Bernard Tapie "n'est pas le principal coupable", selon l'ancien directeur du Crédit Lyonnais

REPLAY / INVITÉ RTL - Jean Peyrelevade, président du Crédit Lyonnais de 1993 à 2003, estime que c'est Nicolas Sarkozy qui s'est rendu le plus coupable en "interrompant le cours ordinaire de la justice".

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Bernard Tapie "n'est pas le principal coupable", selon l'ancien directeur du Crédit Lyonnais Crédit Image : STEPHANE DANNA / AFP Crédit Média : Yves Calvi Télécharger

Jeudi 3 décembre, la Cour d’appel a tranché : Bernard Tapie devra rembourser 404 millions d’euros, obtenus en 2008 à la suite d’un arbitrage privé qui visait à mettre un terme à son litige avec le Crédit Lyonnais sur la revente d’Adidas en 1994. 

“En tant que citoyen, je suis satisfait", déclare Jean Peyrelevade, président du Crédit Lyonnais de 1993 à 2003. "Parce que dans cette affaire, pour moi, le vrai scandale n'est pas le fait que Monsieur Tapie ait essayé de vivre aux dépens de la République - il y a toujours eu des histoires de ce genre dans le passé. Mais c’est la première fois que la République elle-même, en la personne du Président de la République de l’époque [Nicolas Sarkozy ndlr] interrompt elle-même le cours ordinaire de la justice. [Nicolas Sarkozy] provoque un arbitrage dont on s’apercevra ensuite qu’il est totalement bidouillé et donc, d’une certaine manière, est le complice actif de ladite République", ajoute-t-il. 

Bernard Tapie n'est pas le principal coupable dans cette affaire

Pierre Peyrelevade, ancien président du crédit Lyonnais

Pour Pierre Peyrelevade, Bernard Tapie n’est pas le principal coupable dans cette affaire. "Je pense, et je l’ai déjà dit, que c’est Nicolas Sarkozy. Si les autorités publiques de l’époque avaient laissé l’affaire se dérouler normalement, la décision de la Cour d’Appel qui vient d’intervenir aujourd’hui serait intervenue dès 2007. Cela fait 8 ans, sur les 20 ans que dure cette affaire, qui sont dus à la procédure d’arbitrage", estime-t-il.
Un argument d’ailleurs également utilisé par Bernard Tapie, qui estime que derrière cette affaire, c’est Nicolas Sarkozy qui est visé. Il dénonce une magouille politique, qui se ferait sous couverture de l’équipe actuellement au pouvoir et donc de François Hollande.

“Je n’ai personnellement aucune attache partisane, j’ai vécu cette affaire pendant de longues années, je me suis fait traiter publiquement d’escroc par Monsieur Tapie, et à plusieurs reprises. Donc je pense être qualifié pour dire que la vérité, c’est celle qui vient d’être énoncée par la Cour d’Appel”, déclare Jean Peyrelevade. En réalité, l’ancien président du Crédit Lyonnais a tout de même soutenu François Bayrou pour les élections de 2007, et a été directeur adjoint du cabinet Mauroy à partir de 1981.

Bernard Tapie est-il vraiment ruiné ?

Bernard Tapie l’a annoncé à la presse vendredi 4 décembre : “Je suis ruiné de chez ruiné”. Mais l’est-il vraiment ? “Je ne sais pas et ça n’est pas l’aspect qui m’intéresse le plus, c’est au juge de le déterminer. Bernard Tapie a annoncé qu’il n’avait en fait reçu que 40 millions, dont 20 millions qui sont allés à La Provence [le journal dont il est actionnaire majoritaire, ndlr]. ”Monsieur Bernard Tapie a des vérités successives, qui épousent très exactement la défense de ses intérêts du moment”, estime Jean Peyrelevade. “Je pense qu’il a reçu beaucoup plus que cela, une somme certainement supérieure à 200 millions d’euros. je ne sais pas ce qu’il en a fait depuis, et ça ne m’intéresse pas”.

En 1993, je recevais dans la même semaine des coups de François Mitterrand, puis de M. Balladur pour me dire : “pourquoi faites vous des misères à ce pauvre Monsieur Tapie ?”

Pierre Peyrelevade, ancien président du crédit Lyonnais

L’ancien président du Crédit Lyonnais accuse également “une partie des médias” d’accepter “sans examen la thèse de Monsieur Tapie, qui est complètement fausse, selon laquelle le Crédit Lyonnais l’aurait floué”. Le monde politique et les médias à l’origine de toute cette affaire ? “Je ne dis pas à l’origine. (...) Mais je peux répondre à l’époque de mes premiers mois au Crédit Lyonnais, en novembre 1993, pour montrer le fait que la complicité du politique à l’époque était transpartisane : je recevait dans la même semaine des coups de fil d’une part de l’Elysée, de François Mitterrand et d’autre part de  Matignon, de M. balladur pour me dire : “pourquoi faites vous des misères à ce pauvre Monsieur Tapie ?”

Comment expliquer que le Président et le Premier ministre, opposés politiquement, aient souhaité d’une façon ou d’une autre soutenir Bernard Tapie ? "Chacun pensait, compte tenu de son immense talent et de ses capacités de communication, qu’il pouvait leur être utile dans leur entreprise politique, que cela pouvait être un atout dans une campagne présidentielle“, déclare-t-il.

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2015-12-04 10:07:00
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