Intermittents, chaîne d'information publique, censure... 6 dossiers brûlants qui attendent Audrey Azoulay, la nouvelle ministre de la Culture

Audrey Azoulay succède à Fleur Pellerin au ministère de la Culture et de la Communication. Plusieurs chantiers importants l'attendent rue de Valois.

Audrey Azoulay lors de la passation de pouvoir avec Fleur Pellerin, le 12 février 2016
Crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP
Audrey Azoulay lors de la passation de pouvoir avec Fleur Pellerin, le 12 février 2016

En arrivant à la tête du ministère de la Culture et de la Communication, Audrey Azoulay va devoir se saisir de nombreux dossiers difficiles. L'attendent notamment le régime d'allocations chômage des intermittents, la mise en place d'une chaîne d'information en continu par France Télévisions et Radio France ou encore, la réponse législative à trouver à l'association catholique Promouvoir, qui s'en prend aux visas d'exploitation de films qu'elle estime immoraux. 

1. Le casse-tête des intermittents

Le dossier des intermittents du spectacle reste l'éternel serpent de mer du ministère de la Culture et de la Communication. En octobre 2015, Pôle Emploi a comptabilisé 256.000 salariés ayant cotisé en 2014 au régime des intermittents du spectacle, marquant une progression de 4,8 points depuis 2010.

Alors que le nombre d'intermittents augmente, l'Unédic, à laquelle le régime de cotisation des intermittents est lié, a affiché un déficit record de 25 milliards d'euros fin 2015

Les règles de l'Unédic doivent être révisées prochainement, la convention signée en 2014 prenant fin le 30 juin 2016. De quoi craindre une nouvelle crispation de la part des organisations d'intermittents du spectacle, à l'approche de la saison estivale, comme en 2014.
Selon une étude publiée par Pôle Emploi en septembre 2015, seuls 4 intermittents sur 10 atteignent les 507 heures de travail annuelles leur permettant de prétendre à des allocations chômage pour compléter leurs heures non-travaillées. Un autre problème de taille à régler pour le ministère de la Culture et de la Communication.

2. La chaîne d'information publique en continu

France Télévisions et Radio France travaillent main dans la main pour fonder leur chaîne d'information en continu fin 2016. L'idée ? Réutiliser des images de France 2, France 3 et des flash réalisés par France Info, et de France 24, pour créer une sorte d'information "à la demande" pour le téléspectateur. Cette annonce avait paniqué les "grandes soeurs" LCI, i-Télé et BFM TV. 

D'abord annoncée comme entièrement numérique, cette chaîne pourrait être également diffusée sur la TNT. C'est en tout cas le souhait de Delphine Ernotte, nouvelle patronne de l'audiovisuel publique, et Mathieu Gallet, directeur de Radio France. "Possible, mais pas encore décidé", avait tempéré Fleur Pellerin en janvier 2015

Surtout, le projet a été présenté aux syndicats de France Télévisions le 15 janvier, et n'a pas convaincu, notamment sur la question de son financement. "On ne peut raisonnablement construire un projet de qualité en utilisant les recettes du low cost", a prévenu la CGT, syndicat majoritaire de l'audiovisuel publique. 75 employés de France Télévisions y ont d'ores et déjà été réassignés, et un budget de 6 millions d'euros a été débloqué pour 2016, mais sera-t-il suffisant ? Un autre enjeu doit être tranché : qui, entre France Télévisions et Radio France, prendra en charge la partie numérique de cette chaîne d'information publique ?  

3. Le déficit de France Télévisions

France Télévisions prévoie un déficit de 50 millions d'euros pour 2016, contre 10 millions en 2015. L'État étant la principale source financière de l'audiovisuel public, notamment via la redevance, c'est à lui qu'il revient de trouver une solution. 

Delphine Ernotte, nouvelle présidente de France Télévisions, "souhaite plus de redevance et plus de publicité" sur les chaînes du groupe. Elle est notamment favorable au retour de la publicité après 20 heures, en revenant sur la mesure instaurée par Nicolas Sarkozy en 2009, qui aurait coûté 746 millions d'euros à l'État. En septembre 2015, Fleur Pellerin rejettait à nouveau cette possibilité dans les colonnes du Journal du Dimanche. Delphine Ernotte va certainement s'adresser à la nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay, à ce sujet.

