4 min de lecture Éducation nationale

Réforme du bac : Blanquer, le ministre qui réussit là où tous ont échoué

DÉCRYPTAGE - En présentant sa réforme du baccalauréat en Conseil des ministres, Jean-Michel Blanquer se démarque de ses prédécesseurs avec une méthode "technique et républicaine".

Jean-Michel Blanquer présenta la réforme du baccalauréat
Jean-Michel Blanquer présenta la réforme du baccalauréat Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Moins d'un an après son entrée au gouvernement, Jean-Michel Blanquer s'est emparé de l'un des sujets les plus épineux pour son ministère : réformer le baccalauréat. Le ministre de l'Éducation nationale a présenté son projet de loi, mercredi 14 février, en Conseil des ministres.

En 2021, le baccalauréat n'aura plus rien à voir avec celui que nous connaissons. Fini l'examen marathon, désormais les élèves auront cinq épreuves (une épreuve de français oral + écrit en première et quatre autres matières en terminale). Le mois de juin aussi ne sera plus le même. Les épreuves seront partagées entre le printemps et l'été. 

Tout ceci est donc signé Jean-Michel Blanquer. Le ministre, qui était l'invité de L'Émission Politique de France 2, jeudi 15 février, a une particularité qui mérite d'être souligné : il semble faire l'unanimité. 

À lire aussi
Les élèves d'un lycée, dans la cour de récréation (illustration). éducation nationale
Déradicalisation : il faut une "ceinture étanche" autour des élèves à risque

L’unanimité à droite

En effet, selon une information du Point, l'équipe de l'émission aurait encaissé de nombreux refus de la part de ses possibles contradicteurs. "Le problème, c'est que tout le monde le trouve formidable ! Comme il fait assez l'unanimité à droite comme à gauche, personne n'a vraiment intérêt à aller boxer contre Blanquer", confie un cadre du service politique de la chaîne, au magazine.

Finalement, le ministre aura face à lui Alexis Corbière de la France insoumise. Le parti de Jean-Luc Mélenchon tente depuis ces dernières semaines de réveiller la grogne chez les lycéens, les étudiants et les professeurs... mais sans réel résultat. 

Selon un sondage Odoxa pour France info et Le Figaro, le ministre de l'Éducation nationale culmine à 62% d'opinions favorables. "À l'exception des sympathisants du FN, les personnes interrogées, quelle soit leur appartenance, plébiscitent Blanquer : 95% chez les Marcheurs, 53% à gauche et 72% chez les électeurs de droite. Ces derniers n'ont sans doute pas oublié que le ministre a longtemps été estampillé de droite", explique le site. Pour les Français, Jean-Michel Blanquer est "compétent" (58%), "courageux" (57%) et sympathique (52%).

Quand Fillon et Darcos reculaient face à la rue

Avant Jean-Michel Blanquer, François Fillon a aussi émis l'idée d'un contrôle en continu pour le baccalauréat. À l'époque où il était ministre de l'Éducation, de 2004 à 2005, il estimait que "notre système est trop compliqué et nécessite une organisation de plus en plus périlleuse". Libération résume : "Son idée : garder seulement six matières pour l'examen final contre dix ou douze aujourd'hui. Et passer l'autre moitié en contrôle continu. Des lycéens y sont opposés : l'examen final garantit l'anonymat".

Le Parisien rappelle que "cette proposition provoque un tollé et envoie des lycéens dans la rue, soucieux de conserver l’anonymat de leurs examens. Le ministre de Jean-Pierre Raffarin doit alors abandonner cette partie pour pouvoir faire passer sa loi globale, avant d’être remercié".

En 2007, Xavier Darcos, ministre de l'Éducation dans le gouvernement de François Fillon, a aussi tenté de réformer le baccalauréat. "Dans ce projet, la réforme du bac est encore plus globale : il s’agit de supprimer les filières générales - scientifique, littéraire et économique - pour les remplacer par un tronc commun, complété par des options". 

Là encore, "professeurs et parents d’élèves craignent que le panel des options proposées par un établissement dépende du budget qui lui est accordé, lui-même calqué sur le taux de réussite au bac. Le ministre n’aura de toute façon pas le temps de développer son projet, la polémique provoquée par la disparition des filières envoyant encore des milliers des manifestants dans la rue", indique le journal.

Stratège et technique

Pourquoi l'équation Blanquer fonctionne-t-elle ? Le ministre de l'Éducation nationale part du constat que l'examen du baccalauréat ne doit plus être une fin mais le premier point de lancement pour les études universitaires. 

Selon Alba Ventura, éditorialiste politique chez RTL, "c'est un homme qui est déterminé mais ce n'est pas un bulldozer, ni un kamikaze. Son but, c'est d'avancer ses pions. Sa fonction au ministère de l'Éducation nationale, il la vit comme une mission. Une mission à la fois technique et républicaine. Lui qui est le seul ministre "expert" à être doté d'un sens politique aiguisé". Sa force ? "Il n'est pas pris de court", note Alba Ventura

Jean-Michel Blanquer est plutôt habile et très agile

Alba Ventura
Partager la citation

Autre point : il a réussi à neutraliser la droite, en tant qu'opposition. Chez "les élus LR, beaucoup reconnaissent que le locataire de l'hôtel de Rochechouart met en place des réformes que la droite aurait dû faire lorsqu'elle était au pouvoir", raconte Le Point. En effet, le ministre de l'Éducation nationale prône le retour de la chorale à l'école, mais aussi une révision de l'apprentissage du latin et du grec. 

Chorale et grec ancien

"Jean-Michel Blanquer est plutôt habile et très agile. Qu'il soit servi par l’actualité ou par les rapports qu'il a lui-même commandés. Je pense à celui sur l'apprentissage du latin et du grec, qui lui a été remis mercredi 31 janvier. Il veut dépoussiérer les leçons de grec et de latin, pour que nos enfants n'aient plus à apprendre des déclinaisons ennuyeuses. Encore un sujet qu'il remet au goût du jour", analyse l'éditorialiste politique. 

Comme un bon élève, Jean-Michel Blanquer s'applique "scrupuleusement à corriger ce qui a été défait et détruit, notamment par le quinquennat précédent, par cette gauche dont l'école était le dernier lieu de résistance, et qui a laissé un sentiment de médiocrité", ajoute-t-elle.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Éducation nationale Baccalauréat Jean-Michel Blanquer
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792234528
Réforme du bac : Blanquer, le ministre qui réussit là où tous ont échoué
Réforme du bac : Blanquer, le ministre qui réussit là où tous ont échoué
DÉCRYPTAGE - En présentant sa réforme du baccalauréat en Conseil des ministres, Jean-Michel Blanquer se démarque de ses prédécesseurs avec une méthode "technique et républicaine".
http://www.rtl.fr/actu/politique/reforme-du-bac-blanquer-le-ministre-qui-reussit-la-ou-tous-ont-echoue-7792234528
2018-02-15 06:28:00
http://media.rtl.fr/cache/OGbILUBZ_YZ0cqskKtH_RA/330v220-2/online/image/2018/0214/7792262189_jean-michel-blanquer-presenta-la-reforme-du-baccalaureat.jpg