L'allocation universelle "a vocation à se substituer au maquis social d'aujourd'hui", estime le député Frédéric Lefebvre

REPLAY - De plus en plus de pays sont séduits par un nouveau modèle, celui de l'allocation universelle. La question de sa mise en place commence à se poser en France.

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En France, l'allocation universelle suscite le débat. Crédit Image : AFP / Bertrand Guay Crédit Média : Yves Calvi Télécharger

L'idée d'un salaire universel fait son chemin dans plusieurs pays. Dernièrement en Suisse, la somme de 2.300 euros est délivrée à chaque habitant, quelle que soit sa condition et son âge. Cette somme se substitue à toutes les autres formes d'allocations. Tous les Helvètes ainsi que les étrangers en situation régulière sont éligibles à cette allocation. Invitée ce mardi 2 février au matin sur l'antenne de RTL, la ministre du Travail Myriam El Khomri salue une "belle idée". Mais l'instauration d'un salaire universel dans l'Hexagone implique un changement profond de modèle qui doit encore convaincre.

"Le vieux modèle social français est plus qu'à bout de souffle, considère le député Les Républicains Frédéric Lefebvre, qui soutient le projet. Il est temps de bâtir un nouveau système, une France universelle que j'appelle de mes vœux, qui passe par l'allocation universelle, laquelle a vocation à se substituer au maquis social d'aujourd'hui", considère le député qui a déposé, en octobre dernier, un amendement pour demander un rapport sur le coût et la faisabilité de la mise en place de cette allocation universelle. Frédéric Lefebvre reste toutefois silencieux sur le montant envisagé.

Lorsqu'on laisse aux gens la liberté de s'assurer, ils se sous-assurent systématiquement

Élie Cohen, économiste

Pour l'économiste Élie Cohen, l'idée est séduisante, mais sa mise en place ne serait pas si évidente. Ce dernier reconnaît dans l'idée d'allocation universelle "une espèce d'utopie générale", rappelant qu'elle était déjà évoquée dès 1797 par Thomas Pain. "Le problème, c'est quand on rentre dans les détails. Comment financer une entreprise de ce type ?, interroge-t-il. Cela implique qu'on donne une allocation pour que chacun fasse librement ses choix de couverture santé, retraite chômage, famille, etc. Or, des études montrent que lorsqu'on laisse aux gens la liberté de s'assurer ou de consommer, ils se sous-assurent systématiquement."

Élie Cohen a calculé ce qu'impliquerait l'allocation universelle pour en tester la faisabilité. "À 500 euros (d'allocation par tête, ndlr), ça coûte 390 milliards d'euros. Même si vous dites que vous récupérez une partie en impôts, c'est à peu près cinq fois le produit de l'impôt sur le revenu. Cela signifie qu'il faudrait augmenter de 400% l'impôt sur le revenu", illustre l'économiste. "Ou c'est une allocation nouvelle - et dans ce cas il faut trouver des ressources nouvelles -, ou c'est une substitution par rapport à des allocations existantes", poursuit Élie Cohen, manifestement réticent.

"Chacun va être un intermittent du spectacle"

À l'antenne, une auditrice reconnaît un nécessaire changement de modèle. "Le retour au plein emploi étant illusoire, il faut commencer à réfléchir à d'autres pistes et à d'autres modes de fonctionnement. C'est séduisant l'allocation universelle, mais il va falloir dire combien ça va coûter, qui va payer et qu'est-ce que l'on va faire de nos journée. Car une partie de la population va continuer à travailler, une qui ne va plus le faire, que va-t-elle faire ?", interroge-t-elle toutefois. "Toucher des allocations n'est pas une fin en soi. L'éducation, les université, le système de santé... Est-ce que tout ce dont on bénéficie gratuitement jusque-là deviendrait payant ? Que devient le travail ?", poursuit l'auditrice. 

"Ce n'est pas un hasard si la Finlande a décidé de le mettre en place, ce n'est pas un hasard si le premier Ministre du Québec a annoncé il y a trois jours qu'il le mettrait en place. Il faut que l'on prépare la société à vivre le monde qui s'annonce demain avec beaucoup de destruction d'emploi", reprend Frédéric Lefebvre. "Chacun va bâtir sa vie avec de l'activité et de la non-activité, reconnaît Élie Cohen. "Chacun va être, en somme, un intermittent du spectacle, alterner des périodes de travail, des périodes de formation et des périodes où il se ressource et où il se prépare à de nouvelles activités", présage ce dernier, annonçant une nouvelle ère dans l'histoire de l'emploi.

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par Yves CalviJournaliste RTL
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L'allocation universelle "a vocation à se substituer au maquis social d'aujourd'hui", estime le député Frédéric Lefebvre
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REPLAY - De plus en plus de pays sont séduits par un nouveau modèle, celui de l'allocation universelle. La question de sa mise en place commence à se poser en France.
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2016-02-02 11:16:23
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