Quid de la redevance ? Fleur Pellerin avait annoncé son augmentation d'un euro symbolique pour 2016. Un autre moyen serait de l'étendre, notamment aux contribuables ne possédant pas de poste de télévision mais une box Internet. L'idée est de moderniser cet impôt en l'adaptant aux nouvelles manières de consommer les programmes télévisés. S'il s'agissait d'une "option" pour Fleur Pellerin, François Hollande s'y est dit "pas favorable"

4. Le projet de loi relatif à la liberté de création

C'était l'un des grands chantiers de Fleur Pellerin. Présenté en juillet 2015, ce projet de loi a 2 objectifs : affirmer et garantir la liberté de création, et moderniser la protection du patrimoine. "Sur le plan culturel, le projet de loi entend rappeler les principes de la libre création des œuvres, de la libre programmation des spectacles et de la culture comme un bien commun", peut-on lire sur le site du ministère. 

Le second volet vise "la protection du patrimoine", la "refonte du partenariat avec les collectivités territoriales, les citoyens et les associations qui agissent, aux côtés de l’État, pour la conservation et la mise en valeur du patrimoine". Ce projet de loi est en lecture au Sénat, début février. 

5. L'association Promouvoir

Les 17 mois de Fleur Pellerin à la tête du ministère de la Culture et de la Communication ont également été marqués par les différents procès remportés par l'association Promouvoir, proche du milieu catholique conservateur, à l'encontre de plusieurs films.

Sa dernière victoire en date a été l'annulation du visa d'exploitation de La Vie d'Adèle, par la cour administrative d'appel de Paris, en décembre 2015. En clair, le film ne peut plus être diffusé au cinéma, car la cour a estimé que son interdiction aux moins de 12 ans n'est pas assez sévère. Le ministère de la Culture devrait faire appel de cette décision, selon Le Monde

Le 8 février 2016, Fleur Pellerin affirmait encore "ne pas vouloir se laisser dicter" la classification des films par une association. "J'ai la mission bien sûr de protéger les mineurs, la jeunesse, contre des images de trop grande violence ou de pornographie mais mon sujet principal c'est bien de défendre la création", déclarait la ministre dans l'émission 28 Minutes d'Arte. 

>
L'intégrale du lundi 8 février - 28 minutes - ARTE

Jean-François Mary, président du Centre national du cinéma, devait remettre à Fleur Pellerin un rapport sur "la manière dont pourrait évoluer la réglementation, afin que les juges ne donnent pas systématiquement raison à des associations qui entendent en réalité censurer la création". 

Les nouvelles cibles de Promouvoir sont les films Bang Gang et Les 8 Salopards, ce qui devrait refaire parler d'elle. Audrey Azoulay ne pourra permettre trop longtemps de donner une impression d'impuissance du ministère et de la loi face à Promouvoir. D'autant que le projet de loi défendant la liberté de création pourrait marquer l'année législative. 

6. Un projet de festival international des séries

Voici un autre projet qui "tenait à cœur" à Fleur Pellerin. En décembre 2015, elle avait missionné Laurence Herszberg, directrice du festival français Séries Mania, pour la création d'un "Cannes des séries". Si cette idée aboutit, il s'agira du premier événement de ce genre au monde. Laurence Herszberg devait remettre son rapport fin février 2016.

"La fiction télévisée s’est imposée ces dix dernières années comme l’un des genres majeurs de la production audiovisuelle. Avec le développement d’un festival international de la série, Fleur Pellerin souhaite faire de la France le haut lieu de ce genre, plébiscité par le public, pour faire rayonner la création audiovisuelle française et internationale", avance à l'époque le ministère. 

Deux jours avant son départ du gouvernement, Fleur Pellerin a à nouveau appuyé cette envie auprès de 20 Miniutessouhaitant une première édition "en 2017"

La rédaction vous recommande
VOUS AIMEREZ AUSSI
PLUS DE VIDÉOS
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7781853161
Intermittents, chaîne d'information publique, censure... 6 dossiers brûlants qui attendent Audrey Azoulay, la nouvelle ministre de la Culture
Intermittents, chaîne d'information publique, censure... 6 dossiers brûlants qui attendent Audrey Azoulay, la nouvelle ministre de la Culture
Audrey Azoulay succède à Fleur Pellerin au ministère de la Culture et de la Communication. Plusieurs chantiers importants l'attendent rue de Valois.
http://www.rtl.fr/actu/politique/intermittents-chaine-d-information-publique-censure-6-dossiers-brulants-qui-attendent-audrey-azoulay-la-nouvelle-ministre-de-la-culture-7781853161
2016-02-13 11:00:00
http://media.rtl.fr/cache/KFiD-XegAAxkizUb9mIDig/330v220-2/online/image/2016/0212/7781860507_audrey-azoulay-lors-de-la-passation-de-pouvoirs-avec-fleur-pellerin-le-12-fevrier-2016.jpg