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Grand Est : la rentrée numérique dans des lycées fait mal au porte-monnaie

DÉCRYPTAGE - Les élèves de 50 lycées doivent obligatoirement s'acheter un ordinateur portable ou une tablette. Un achat qui peut s'avérer difficile.

Une salle de classe avec des ordinateurs, à Montpellier le 28 septembre 2015
Une salle de classe avec des ordinateurs, à Montpellier le 28 septembre 2015 Crédit : SYLVAIN THOMAS / AFP
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Julien Absalon
Journaliste RTL

Les lycées du Grand Est se modernisent. Mais à quel prix ? À la rentrée 2017, pas moins de 31.000 élèves de 50 établissements vont tester le "lycée 4.0". Annoncé quelques mois seulement avant sa mise en place, ce plan "numérique éducatif" promeut l'enseignement à l'aide d'ordinateurs portables et de tablettes. Tous ces jeunes sont amenés à mettre de côté leurs manuels et à suivre leurs cours sur leur machine personnelle. La collectivité, présidée par Philippe Richert (LR), a pour objectif de "développer les usages du numériques" et de "proposer ainsi à la jeunesse des conditions de travail modernes et contribuant à faciliter leur insertion professionnelle". Ce qui, à première vue, apparaît comme étant un bond en avant ne fait toutefois pas que des heureux. En cause : le coût de la mesure pour les familles.

Pour celles et ceux qui disposent déjà d'un ordinateur portable ou une tablette, ce dispositif semble tomber à point nommé. Les foyers ne sont toutefois pas tous dans ce cas. Parmi les 12-17 ans et les 18-24 ans en France, moins d'un sur deux (44 à 47%) possède une tablette selon le baromètre 2016 de l'Autorité de régulation des communications (Arcep). Pour les autres, surtout s'ils ne possèdent pas non plus d'ordinateur portable, le passage à la caisse semble inéluctable. Pour acquérir du matériel destiné aux cours, l'investissement représente quelques centaines d'euros.

Plus cher que les livres

Afin d'aider les ménages, la région a passé un marché avec le constructeur HP. Des prix négociés permettent à la collectivité de proposer trois modèles, dans une fourchette de prix allant de 371€ à 1.055€. Le système d'exploitation Windows 10, la suite Microsoft Office et un antivirus sont fournis.

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Il existe aussi une subvention pour les foyers au revenu mensuel net inférieur à 6.000 euros : elle prend la forme d'une participation de 50%, plafonnée à 250 euros et concerne seulement une liste de trois modèles HP. La différence reste donc à la charge de la famille, avec des facilités de paiement permettant des étalements jusqu'à 36 mois (constituant cependant un intérêt moindre pour un élève de Terminale). Dans cette configuration, il faut débourser entre 185€ et 830€. Ce n'est pas tout, car ces sommes ne prennent pas en compte l'assurance casse-vol en option à 59€ (85€ pour l'appareil le plus cher).

Pour de nombreux parents, cette rentrée particulière peut présenter un surcoût énorme. Elle s'inscrit pourtant déjà dans un contexte de hausse des budgets au niveau national. Pour cette année 2017, il faut débourser en moyenne 422,52€, ce qui représente une hausse d'un peu plus de 2%, selon les chiffres de la Confédération Syndicale des Familles.

"Dix euros, c'est déjà trop"

Mais dans le cas présent, l'achat du matériel remplace des manuels scolaires qui sont généralement gratuits. Grâce aux subventions régionales et aux bourses de livres, "les familles ne payaient pas et la gratuité des livres était une réalité", souligne Ludovic Gillet, secrétaire général de la FCPE Marne, contacté par RTL.fr. Il rappelle ainsi l'existence de la carte Lycéo en Champagne-Ardenne. 40 à 100 euros y sont crédités pour permettre aux étudiants de faire leurs emplettes sans mettre la main à la poche. Même système en Lorraine, avec la carte Multipass +.

Malgré la contrainte de l'achat, "des familles n'ont toujours pas fait l'investissement" à une semaine de la rentrée, assure Ludovic Gillet. "Elles attendent de voir. Pour certaines familles, dix euros c'est déjà trop", constate-t-il, prenant notamment l'exemple d'une mère de famille de trois enfants qui, l'an prochain, entreront tous au lycée. Pour elle, il faudra donc financer trois appareils en même temps. Pour d'autres ménages, le problème peut être lié au choix de la filière professionnelle, où des ordinateurs performants en conception (CAO) ou publication assistée (PAO) nécessitent de débourser au moins 800 euros.

Inégalité technologique

La problématique financière implique également un risque d'inégalité face à la technologie. Si les manuels scolaires étaient les mêmes pour tous, difficile de faire le même constat pour les ordinateurs portables et les tablettes. Sur les modèles nomades proposés par HP, la tablette la moins chère (qui est en réalité un "ordinateur détachable") n'offre évidemment pas les mêmes performances et le même confort d'utilisation que l'ordinateur portable vendu dans le commerce à plus de 1.000 euros. Elle est par exemple limitée par son processeur qui, face à la moindre application gourmande en ressources, risque d'être en difficulté et pourrait rapidement devenir obsolète avec le temps. "Sur du onze pouces, lire un magazine c'est compliqué", observe par ailleurs Ludovic Gillet.

Si l'on sort du circuit des équipements proposés par la région Grand Est, il est nécessaire de débourser au grand minimum 200 euros pour avoir un produit convenable, avec une autonomie digne de ce nom, une bonne connectique et des composants d'une qualité correcte. Encore faut-il ne pas oublier, si ce n'est pas fourni, d'acheter un clavier amovible, ce qui semble préférable dans le cadre d'une activité scolaire. "Tous ces petites accessoire vont faire gonfler le prix", note-t-on à la FCPE.

La FCPE veut du numérique gratuit

"Ceux qui apportent leur propre outil informatique n'auront aucune aide", ajoute par ailleurs Florence Claudepierre, présidente de la FCPE du Haut-Rhin, dans un communiqué. Or, il faut penser à l’antivirus, la pochette de transport, les écouteurs et la mise en œuvre technique qui est maintenant à la charge des familles sans qu’on soit assuré que ce soit compatible".

Du côté de la FCPE Grand Est, la grogne est tout aussi considérable. Une pétition a été lancée sur Internet pour réclamer notamment la "mise à disposition gratuite" du matériel numérique. Ludovic Gillet tient néanmoins à préciser que les parents d'élèves ne sont "pas contre le numérique" car il "faut avancer". Le tout numérique à l'école n'aura jamais fait couler tant d'encre.

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2017-09-01 08:00:00
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