Ligue 1 : l'évolution du nombre de joueurs étrangers dans le championnat de France

DÉCRYPTAGE - Depuis l’arrêt Bosman en 1995, le championnat de France accueille bon nombre de joueurs étrangers. Outre son fort contingent africain, la Ligue 1 semble de nouveau intéresser les joueurs européens.

Dimitar Berbatov lors de sa présentation à l'AS Monaco, le 4 février 2014
Crédit : AFP/V.Hache
Dimitar Berbatov lors de sa présentation à l'AS Monaco, le 4 février 2014

Pour que l’évolution du nombre de joueurs étrangers* dans le championnat de France de football soit représentative sur une échelle moyenne, il convient d’en étudier les ressorts sur une longue période pendant laquelle les lois françaises ont influé sur les mouvements des joueurs. 

Avant 1995 et l’arrêt Bosman, le championnat de France de football n’était pratiquement composé que de joueurs français et d’une infime part de joueurs étrangers. Selon les lois alors en vigueur, les clubs n’avaient le droit de compter que trois joueurs étrangers dans leurs rangs (qu’ils soient communautaires ou ressortissants d’États ayant signé des accords d’association avec l’UE). Les graphiques exposant la part des étrangers qui évoluaient dans le championnat de France lors des saisons 1980/1981 et 1990/1991 sont donc relativement similaires. 

Les graphiques sur l'évolution du nombre de joueurs dans le championnat de France en fonction de leur nationalité représentent 5 saisons "références" entre 1980 et aujourd'hui. 

Les années 2000 et la "domination" africaine

Dès la saison 1996-1997, l’UEFA met un terme aux quotas de joueurs étrangers au sein des équipes professionnelles qui peuvent donc recruter autant de joueurs communautaires qu’elles le souhaitent. Les années qui suivent voient les effectifs se diversifier autant qu'ils s'étoffent. 

Les clubs, qui possédaient en moyenne 20,15 joueurs dans leur effectif professionnel en 1980, en possèdent 23,65 lors de la saison 2000/2001 et le pourcentage de joueurs français évoluant en Ligue 1 se stabilise aux alentours de 60%. Les joueurs africains arrivent de plus en plus nombreux dans les clubs de l’élite française et passent même devant les Européens. 

En 2010, la part des joueurs africains est très clairement majoritaire parmi les joueurs étrangers tandis que la part des joueurs européens recule sensiblement. Le nombre de joueurs provenant d'Amérique latine reste plus ou moins stable à l'instar de celui des joueurs français.

Pour Paul Dietschy, historien spécialisé dans le football et auteur de "Ligue 1, 80 ans de football professionnel", la présence des joueurs africains dans le championnat de France n'est pas seulement une volonté du marché tricolore qui faisait principalement ses emplettes en Afrique subsaharienne et au Maghreb en raison du faible coût des joueurs et de leur capacité d'adaptation plus rapide. 

"L’explication est aussi historique et liée à l’histoire coloniale. Le championnat de France a été le premier avec le championnat belge à importer des joueurs africains. Les réseaux commerciaux et la proximité de la langue sont également d’autres facteurs d’explication." 

Vers un retour des joueurs européens ?

Pour autant, les chiffres de la saison de Ligue 1 qui débute ce week-end semble indiquer une tendance nouvelle au sein des équipes de l'élite. Sur la base des effectifs arrêtés au 5 août dernier et donc susceptibles de changer (le mercato prend fin le 1er septembre), la part des joueurs africains diminue de 8 points quand celle des Européens augmente de 9 par rapport à 2010. Si les joueurs africains représentent toujours la part de joueurs étrangers la plus élevée, les Européens semblent combler le retard accumulé depuis deux décennies. 

Si les points perdus entre 2010 et 2014 par les joueurs africains ont été gagnés par les joueurs européens, plusieurs hypothèses peuvent tenter d'en expliquer les raisons. Pour Michel Pautot, avocat du barreau de Marseille spécialisé dans le droit du sport et auteur de "Sports et Nationalités, quelle place pour les joueurs étrangers ?", la concurrence des championnat européens est la principale cause de ce recul.


