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Primaire de la droite : qu'est-ce que le "récit national" voulu par Fillon ?

ÉCLAIRAGE - Le favori de la primaire de la droite veut réécrire les programmes d'histoire pour que les jeunes élèves soient fiers du passé de la France.

François Fillon dans une école en 2010
François Fillon dans une école en 2010 Crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP
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Julien Absalon
Journaliste RTL

"Il faut en finir avec les complexes et les théories fumeuses qui ont déconstruit, chez tant de jeunes, le goût d'être ensemble, fiers d'être Français". Ces mots de François Fillon, tirés d'une tribune diffusée en septembre dernier sur son site Internet, traduisent l'une de ses propositions les plus commentées : l'enseignement d'un "récit national" à l'école afin d'exalter le sentiment d'appartenance à la nation.

Le grand vainqueur du premier tour de la primaire de la droite a fait de l'enseignement de l'histoire un axe fort de sa vision de l'École, dont il regrette qu'elle apprenne aux enfants à "comprendre que le passé est source d'interrogations". Soucieux de ne plus voir les élèves "douter de leur histoire" et la nation "rejeter son passé", François Fillon souhaite une refonte totale des programmes d'histoire. "Si je suis élu président de la République, je donnerai instruction au ministre de l’Éducation nationale d’abroger ces programmes et de demander à trois académiciens de renom de s’entourer des meilleurs avis afin de les réécrire, avec l’idée de les concevoir comme un récit national".

Quelle définition pour le "récit national" ?

Dans ce récit national, également évoqué par Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, l'ancien premier ministre y voit une "une histoire faite d’hommes et de femmes, de héros, de symboles, de lieux, de monuments, d’événements qui trouvent un sens et une signification dans l’édification progressive de notre nation". Une manière aussi d'expliquer son discours très ferme sur la colonisation. "Non, la France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord. Non, la France n'a pas inventé l'esclavage", disait-il lors de son discours de rentrée à Sablé-sur-Sarthe. Ces mots lui avaient été reprochés par le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota (secrétaire général de l'Union générale des travailleurs guadeloupéens) lors d'un houleux échange durant L'Émission politique sur France 2. Le député de Paris avait alors maintenu ses propos, martelant son "refus de la repentance".

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Le récit national, qui divise non seulement la classe politique mais aussi les historiens et le corps éducatif, semble trouver sa genèse au XIXe siècle durant la IIIe République. "Dans ce livre, tu apprendras l’Histoire de France. Tu dois aimer la France parce que la nature l’a faite belle et son histoire l’a faite grande", pouvait-on lire en 1912 sur la couverture du manuel d'histoire d'Ernest Lavisse. Cet enseignement devait ainsi être accepté de tous les Français pour qu'ils puissent constituer la Nation. Mais jusqu'à ce que la copie soit corrigée dans les années 1980, ce récit faisait largement la part belle aux moments glorieux et laissait de côté toutes les heures sombres.

L'histoire n'est pas un "roman", selon Alain Juppé

Le récit de l'époque pourrait s'apparenter à ce que les détracteurs du "récit national" préfèrent appeler "roman national", c'est-à-dire une Histoire quelque peu revisitée et édulcorée. En 2015, Najat Vallaud-Belkacem avait proposé à des historiens de débattre lors d'un colloque à la Sorbonne de la question suivante : "L'histoire est-elle une science sociale, un récit ou un roman national ?" Un an plus tard, la ministre de l'Éducation estimait que l'école ne devait "pas répondre à une répondre à une quelconque velléité de présenter un roman parfait, séduisant aux enfants".

Mais pour des historiens, cette posture n'est pas incompatible avec l'idée du récit national. "Un récit fait appel au savoir, à la raison. Il peut être vérifié et critiqué sur son exactitude, expliquait l'historien Vincent Duclert dans les colonnes du Monde. L'idée d'un roman national n'appartient qu'aux nostalgiques de la grande France coloniale".

Face à la volonté de François Fillon de "faire le récit de la Nation", son rival Alain Juppé a déjà très clairement affiché son désaccord. Dans une interview au Monde, il assurait : "Pour moi, l’histoire n’est pas un roman, c’est une science humaine, donc pas forcément exacte, mais c’est une science. Ce n’est certainement pas aux responsables politiques d’écrire l’histoire. Laissons ça aux historiens".

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2016-11-22 07:30:00
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