La coutellerie de Thiers, parfaite illustration du désastre industriel français

REPLAY - ÉDITO - La ville auvergnate, capitale française de la coutellerie, a subi les dures leçons de la mondialisation.

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La coutellerie de Thiers, parfaite illustration du désastre industriel français Crédit Image : Damien Rigondeaud Crédit Média : François Lenglet Télécharger

Thiers, c'est la capitale française du couteau. Là-bas, on peut faire une visite incroyable dans un endroit qu'on appelle le "creux de l'enfer". Il se situe le long de la Durolle. Au bord de la rivière, se trouvent des bâtiments désaffectés sur ces centaines de mètres. Ce sont des usines fantomatiques et abandonnées, quand elles ne sont pas ensevelies par la végétation qui a repris ses droits. On a l'impression d'arriver quarante ans après un séisme ou une bataille. C'est vrai qu'il s'est déroulé une guerre ici. Une guerre économique. L'arrivée de la concurrence chinoise et pakistanaise, dans les années 1980, a littéralement dévasté cette sous-préfecture, naguère prospère. Elle contraint a la faillite la majorité des entreprises de la ville.

En quelques années, des siècles de tradition industrielle ont été mis à mal, puisque les premiers couteliers de Thiers datent de 1272.

Savoir-faire et contrefaçon

La plupart des industriels n'ont pas su résister, à cause des coûts beaucoup plus faibles des Asiatiques, qui parvenaient à vendre des produits jusqu'à dix fois moins cher. Le savoir-faire de Thiers a toujours été la robustesse et la qualité, avec le prix qui va avec. En plus, les marques n'étaient pas protégées, comme le fameux couteau Laguiole, avec son abeille, qui était auparavant fabriqué pour l'essentiel dans la ville auvergnate. Du coup, les contrefaçons se sont multipliées. Aujourd'hui 80% des Laguiole vendus sont fabriqués à l'étranger.

Il y a heureusement des survivants, avec de beaux restes, comme la coutellerie David, qui ont parié sur le haut de gamme et qui ont innové dans le design. Toute la fabrication banalisée a été abandonnée ou délocalisée. Ce sont les carcasses d'usines qu'on voit le long de la Durolle. Les industriels restants se sont associés pour concevoir et déposer un label de qualité, une sorte d'appellation d'origine contrôlée.

Pas assez d'emplois pour faire vivre Thiers

De nouveaux investissements arrivent même. Guy Degrenne, par exemple, vient de racheter le fabricant de l'économe, le fameux épluche-légumes inventé en 1930. Au total, Thiers a conservé 80% d'une production française rétrécie et repositionnée sur le haut de gamme.

Mais avec ce renouveau, il n'y a pas assez d'emplois pour faire vivre Thiers. C'est tout le problème. L'industrie du couteau a employé jusqu'à 20.000 personnes dans la région. Il n'y en a plus que 1.000 à 2.000. Du coup, la ville périclite. Dans le joli centre aux rues escarpées, la plupart des commerces ont tiré définitivement le rideau de fer, faute d'activité suffisante.

D'autant que la crise de 2009 a porté un nouveau coup à l'économie locale. Trente ans après la fin de son heure de gloire, Thiers remue encore le couteau dans la plaie.

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LoïcFarge42
par Journaliste RTL
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2015-09-16 09:28:00
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