Elles ont choisi la stérilisation pour contraception

TÉMOIGNAGES / INTERVIEWS - Absence totale de désir d'enfants, grossesses à risques ou mauvaises expériences avec les contraceptifs classiques... Pour certaines femmes, la stérilisation s'avère la contraception idéale.

Elles ont choisi la stérilisation pour contraception
Crédit : iStock
Elles ont choisi la stérilisation pour contraception

"J’ai eu trois enfants, chacun né par césarienne, et la troisième ne s’est pas bien passée. On m’a dit que je ne devais pas tomber enceinte à nouveau, qu’il y aurait un risque pour le bébé. À mon mari, les médecins ont dit que je pourrais mourir." Albertine* a 41 ans, elle a été stérilisée à l’âge de 39 ans et a accepté de témoigner pour RTL.fr. Depuis la loi du 4 juillet 2001 relative à l’IVG et à la contraception, la stérilisation à visée contraceptive, ou "contraception définitive", est autorisée à toute personne majeure, sans d’autre condition que cette majorité, peu importe son âge, son statut marital, ou le fait que cette personne ait ou non des enfants.

La seule obligation est de respecter un délai légal de quatre mois de réflexion, à compter d’une première consultation d’information avec un gynécologue-obstétricien. La personne doit ensuite donner son consentement par écrit lors d'une seconde consultation, à l'issue de ce délai. Les médecins ne souhaitant pas pratiquer la stérilisation peuvent quant à eux faire jouer une clause de conscience. Ils doivent alors informer le ou la patiente de leur refus dès la première consultation et les renvoyer vers un autre professionnel capable de réaliser l’intervention. Pendant la première consultation, le praticien doit s’assurer du fait que la volonté de la personne est "libre, motivée et délibérée". Il doit aussi l’informer des autres moyens de contraception existants et du caractère irréversible de l’intervention, comme le souligne une fiche mémo de la Haute autorité de Santé.

Peu d'hommes y ont recours

La stérilisation s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes. D'après une étude de l'Ined (Institut national d'études démographiques) publiée en 2012, elle concernerait en France 0,3% des hommes et 3,9% des femmes. Contactée par RTL.fr, l'Assurance maladie, qui prend en charge cette procédure, précise qu'en 2014, 4067 hommes ont été stérilisés, contre 45.617 femmes. Si la stérilisation est désormais remboursée pour tous sans conditions d'âge, auparavant seules les femmes de plus de 40 ans pouvaient bénéficier de cette prise en charge.

Pour les hommes, il n’existe qu’une méthode : la vasectomie. Elle consiste à sectionner ou bloquer les canaux déférents transportant les spermatozoïdes. Elle est réalisée le plus souvent sous anesthésie locale. Pour les femmes, deux méthodes sont utilisées. Tout d’abord, la ligature des trompes, une opération réalisée sous anesthésie générale qui nécessite une hospitalisation de 1 à 3 jours. Elle est effective immédiatement. Ensuite, la méthode dite Essure, réalisable sous anesthésie locale et décrite comme moins invasive. Elle consiste à insérer un micro-implant dans la trompe, par voie vaginale, ce qui va créer une fibrose et obstruer la trompe de manière progressive. Elle est efficace au bout de trois mois et nécessite durant cette période la prise d’un autre moyen de contraception.

J’aurais avorté si j'en avais eu besoin, mais je suis d’éducation catholique et je ne voulais pas être confrontée à ce choix.

Albertine*, 41 ans

C’est cette option qu’a choisie Albertine, pour qui la stérilisation s’est imposée comme le moyen de contraception idéal après son troisième accouchement compliqué : "La pilule détruit ma libido. Nous étions obligés d’utiliser des préservatifs avec mon mari et j’étais très angoissée à l’idée de tomber enceinte à nouveau, se souvient-elle. J’aurais avorté si j'en avais eu besoin, mais je suis d’éducation catholique et je ne voulais pas être confrontée à ce choix". Malgré sa détermination, Albertine a dû attendre de changer de gynécologue, alors que la sienne partait à la retraite, pour être informée sur le sujet. Sa praticienne n'avait jamais évoqué l'idée et soutenait qu'elle n'avait d'autre alternative que la pilule. L’intervention n’a donc pas eu lieu tout de suite après sa dernière grossesse. Les quatre mois de réflexion ont donc semblé "rudes et infantilisants" à Albertine . "Cela faisait des années que je me renseignais seule", explique-t-elle.

