Diabète, infertilité, obésité : qu'est-ce que les perturbateurs endocriniens ?

ÉCLAIRAGE - Ces substance présentes partout coûtent chaque année plus de 300 milliards d'euros aux États-Unis.

Le bisphénol A est un perturbateur endocrinien contenu dans certaines matières plastiques (illustration).
Crédit : FRED DUFOUR / AFP
Le bisphénol A est un perturbateur endocrinien contenu dans certaines matières plastiques (illustration).

308 milliards d'euros par an. Le chiffre, faramineux, est tombé comme un coup de massue. Selon une revue scientifique américaine parue le 18 octobre, il correspond aux dégâts sanitaires imputables aux perturbateurs endocriniens (PE), chaque année aux États-Unis. 

Les perturbateurs endocriniens, également appelés "leurre hormonal", sont des molécules ou substances chimiques ou naturelles qui agissent sur l'équilibre hormonal des êtres humains ainsi que de certains animaux et plantes. Contrairement aux produits toxiques à proprement parler, ces substances agissent à faibles doses sur l'organisme. À long terme, pourtant, elles peuvent avoir des conséquences graves sur la santé.

Ces substances sont ainsi susceptibles d'altérer les processus de croissance mais aussi l'humeur, le stockage de l'énergie, le sommeil ou encore les fonctions sexuelle et reproductrice. Des dérèglements qui favorisent le développement de nombreux troubles comme l'obésité, le diabète, l'infertilité et le développement neurologique.

Où trouve-t-on des perturbateurs endocriniens ?

Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), on distingue plusieurs types de perturbateurs endocriniens : ceux présents naturellement dans une grande variété de plantes, ceux produits intentionnellement pour leurs effets hormonaux (pilule, traitements de la stérilité), et ceux produits chimiquement et "employés dans l'industrie, l'agriculture et les biens de consommation (...) mais dont l'effet sur les hormones n'est pas intentionnel". Cette dernière catégorie se retrouve dans de très nombreux produits de consommation courante, dans des proportions diverses : produits d'alimentation, eau, cosmétiques, air, produits électroniques.

Selon le rapport, les substances les plus coûteuses en termes sanitaires sont les "PBDE", une classe de retardateurs de flamme utilisée outre-Atlantique dans les meubles rembourrés et l'électronique. Bien qu'ils soient aujourd'hui étroitement régulés, ces perturbateurs endocriniens sont très persistants et pèseraient environ 218 milliards d'euros annuels.

Parmi les perturbateurs les plus répandus, les phtalates et le Bisphénol A ont également des conséquences dévastatrices. Très utilisées dans les plastiques pour leur donner de la souplesse, ces substances sont présentes dans les nappes, les rideaux de douches, les couches, les cuits synthétiques, les jouets et se retrouvent également dans beaucoup de produits alimentaires, dans les sols, la pluie, les poussières.

Le Bisphénol A, soupçonné de jouer un rôle dans l'obésité, certains cancers ainsi que dans la spermatogénèse, peut également être trouvé dans certains plastiques, notamment les tétines de biberons. Ces deux classes de perturbateurs endocriniens coûteraient 51 milliards d'euros par an.

Comment agissent ces substances sur l'organisme ?

À la différence des substances toxiques comme le chlore, le mercure ou le cyanure, les perturbateurs endocriniens n'attaquent pas directement l'organisme entier. Leur mode d'action ressemble davantage à celui d'un trouble-fête : ils interagissent avec le système hormonal, soit en imitant l'action des hormones naturelles, soit en bloquant ou en gênant leur production. Conséquence : à long terme, le système hormonal est déréglé. 

Selon un rapport de l'Assemblée nationale datant de 2014, les perturbateurs endocriniens agissent sur l'organisme lorsqu'ils sont avalés, respirés et même au contact de la peau. Ils se transmettent également par le cordon ombilical et le liquide amniotique.

À long terme, les perturbateurs endocriniens jouent un rôle dans les troubles de l'infertilité (41 milliards d'euros annuels de coût), l'obésité et le diabète (4,5 milliards d'euros) mais surtout aux effets neurologiques et neurocomportementaux tels que l'autisme (255 milliards d'euros). Un coût dantesque qui s'explique notamment par la perte d'intelligence cognitive des enfants exposés dans l'utérus de leur mère à des perturbateurs endocriniens qui agissent sur le développement du cerveau.

L'Europe est-elle aussi concernée que les États-Unis ?

En mars 2015, une série d'études avait chiffré le coût des perturbateurs endocriniens à environ 150 milliards d'euros par an à l'Europe, soit deux fois moins qu'aux États-Unis, et de 4 milliards d'euros pour la France. Cette différence s'explique notamment par la réglementation plus draconienne en Europe, qui induit des niveaux d'expositions bien moindre qu'outre-Atlantique.

En 2013, une résolution a ainsi été votée par le Parlement européen pour demander que l'exposition aux perturbateurs endocriniens soit réduite, "notamment pour les groupes les plus vulnérables tels que les femmes enceintes, les bébés, les enfants et les adolescents".

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ÉCLAIRAGE - Ces substance présentes partout coûtent chaque année plus de 300 milliards d'euros aux États-Unis.
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2016-10-19 08:30:00
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