5 min de lecture Cinéma

"They" de Anahita Ghazvinizadeh, pépite des festivals ?

INTERVIEW - Après le Festival de Cannes, Anahita Ghazvinizadeh présente "They" à la 23ème édition de Chéries-Chéris, Festival du film LGBTQI de Paris. Une histoire d'ado et d'entre-deux qui résonne avec le parcours de la réalisatrice iranienne.

"They" concourt pour la Caméra d'Or, au festival de Cannes 2017
"They" concourt pour la Caméra d'Or, au festival de Cannes 2017
ArièleBonte
Arièle Bonte

C'était une séance très spéciale à Cannes. La salle du Soixantième du palais des Festivals a accueilli le film ovni de la 70ème édition du festival de Cannes : They, de la réalisatrice iranienne Anahita Ghazvinizadeh, sélectionné pour le prestigieux prix de la Caméra d'Or. 

Six mois plus tard, cette oeuvre cinématographique d'un nouveau genre a également été sélectionné par Chéries-Chéris, le Festival du film LGBTQI de Paris pour sa 23ème édition. Cette dernière aura lieu du 14 au 21 novembre dans la capitale française. 

They, c'est l'histoire de J., 14 ans, ado en pleine transition qui préfère que, lorsque l'on parle de lui, on utilise le pronom personnel "they" et non pas "he" ("il") ou "she" ("elle"), en anglais. Ce pronom neutre dans la langue de Sofia Coppola n'a pas de traduction en français. Il insinue que la personne dont on parle ne souhaite pas être définie selon un genre : elle n'est ni un garçon, ni une fille, on ne sait pas.

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J. ne sait pas non plus s'il est un garçon ou une fille. Pour le déterminer, J. inscrit chaque jour à son réveil son ressenti sur un petit bout de papier. "Garçon", "garçon", "fille", "garçon", "rien", "rien", "fille", etc. Alors pour trouver son identité, l'ado suit un traitement hormonal. L'objectif : retarder sa puberté, se laisser le temps de choisir. Mais lorsqu'il est question de genre, peut-on vraiment choisir ?

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They - Official Trailer Date :

Le lendemain de la projection de film au Festival de Cannes, nous avons retrouvé la réalisatrice de ce portrait hors des sentiers du genre. Anahita Ghazvinizadeh, 28 ans seulement, a échangé avec nous sur les nombreuses thématiques abordées dans le film, mais aussi sur la place des femmes dans le cinéma iranien. Rencontre avec, on l'espère, l'une des prochaines inconditionnelles des festivals. 

Girls : Qu'avez-vous ressenti lors de la projection de votre film, à la 70ème édition du festival de Cannes ?
Anahita Ghazvinizadeh : Un mélange de joie et de tristesse. Comme si le travail était terminé et que le film avait enfin trouvé son foyer. Nous avons attendu tellement de temps avant de le partager sur grand écran.

Comment avez-vous eu l'idée de ce film ?
J'ai réalisé plusieurs courts-métrages sur les enfants, au moment de la puberté, cette période de la vie où ils sont en train de devenir des adultes. Ils se situe dans un entre-deux, questionnent leur identité, ce moment m'a toujours intéressée. Quand je travaillais sur mes courts-métrages, j'ai entendu parler de ce traitement qui suspend la puberté, donne du temps pour imaginer qui vous serez dans le futur. Dans ma vie personnelle également, j'ai souvent été dans cet entre-deux, deux pays (l'Iran et les États-Unis), deux maisons (entre deux résidences d'artiste)... Ces conditions de vie vous obligent parfois à mettre en suspend d'importantes décisions.

They résonne donc beaucoup avec votre propose vie ?
Oui, lors de la projection à Cannes, plusieurs de mes proches étaient dans la salle et, pour ceux qui me connaissent, le film se présente comme un autoportrait. J'ai essayé de le personnaliser le plus possible, notamment concernant tous les détails autour du questionnant de l'identité de J.

Anahita Ghazvinizadeh est la réalisatrice de "They", projeté lors de la 70ème édition du festival de Cannes
Anahita Ghazvinizadeh est la réalisatrice de "They", projeté lors de la 70ème édition du festival de Cannes

Le langage est très présent dans votre film. Les personnages (et les spectateurs) se questionnent beaucoup sur la langue ?
Là aussi c'est une question d'entre-deux : J. utilise un mot pour se définir et exprimer cet état dans lequel ils (they) se trouvent. Je me questionne également sans cesse sur qui je suis car je travaille à la fois en anglais et en iranien.

À quel moment avez-vous su que vous souhaitiez faire du cinéma ? 
Cela a été très graduel. J'étais d'abord intéressée par la littérature. J'ai suivi des cours d'écriture théâtrale et je me suis intéressée au jeu dans le cinéma : celui des acteurs professionnels, non professionnels, et voir comment on pouvait aborder ce jeu de manière expérimentale. Je suis ensuite entrée à l'université pour écrire avant de suivre un atelier de réalisation et de m'y mettre complètement. 

Je ne serai pas là aujourd'hui sans Jane Campion

Anahita Ghazvinizadeh, réalisatrice iranienne
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Aviez-vous des modèles féminins étant plus jeunes ?
Oui, d'abord dans la littérature avec par exemple l'auteure canadienne Alice Monroe. Puis quand j'ai commencé à m'intéresser à la réalisation, j'ai apprécié le travail de de femmes comme Claire Denis, Agnes Varda et Jane Campion, que j'ai eu la chance de rencontrer lorsque j'ai reçu le premier prix Cinéfondation à Cannes, en 2013. Je pense qu'elle a joué un grand rôle dans ma présence ici, aujourd'hui. Elle m'a soutenue, c'est celle qui m'a attribué le prix, et aidée avec le film.

Que pensez-vous de la représentation des femmes au cinéma ?
C'est une question très difficile, bien sûr. Je pense que plus on utilise nos propres expériences dans la réalisation et la production d'un film, plus on s'approche de la vérité, d'une bonne représentation. Pour celles qui font des films, je pense qu'il est donc important d'utiliser sa propre expérience pour mieux représenter les femmes sur grand écran.

Comment sont représentées les femmes dans le cinéma iranien ?
Il y a beaucoup de femmes fortes qui sont représentées à l'international. C'est vrai que lorsque j'ai commencé à évoluer dans ce milieu, j'ai parfois dû travailler plus dur pour être entendu ou prise au sérieux. Quand je suis arrivée aux États-Unis cependant, je n'ai pas eu l'impression que l'Iran était pire. Parce que dans mon pays, cette industrie est beaucoup plus petite et beaucoup de femmes y sont représentées. Aux États-Unis, les statistiques ne sont pas très bonnes et c'est très visible sur le terrain. 

L'affiche de "They"
L'affiche de "They" Crédit : Optimale

Un message pour les jeunes femmes qui souhaitent travailler dans le monde du cinéma ?
C'est délicat parce que d'un côté on a envie d'envoyer ce message optimiste : "allez-y, battez-vous et obtenez ce que vous souhaitez". D'un autre côté, je ne crois pas que se lancer dans une carrière cinématographique doit être un combat. Oui, effectivement, cela peut être compliqué, je l'ai vécu avec des hommes sur le terrain, mais je ne souhaite pas faire du cinéma pour prouver qui je suis en tant que femme. Je ne veux pas que mon cinéma soit rapporté à ce combat. J'aime seulement créer. Donc mon message serait plutôt : si vous avez confiance en vous en tant qu'artiste, et que votre art est vital à votre vie, vous allez faire en sorte de gérer ces situations.

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2017-05-21 10:14:00
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