Manque d'informations

Comme en témoigne Albertine, le plus souvent, les femmes intéressées par la stérilisation en parlent entre elles et se renseignent seules, avant de franchir la porte d'un praticien. "Les médecins n'y pensent pas et les patientes, dans l'ensemble, ne sont pas informées", confirme le Docteur Patrice Lopes, gynécologue et professeur au CHU de Nantes, où il a réalisé en 2002 la première stérilisation tubaire, avec un implant Essure. Si les chiffres au niveau national restent faibles, le Docteur Lopes explique que plus de 2.000 stérilisations ont été pratiquées au CHU de Nantes depuis un peu moins de quinze ans. Dans cet établissement, "c'est une méthode de planification familiale comme les autres", explique le médecin.

À 37 ans, Claire* a elle aussi réfléchi à la stérilisation pendant de longues années.
 "Depuis que je suis pubère, en gros", précise-t-elle à RTL.fr. Elle n’a pas d’enfants et n’en a jamais voulu, "à aucun moment de (sa) vie". "À part le diaphragme, réputé peu efficace, j'ai tout essayé à un moment ou à un autre : les préservatifs, les pilules traditionnelles, les micropilules, les pilules progestatives, le stérilet au cuivre, le stérilet hormonal, l'implant, l'anneau vaginal..." Claire explique supporter mal les hormones et les stérilets en particulier, dont le dernier a dû lui être enlevé aux urgences. Après "cette expérience ratée", comme elle le dit, elle s’est décidée à commencer les démarches pour une stérilisation par Essure. Elle arrive actuellement à la fin des quatre mois de réflexion.

Avant le rendez-vous, je m'étais préparée comme pour un match de boxe.

Claire*, 37 ans

Au planning familial de la maternité des Lilas, elle dit avoir été accueillie "par un médecin formidable". "Avant le rendez vous, je m'étais préparée comme pour un match de boxe, explique-t-elle. J'ai été suivie par de nombreux gynécologues dans ma vie et dans aucun cas il n'a été ne serait-ce qu'envisageable de parler de stérilisation. Le dispositif intra-utérin (DIU), c'était bien souvent une négociation âpre, alors la stérilisation... Le médecin des Lilas a été tellement attentif, patient et prévenant, que j'en ai perdu toute contenance. Je suis sortie du rendez-vous en larmes, non pas parce que j'étais triste, mais parce que la résistance contre laquelle je me battais depuis toujours s'était évaporée comme par magie", se souvient la jeune femme.

"Certaines patientes se sentent obligées de venir avec des tas d'arguments", témoigne le Docteur Jean-François Le Digabel, chirurgien gynécologue au Havre, qui explique pratiquer la stérilisation en moyenne deux fois par semaine. Selon lui, les résistances de certains médecins peuvent s'expliquer par leur âge. "Pour les plus jeunes, c'est un moyen de contraception comme un autre", avance-t-il. Mais surtout, c'est la peur de voir la patiente regretter la procédure qui transparaît. Citant le cas d'une femme jeune qui ne voudrait pas avoir d'enfants, il tente de s'expliquer : "J'aurais tendance à vouloir comprendre ce refus, à croire qu'il y a une explication et à en parler avec elle, car une femme qui ne veut pas d'enfants, aujourd'hui, ce n'est pas la norme. Pourtant, ajoute-t-il, je ne comprends pas qu'on dise à certaines femmes d'attendre 40 ans. Leur corps leur appartient."

Ce sont encore une fois les femmes qui prennent en charge la contraception !

Docteur Fabrice Lopes, gynécologue et professeur au CHU de Nantes

En tant que "nullipare" (femme n’ayant jamais eu d’enfant), Claire doit effectivement expliquer et justifier son choix très souvent. Elle n'apprécie d'ailleurs pas ce terme, "parce qu'il y a 'nulle' dedans". Quand elle a abordé la question de la stérilisation avec son conjoint, celui-ci lui a exprimé de nombreuses réticences à subir une vasectomie. "Il faut dire qu’il n’y pense pas depuis vingt ans, lui", plaisante Claire.

