Ce que subissent les femmes, à travers le monde, quand elles ont leurs règles

ÉCLAIRAGE - Dans certains pays, les jeunes filles ne peuvent pas aller à l'école quand elles ont leurs règles. Au Népal, les femmes sont contraintes de quitter leur foyer pendant cette période.

Au Népal, les jeunes filles doivent rester cloîtrées dans leur chambre pendant plusieurs jours au moment de leurs premières règles.
Crédit : MATTHIEU ALEXANDRE / AFP
Au Népal, les jeunes filles doivent rester cloîtrées dans leur chambre pendant plusieurs jours au moment de leurs premières règles.

Dans les publicités pour les protections hygiéniques à la télévision, le sang est encore aujourd'hui représenté par un liquide bleu. Poster sur Instagram la photo d'une femme endormie avec le pyjama tâché de sang entraîne encore la censure. Acheter des tampons et serviettes chaque mois représente toujours un coût important, sans compter que ces produits sont surtaxés, car non considérés comme étant de première nécessité. Cela fait partie de ce que l'on appelle la "taxe rose", ou "women tax", soit le montant supplémentaire que les femmes doivent débourser pour se fournir en produits considérés comme spécifiquement féminins.

Les femmes SDF doivent aussi lutter pour se procurer chaque mois de quoi se protéger, les distributions gratuites de serviettes et tampons faisant encore cruellement défaut. Et la liste ne s'arrête pas là. Les règles restent un sujet tabou, la vue et l'évocation du sang menstruel mettent mal à l'aise et, surtout, à travers le monde, les femmes subissent chaque mois différentes interdictions, restrictions ou formes d'exclusion, pour la simple raison qu'elles ont leurs règles.

Des femmes exclues de leur communauté

Il y a les superstitions qui font sourire, comme celle qui voudrait qu'une femme en période de règles ne puisse pas réussir une mayonnaise. Mais dans certaines parties du monde, les coyrances résistent, si bien que les menstruations sont à l'origine d'un véritable ostracisme. Dans les régions reculées du Népal, le chhaupadi, un rituel hindou interdit par le gouvernement, a encore des adeptes. Cette tradition veut que, pendant ses règles, une femme quitte son foyer et sa communauté pour aller vivre recluse dans une une hutte, seule ou à plusieurs, afin de ne pas "contaminer" son environnement par son impureté. Ces habitations de fortune dans lesquels se réfugient les femmes sont souvent en piteux état, mal isolées des intempéries et des animaux sauvages qui rôdent dans les alentours.

Comme le montrent un reportage de Reuters et un autre du New York Times, les femmes sont non seulement bannies pendant cette période mais elles subissent aussi plusieurs interdictions notables : entrer dans une maison ou un temple, utiliser les sources publiques d'eau courante, participer à des événements collectifs comme des festivals ou même toucher une autre personne voire du bétail. Cette tradition ancestrale fait parfois des victimes, comme Sarmila Bhul, retrouvée morte à quinze ans dans son abri, alors qu'elle était, selon ses parents, en bonne santé. Les femmes y allument des feux pour se réchauffer, ce qui dégage des fumées pouvant être nocives dans un endroit mal aéré.

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Women in Nepal are Exiled Each Month | The New York Times

D'après un rapport d'Amnesty international sur les discriminations de genre au Népal, des morts suspectes survenues dans le cadre du chhaupadi sont déclarées chaque année. De nombreux viols et des cas de violences sexuelles sont aussi signalés. Comme le pointe le rapport, cette tradition s'applique aussi aux femmes qui viennent d'accoucher, entraînant des risques pour la mère et l'enfant. Dans certaines régions du pays, la tradition existe sous différentes versions.

Les femmes sont parfois autorisées à séjourner dans leur maison mais dans une pièce séparée. Elles ont l'interdiction d'entrer dans la cuisine, pour ne pas souiller les aliments. Enfin, le chhaupadi oblige les jeunes filles à rester cloîtrées plusieurs jours dans leur chambre, sans voir personne, quand survient leur tout premier cycle. Il empêche aussi les jeunes filles de se rendre à l'école pendant leurs règles. Un fléau qui touche de nombreux pays.

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Un facteur de déscolarisation

Sur plusieurs continents, les règles sont pour les jeunes filles l'un des premiers facteurs de déscolarisation, avec le mariage forcé, d'après l'Unicef. C'est le cas au Népal mais aussi en Inde et dans plusieurs pays d'Afrique, comme le Kenya, l'Afrique du Sud et le Bénin. "Les filles qui ont eu leurs premières règles risquent d’être découragées d’aller à l’école (ou leurs parents peuvent refuser de les laisser y aller) si les sanitaires scolaires sont sales, trop peu nombreux ou mixtes, voire inexistants", rapporte l’Unicef dans un rapport sur sa stratégie "en matière d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène pour 2006-2015".

Beaucoup d'écoles sont en effet privées de toilettes séparées ou simplement d'eau courante. Les jeunes filles issues de familles pauvres n'ont parfois pas les moyens d'acheter des protections hygiéniques ou des médicaments contre la douleur et restent donc chez elles pendant cette période. Pour répondre à ce problème, certaines ONG et institutions internationales distribuent gratuitement des serviettes lavables, comme le montre un reportage vidéo de l'AFP.

Un problème de santé publique

En Inde, seulement 12% des femmes utilisent des serviettes hygiéniques, du fait de leur coût et de leur rareté. Les autres utilisent du tissu ou des matériaux inadaptés qui favorisent les infections et le développement de maladies. "Dans l’Inde rurale, certaines femmes utilisent du sable, des feuilles séchées, de vieux torchons, de l’herbe ou de la cendre pour se protéger", peut-on lire sur le site du la Journée mondiale de la menstruation, une initiative mondiale organisée désormais chaque 28 mai par les Nations unies.

Dans ce pays, les initiatives se multiplient aussi pour rendre les protections périodiques accessibles au plus grand nombre. Un ancien soudeur a, par exemple, développé une machine qui permet de produire 40 serviettes hygiéniques pour 1 dollar seulement, comme le montre un autre reportage de l'AFP, réalisé sur place. Dans ce pays, particulièrement en proie à diverses croyances autour des règles, le site Menstrupedia a été mis en place. Il recense tous les mythes existants pour les déconstruire et propose une mine d'informations autour des menstruations.

Un tabou dont pâtissent les femmes

Toujours selon l'Unicef, dans certains pays, les règles doivent être tenues secrètes. C'est le cas au Malawi, où les parents évitent volontairement d'aborder le sujet avec leurs enfants. Ce sont les tantes des jeunes filles qui sont chargées d'en parler et de leur apprendre notamment à se tenir à l'écart des filles non réglées et des garçons. Dans certains groupes ethniques, des hommes sont aussi chargés d'"initier sexuellement" les jeunes filles au moment de leurs règles.

En Bolivie, les croyances autour des règles sont nombreusesElles interdisent notamment aux jeunes filles et aux femmes de se laver pendant cette période ou de jeter leurs serviettes hygiéniques à la poubelle. De tels gestes sont vus comme pouvant provoquer des maladies en général ou des cancers, en particulier. Certains aliments sont aussi interdits pendant cette période, comme le lait ou le miel. Certaines activités banales parfois, comme la marche ou les jeux, le sont également. Quel que soit le pays, et quelles que soient les interdictions, les femmes pâtissent de l'ignorance qui entoure les menstruations, synonymes de honte, de rejet et d'impureté.

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2015-09-21 10:00:00
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