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Syndrome du choc toxique : est-ce que ma santé est en danger ?

INTERVIEW - De plus en plus de femmes sont touchées par le syndrome du choc toxique. Le professeur Gérard Lina explique pourquoi il ne faut pas trop s'inquiéter.

Les tampons, en bloquant le flux menstruel, peut favoriser le syndrome du choc toxique
Les tampons, en bloquant le flux menstruel, peut favoriser le syndrome du choc toxique
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Laure-Hélène de Vriendt
Journaliste

Frôler la mort lorsqu'on a ses règles, c'est ce qu'ont vécu 18 femmes en France en 2016. C'est le syndrome du choc toxique, qui peut survenir chez certaines pendant les menstruations. Le port de protections périodiques intra-vaginales (tampons, coupe menstruelle) peut conduire à une infection grave, qui est parfois fatale. En juin 2015, la mannequin américaine Lauren Wasser racontait avoir été amputée d'une jambe parce qu'elle portait un tampon. Alarmante et dérangeante, son histoire a fait le tour du monde. 

La parole libérée de Lauren Wasser a permis d'alerter sur les dangers que peuvent causer les tampons. Le professeur Gérard Lina, praticien hospitalier en bactériologie chez Hospices Civils de Lyon, a lancé une collecte de tampons usagés en octobre dernier. Le but ? Les étudier pour comprendre et analyser le phénomène du syndrome du choc toxique (SCT). Il explique à Girls pourquoi les femmes doivent être vigilantes sans trop s'inquiéter.

Une infection très rare

Comme l'explique Gérard Lina, le syndrome du choc toxique est "une maladie exceptionnelle". Nous sommes tous porteurs, à un moment donné de notre vie, de staphylocoques dorés permanents, comme dans le nez, ou momentanés au niveau de la peau. Ils sont aussi présents dans le vagin et certains produisent une toxine, la TSST-1, présente chez environ une femme sur 100 au niveau vaginal. 

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"La présence de cette toxine ne pose aucun problème", explique le professeur Lina, "sauf si on permet au staphylocoque de se multiplier au niveau du vagin. Avec un tampon ou une cup, le flux menstruel ne s'écoule pas et reste accumulé au niveau vaginal. Il modifie le pH et devient un milieu de culture pour la bactérie, qui va produire sa toxine". Le TSST-1 passe alors dans le sang et touche les globules blancs. 

Il ne faut pas garder un tampon trop longtemps

Gérard Lina, praticien hospitalier
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Pour développer un syndrome du choc toxique il faut donc que des staphylocoques dorés soient présents dans le vagin et qu'il y en ai un qui soit porteur de la toxine TSST-1. La plupart des porteurs de la toxine sont sains mais il arrive que certains ne soient pas immunisés contre. Lorsque c'est le cas et que la toxine a pénétré dans le sang, l'organisme réagit très rapidement et arrête d'alimenter certains organes, en commençant par les extrémités du corps. Des nécroses peuvent alors se développer et conduire à une amputation du membre touché.

De bons réflexes à adopter

Si le SCT est le résultat de plusieurs facteurs rares, il n'y a aucun moyen de savoir si vous êtes porteuse de la toxine TSST-1 et si vous en êtes immunisée. Il faut donc être très prudente dans son usage des protections hygiéniques intra-vaginales et avoir les bons comportements. Gérard Lina rappelle que la priorité est de ne pas négliger l'hygiène : "Il ne faut pas garder un tampon trop longtemps et penser à le changer toutes les quatre heures. Pour la nuit, il vaut mieux privilégier la serviette, qui laisse le flux s'écouler normalement". 

Il en va de même pour la coupe menstruelle, qui bloque aussi le sang dans le vagin : "il n'y a pas de raison qu'elle ne puisse pas elle aussi être responsable d'un syndrome du choc toxique". Il ne faut donc pas laisser sa cup au-delà de 12 heures ou l'oublier lors de la fin des règles, même si elle est moins pleine. À l'heure actuelle, deux cas de SCT avec une coupe menstruelle ont été observés dans le monde : un premier au Canada en 2015 et un autre à Lyon en 2016, dont la publication devrait être bientôt disponible.

Si vous êtes adepte de cette méthode, pensez bien à ne pas la laver avec un savon au pH basique ou un savon alcalin car le staphylocoque doré se développe dans un pH neutre alors que le pH normal du vagin est acide. Inutile pour autant de se débarrasser des tampons et des cups, qui offrent un confort de mouvement essentiel pendant les règles

Connaître les dangers

Il faut avoir conscience qu'il n'y a pas zéro risque

Gérard Lina, praticien hospitalier
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Comme tout produit qui entre en contact avec notre organisme, les tampons et la coupe menstruelle ne peuvent pas être à 100% sûrs. "Il faut avoir conscience que ce n'est pas un mouchoir, qu'il n'y a pas zéro risque", explique le professeur Lina, qui conseille de bien lire les notices des produits. S'il n'y a aucun moyen de savoir si vous risquez de faire, un jour, un syndrome du choc toxique, il est essentiel d'en connaître les symptômes.

Comme un état grippal, il provoque une fièvre soudaine et élevée (au-dessus de 38,9°), des douleurs dans les muscles, une grande fatigue, des maux de tête importants, des vomissements, une diarrhée et une rougeur semblable à un gros coup de soleil. Si, pendant vos règles, vous ressentez ces différents symptômes, consultez en urgence un médecin ou foncez à l'hôpital : un possible SCT est considéré comme une urgence absolue.


Le plus important reste une sensibilisation de la population. Si les SCT sont quatre fois plus importants qu'en 2004, c'est peut être parce que le danger des tampons est banalisé. Le professeur Lina rappelle que dans les années 1980, une épidémie liée aux tampons avait touché beaucoup de femmes aux États-Unis. La présence de polyacrylates dans certains tampons avait favorisé l'apparition de SCT et poussé les autorités sanitaires à sensibiliser la population. 35 ans plus tard, une nouvelle éducation aux risques des protections hygiéniques est nécessaire.

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2017-01-27 08:50:00
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