Albertine a elle aussi évoqué la question de la stérilisation masculine avec son mari mais s’est heurtée à un non catégorique, alors même qu’une nouvelle grossesse aurait mis sa vie en danger. "J’aurais apprécié qu’il fasse le geste, explique-t-elle. Je n’ai pas trouvé ça sympa ni classe mais ça m’a donné une grande liberté par rapport à lui", confie-t-elle, précisant qu’ils sont toujours ensemble malgré cela. D'après le Docteur Lopes, les vasectomies sont aujourd'hui en recul en France car la stérilisation féminine par Essure s'est banalisée, ne nécessitant pas d'anesthésie générale. "Ce sont encore une fois les femmes qui prennent en charge la contraception !" conclut-il.

Quand on l’interroge sur sa démarche aujourd’hui, Albertine explique avec le recul se sentir libérée. "J’aurais aimé que mon mari soit plus présent", nuance-t-elle encore. De sa prise en charge à l’hôpital Antoine-Béclère, elle a gardé un très bon souvenir. Clémence*, elle, n'a pas reçu le même accueil de la part du personnel médical. Âgée de 32 ans et mariée, elle a deux fils, tous les deux autistes. Après des années de pilule, elle ne souhaite plus prendre d’hormones et supporte mal son stérilet. Pour elle, la stérilisation contraception est devenue "une évidence". Médecin dans le service public hospitalier, elle explique avoir pris rendez-vous dans un grand hôpital public parisien pour initier sa démarche avec la méthode Essure, pratiquée dans cet établissement.

Je suis partie en pleurs de la consultation.

Clémence, 32 ans

"C'est une assistante spécialiste qui m'a reçue, donc elle avait à peu près mon âge", précise Clémence, qui raconte son expérience à RTL.fr. "Elle m'a écouté expliquer ma demande, m'a distribué la documentation et a finalement exprimé quelques réticences dues à mon âge et au fait que j'avais 'seulement' deux enfants. Je lui avais bien sûr dit que mes deux fils étaient autistes. Elle m'a avancé l'argument du diagnostic préimplantatoire, montrant là son ignorance en la matière, car cela ne se fait pas en matière d'autisme, alors qu'on ne connait pas tous les mécanismes. Elle a botté en touche en disant qu'elle en parlerait à ses confrères. Je suis partie en pleurs de la consultation."

Trois jours plus tard, l’assistante spécialiste lui laisse un message sur son répondeur, lui signifiant que du fait "de son jeune âge", les médecins de l’hôpital refusaient de pratiquer la procédure. Clémence est actuellement dans l’attente d’un nouveau rendez-vous, pris pour le mois de janvier, à partir duquel les quatre mois de réflexion pourront commencer. "J'en ai assez de voir certains de mes confrères et consœurs se prennent pour des dieux sur terre, en bons parents qui savent mieux que la patiente elle-même ce qui est bien pour elle", explique-t-elle, amère.

Un annuaire pour les médecins qui pratiquent la stérilisation

Pour palier le refus de certains médecins et éviter à des patientes de s'y confronter, Martin Winckler a mis à disposition sur son site un registre qui répertorie les médecins pratiquant la stérilisation. Un peu plus de 80 praticiens y figurent. L'annuaire s'accompagne d'ailleurs d'une mise en garde concernant la méthode Essure, à la suite de plusieurs plaintes de patientes aux États-Unis. D'après une étude citée par un article du New York Times sur le sujet, les patientes ayant été stérilisées avec ce type d'implants auraient 10 fois plus de chance de subir un acte de chirurgie après cette procédure, que celles ayant eu recours à une ligature des trompes.

Pour le Docteur Marie-Laure Brival, gynécologue et chef de service à la maternité des Lilas, la stérilisation est le résultat d'un "contrat" entre le médecin et la patiente. "Aux Lilas, nous ne posons aucune condition d'âge", prévient la praticienne. "Tout se module selon le contexte. Et pour que ça marche, il faut que les deux partis soient d'accord, explique-t-elle. Il est normal qu'un médecin n’accomplisse pas un acte qu’il ne sent pas. Ce qui est problématique, c’est le discours culpabilisant qui entoure ce refus." Pour le Docteur Brival, la stérilisation reste un tabou, qu'elle rapproche d'ailleurs de l'IVG, "car elle pose la question de la place des femmes dans la société."

* Les prénoms ont été modifiés.

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