Victimes en colère, guerre des polices... Où en est la commission d'enquête sur les attentats de Paris ?

Chargée de mettre au jour les failles sécuritaires des attentats de Paris, la commission d'enquête parlementaire faisait halte au Bataclan jeudi 17 mars.

Des policiers devant le Bataclan en marge de la visite de la commission parlementaire jeudi 17 mars 2016
Crédit : AFP
Des policiers devant le Bataclan en marge de la visite de la commission parlementaire jeudi 17 mars 2016

Fermé depuis le 13 novembre, le Bataclan accueillait jeudi 17 mars la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de Paris pour comprendre le déroulement de l'attaque terroriste qui a fait 90 victimes dans la salle de concert et de l'intervention des forces de police et de secours. Une vingtaine de membres de l'instance, accompagnés de policiers, ont restitué à huis clos cette nuit de cauchemar pour lever le voile qui persiste sur le déroulé des événements, du début de l'attaque à l'assaut final, en passant par l'organisation des groupes d'intervention et des dispositifs d'information.

"Nous avons demandé aux forces de l'ordre qui sont intervenues, la BRI, le RAID, la police, de venir. Nous allons voir chronologiquement quelle a été leur intervention. Pourquoi il a fallu trois heures entre la première attaque et (la fin de) l'intervention, trois heures pour extraire les dernières victimes", a expliqué devant la presse le président de la commission et député Les Républicains du Rhône Georges Fenech.

Lancée à la fin du mois de janvier à l'initiative des députés de l'opposition, la commission d'enquête parlementaire relative aux "moyens mis en oeuvre par l'État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015" doit pointer les failles des services chargés de la lutte antiterroriste et les ratés de l'intervention des forces de l'ordre et secours le soir des fusillades et les jours suivants. À l'instar de la reconstitution, la plupart des auditions se sont déroulées à huis clos, à l'exception de celles des victimes et du ministre de l'Intérieur, ouvertes au public. La commission doit encore recevoir les directeurs de la police et de la gendarmerie avant de rendre ses conclusions dans un rapport le 14 juillet. Mais elle a déjà livré quelques enseignements.

Les victimes attendent des réponses

Mi-février, les auditions des victimes ont particulièrement marqué les esprits. Plusieurs rescapés et proches de victimes ont pointé des dysfonctionnement et questionné le rôle de l'État. Vice-résidente de l'association "Life for Paris - 13 novembre 2015", Carole Langlade a raconté les trois heures passées avec 40 otages dans une loge du Bataclan, barricadée par un frigo et un canapé, et comment elle a dû appeler sa mère à Nancy pour qu'elle appelle la police locale, après s'être fait raccrocher au nez par une policière parce qu'elle chuchotait pour ne pas se faire repérer par les terroristes. 

Les griefs des victimes ont aussi concerné "l'atroce impréparation" des dispositifs d'information le soir du drames et les jours suivants. "Les annonces de décès sont allées au-delà de tout ce qu'on peut imaginer comme ratage", a regretté Georges Salines, président de l'association "13 novembre, fraternité et vérité", qui a appris le décès de sa fille via des tweets d'inconnus le lendemain des attaques. 

Entre les numéros de téléphones saturés, les identifications tardives et le comportement douteux de certains employés de l'Institut médico-légal, dépassé le soir des attentats, la prise en charge des victimes a aussi laissé à désirer. L'une d'elles, Sophie Dias, a perdu son père de nationalité portugaise devant le Stade de France. Le consulat du Portugal lui a appris sa mort le 14 novembre mais la France ne l'a appelée que le lendemain. Venue reconnaître son père à l'IML, elle s'est entendue dire : "Ne vous inquiétez pas, si on ne vous montre pas la tête, vous verrez un pied".

Les victimes se sont également interrogées sur l'absence de présence policière et de fouilles au Bataclan, alors que le risque d'attaque contre une salle de concert était semble-t-il connu des autorités. Elles sont aussi visées les ratés de l'antiterrorisme, s'étonnant de la présence à Paris d'Abdelhamid Abaaoud, "un terroriste interdit de territoire français et européen" qui "se retrouve à diriger une attaque de cette ampleur". La politique de l'exécutif n'a pas échappé aux critiques, notamment les propos de Manuel Valls - "expliquer le jihadisme, c'est déjà vouloir un peu l'excuser" - et le débat sur la déchéance de nationalité, "un symbole qui ne sert à rien".

Bernard Cazeneuve défend sa gestion

Trois semaines plus tard, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a dû répondre à ces questions lors de son audition devant la commission le 7 mars. Droit dans ses bottes, le locataire de la place Beauvau a réfuté toute faille dans la gestion par l'État de l'attentat du Bataclan et défendu la politique du gouvernement depuis les attentats de janvier 2015. 

Les autorités ont tardé à neutraliser les assaillants - près de 2h30 se sont écoulées entre le début de l'attaque et l'assaut final ? "On n'intervient pas comme ça dans une salle pour procéder à la neutralisation des terroristes", a rétorqué le ministre, rappelant que le BAC était présente quinze minutes après le début de la fusillade. L'État était au courant d'une menace pesant sur le Bataclan ? Il jure qu'il n'a "vu aucune note témoignant d'une menace particulière", mais seulement "des notes de menaces générales sur les salles de spectacle".

Retranché à plusieurs reprises derrière le secret-défense, le ministre a finalement laissé les membres de la commission sur leur faim, qui ne sont pas parvenus à savoir s'il y avait eu huit terroristes ou si le 18e arrondissement de Paris était bien visé par une attaque, comme l'indiquait le communiqué de revendication de l'État islamique. "On est en partie dans la posture et le non-dit", a fustigé dans Le Monde le député LR Pierre Lellouche.

Sur fond de guerre des polices

Les 9 et 10 mars derniers, les patrons du Raid, du GIGN et de la BRI ont été entendus à leur tour devant la commission réunie à huis clos. Les attentats terroristes de novembre ont en effet ravivé de vieilles tensions chez les super-flics. Trois semaines après les attentats, une lettre anonyme au vitriol a mis en cause l'amateurisme de l'intervention des policiers de la BRI, arrivés les premiers sur les lieux après la BAC, arguant que les hommes du GIGN, qui se trouvaient dans une caserne à proximité du Bataclan, auraient mieux géré la situation si on les avait sollicités en priorité.

Les tensions sont récurrentes entre les unités d'élite de la police et de la gendarmerie qui se disputent régulièrement des prérogatives sur leurs théâtres d'interventions coordonnées, comme lors de l'assaut contre l'appartement de Mohamed Merah où l'opération du Raid avait été vivement critiquée par le fondateur du GIGN avant d'accoucher du limogeage du patron des hommes en noir. Pour solder ces rivalités, Bernard Cazeneuve doit annoncer prochainement une meilleure répartition des attributions nationales entre les différentes unités.

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BenjaminHuepro
par Journaliste RTL
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Victimes en colère, guerre des polices... Où en est la commission d'enquête sur les attentats de Paris ?
Chargée de mettre au jour les failles sécuritaires des attentats de Paris, la commission d'enquête parlementaire faisait halte au Bataclan jeudi 17 mars.
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2016-03-17 16:41:00
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