la différence c'est que les travailleurs qui venaient à l'époque voulaient s'installer en France, or là on voit bien qu'avec ce système de détachement, qui dure environ 51 jours par salarié, la volonté de s'intégrer n'est pas là. Donc l'idée d'apprendre la langue est absente de leur démarche", ajoute Jacques Chanut, qui cible les travailleurs détachés, visés indirectement par cette clause Molière. "Cet argument de dire 'cette clause luttera contre le dumping social' n'est pas valable", répond Serge Pléchot. 

Pour combattre ce dumping social, la CGT Construction avance d'autres propositions : "Il faut des règles très strictes, comme imposer 2 niveau de sous-traitance maximum, un forfait social pour que les cotisations patronales soient payées dans le pays d'accueil pour éviter une différence de coût du travail, et enfin, plus de contrôleurs sur les chantiers", conclut Serge Pléchot. 

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2017-03-16 11:22:34
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