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Marie, 23 ans, raconte son appel à IVG.net : "Je me suis sentie piégée"

TÉMOIGNAGE - Tombée enceinte à 18 ans, Marie a appelé ce site visé par le gouvernement. Elle témoigne pour "Girls".

Déborah François dans "Le premier jour du reste de ta vie"
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Philippe Peyre

C'est le nouveau cheval de bataille de la ministre des Droits des femmes : étendre le délit d'entrave à l'IVG au numérique. Le texte a été voté jeudi 1er décembre par les députés. Un texte qui vise à lutter contre les sites Internet qui, prétextant informer sur l'avortement, tentent de dissuader les femmes d'interrompre leur grossesse. Car si dans les années 1990, les militants pro-vie s'enchaînaient aux portes des hôpitaux pour empêcher les femmes d'avorter, aujourd'hui, le web est bel et bien devenu leur nouveau terrain de jeu. 

Numéro vert, habillage digne d'un site officiel, référencement optimal sur les moteurs de recherche... Il faut y regarder à deux fois avant de comprendre que certains sites tels que IVG.net ou encore Avortement.net sont gérés par des militants farouchement opposés à l'avortement. Pour le gouvernement, ils avancent "masqués", sans indiquer qu'ils sont pro-vie. C'est le "piège" dans lequel dit être tombée Marie, une parisienne de 23 ans, lorsque, du haut de ses 18 ans, elle s'est retrouvé enceinte. Elle raconte à Girls son échange avec une bénévole de IVG.net

"J'avais vraiment besoin de parler librement"

Marie est en couple depuis quelques mois avec son copain quand elle prend connaissance de sa grossesse : "J'étais seule chez moi, je n'ai pas vraiment paniqué, j'ai pris d'office ma décision de ne pas le garder. C'était naturel pour moi", assure-t-elle. 

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Elle se rend sur Internet et tape "procédure IVG" dans la barre de recherche. Ni une, ni deux, elle consulte IVG.net, premier lien dans Google. "Toutes les infos sur IVG", promet le site. Du nom de domaine au numéro vert, Marie n'a pas l'ombre d'un soupçon et prend son téléphone. "J'ai appelé IVG.net parce que j'avais vraiment besoin de parler librement, sans considération morale, sans jugement, juste parler et que l'on m'explique comment ça allait se passer". 

Elle m'a dit que les couples se remettaient difficilement d'une étape comme celle-ci

Marie, 23 ans
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Au bout du fil, Marie raconte être tombée sur une "vieille dame", la voix "douce et calme", à qui elle a signalé directement qu'elle était enceinte et que sa décision de pratiquer une IVG était prise : "Pourquoi as-tu envie d'avorter ?", lui a demandé la bénévole. Trop jeune, envie d'étudier, de voyager, Marie sait ce qu'elle veut mais son interlocutrice balaye subtilement ses arguments : "Un enfant n'a jamais empêché personne de voyager ou de faire des études", lui a rétorqué son interlocutrice.

S'ensuit alors un échange de quelques minutes pendant lequel la bénévole de IVG.net questionne Marie sur l'âge de ses parents ou encore sa vie de couple : "Elle m'a dit que mes parents allaient être tristes de ne pas voir grandir leur petit enfant, qu'il pouvait m'aider dans cette épreuve et que les couples se remettaient difficilement d'une étape comme celle-ci", se rappelle la jeune femme. 

"J'ai beaucoup pleuré, je ne savais plus quoi faire"

Si cette jeune parisienne dit avoir compris qu'elle n'était pas tombée sur la bonne interlocutrice, elle n'a pas immédiatement identifié qu'il s'agissait d'une militante pro-vie. "J'ai raccroché, je n'avais eu aucune information relative à l'avortement", déplore-t-elle. "J'ai appelé mon copain pour lui dire que j'étais tombée sur une incapable, j'ai beaucoup pleuré, je ne savais plus trop quoi faire mais il m'a rassuré", se souvient Marie qui n'a pas pour autant remis en question sa décision. 

Ce n'est que plus tard que Marie a compris que la plateforme qu'elle avait appelée n'était pas du ressort du gouvernement : "J'étais très colère, elle ne m'a pas dit clairement qui elle était alors que je le lui avais demandé après toutes ses questions. Je me suis sentie piégée". 

Il faudrait faire interdire ces sites

Marie
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Marie a été rappelée le lendemain par cette même bénévole : "Elle voulait se tenir au courant, savoir si j'étais toujours sure de mon choix", raconte-t-elle. Les appels se sont multipliés, laissant finalement la représentante de IVG.net s'entretenir avec sa messagerie. Si elle atteste que son interlocutrice ne lui a, à aucun moment, martelé qu'elle devait garder l'enfant, Marie reconnaît que la bénévole a usé d'un argumentaire bien précis destiné à semer le doute en elle. 

Marie se dit favorable à la création de ce délit d'entrave à l'IVG sur Internet. Elle voudrait même que le gouvernement aille plus loin : "Il faudrait faire interdire ces sites mais comme ce n'est pas possible, le fait de savoir que des femmes qui se feraient piégées comme je l'ai été puissent porter plainte est plutôt rassurant"

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2016-12-05 14:00:00
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