"La France a toujours été une destination de choix même si elle est aujourd’hui concurrencée par d’autres championnats qui lui font peu à peu perdre son leadership. Si on prend les deux meilleures sélections africaines du Mondial, les joueurs Algériens sont éparpillés dans 10 pays tandis que les joueurs nigérians le sont dans 11", analyse-t-il. 

Le profil des Européens plus recherché ?

Pour Paul Dietschy, la diminution du nombre de joueurs africains n'est pas forcément liée à l'augmentation des joueurs européens qui ont l'habitude de venir joueur en France depuis des décennies. En revanche, l'historien émet l'hypothèse d'une volonté d'évolution de la part des équipes qui privilégieraient davantage le profil des joueurs européens.

"Ce sont des flux assez traditionnels dans la mesure où les joueurs européens qui arrivent sont majoritairement de l'Est ou de Scandinavie. Il n'y a pas de désaffection pour les joueurs africains, mais le niveau des sélections africaines stagne. La volonté d'avoir des joueurs plus techniques que les joueurs africains principalement recrutés pour des critères physiques peut aussi être une explication", avance-t-il sans certitude. 

La France reste très corporative avec ses entraîneurs

Au contraire de la part des joueurs étrangers qui n'a fait qu'augmenter depuis le début des années 1980, celle des entraîneurs, elle, n'a pas du tout suivi la même trajectoire. Alors que l'arrivée massive de footballeurs d'horizons différents auraient pu entraîner une diversité grandissante chez les techniciens, aucune relation de cause à effet ne s'est fait ressentir. 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c'est avant l'arrêt Bosman, lors de la saison 1990/1991 (en comparaison avec les autres saisons de début de décennie), que le nombre d'entraîneurs étrangers a été le plus important. 

Pour Paul Dietschy, l'écrasante majorité des entraîneurs français en Ligue 1 est une spécificité culturelle qui n'a eu d'exception qu'à la fin des années 1980, lorsque le football français de clubs ne se reposait plus que sur la dernière finale européenne de Saint-Étienne, en 1976 face au Bayern Munich. 

"À la fin des années 1980, le football français de clubs sortait d'une quinzaine d'année de vache maigre et avait besoin de faire venir des experts étrangers. Aujourd'hui, il y a très certainement une forme de corporatisme qui s'allie avec la barrière de la langue. Mais même par le passé, les entraîneurs étrangers étaient pour la plupart des anciens joueurs du championnat de France. Ce corporatisme est une spécificité culturelle de la Ligue 1", explique l'expert  qui évoque également le coût et le prestige des entraîneurs étrangers de renom. 

La Ligue 1, une destination de choix

Si la Ligue 1 reste donc très "franco-française" par rapport à un championnat comme la Premier League anglaise, ses frontières largement ouvertes dans les années 1990 ont été le point de passage de beaucoup de joueurs étrangers, qui continuent de la cibler comme une destination de choix. Les joueurs européens, qui depuis l'avènement du "football business" ne s'y intéressent guère, commencent à voir les choses différemment même si leur provenance et leur standing ne sont pas ceux des meilleurs joueurs du Vieux Continent.

Vendredi 9 août 2014, au soir de la première journée de la saison de Ligue 1 2014/2015, seuls six joueurs français étaient sur la pelouse au coup d'envoi du match d'ouverture entre Reims et le PSG. Parmi les 16 joueurs étrangers, 3 provenaient d'Afrique, 6 d'Europe et 6 d'Amérique latine... Les prémices de la nouvelle tendance du championnat de France ?

*Sont considérés comme étrangers, les joueurs ne possédant pas la nationalité française et les binationaux qui ont choisi de joueur pour une autre sélection que la France.

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DÉCRYPTAGE - Depuis l’arrêt Bosman en 1995, le championnat de France accueille bon nombre de joueurs étrangers. Outre son fort contingent africain, la Ligue 1 semble de nouveau intéresser les joueurs européens.
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2014-08-09 18:00:00
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