3 min de lecture Économie

François Lenglet : "La théorie de la fin du travail défendue par Benoît Hamon ne tient pas"

ÉDITO - La confirmation des créations d'emplois en 2016 (187.000 postes de salariés dans le secteur privé) vient mettre à mal la démonstration du candidat socialiste.

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Télécharger Présidentielle 2017 : "La théorie de la fin du travail défendue par Benoît Hamon ne tient pas", dit François Lenglet Crédit Image : Damien Rigondeaud | Crédit Média : François Lenglet | Durée : | Date : La page de l'émission
François Lenglet et Loïc Farge

La théorie de la fin du travail s'appuie sur une observation que chacun de nous peut faire : les machines remplacent les hommes. Au péage d'autoroute, il n'y a par exemple plus que des automates, alors qu'il y avait auparavant des hommes. Dans les usines, c'est la même chose : les machines et les robots se substituent progressivement au travail humain. À partir de cette observation micro-économique, certains en tirent argument que le progrès technique va supprimer le travail. Y compris le travail intellectuel, avec le développement de l'intelligence artificielle. C'est la théorie d'un certain nombre d'économistes et celle d'un des candidats à notre élection présidentielleBenoît Hamon.

Les créations d'emplois de 2016 infirment cette explication du chômage. Si l'on prend en compte la croissance, qui n'était que de 1,1%, ce sont les plus fortes créations qu'on n'a jamais connues. Ce chiffre est un record depuis 2007. Mais en 2007, la croissance était deux fois supérieure. La quantité de croissance nécessaire pour créer des emplois est plus faible que jamais, alors que nous n'avons jamais eu autant de technologies disponibles pour faire tourner l'économie.

"Cette fois-ci, ce n'est pas la même chose"

C'est bien la preuve que l'emploi et la technologie ne sont pas incompatibles. Il faut noter d'ailleurs que la planète est au record de l'emploi : elle n'a jamais fait travailler autant de personnes dans l'Histoire. Le nombre de personnes employées a explosé depuis la guerre dans tous les pays. Alors bien sûr la population a explosé, mais c'est la preuve que le développement technique n'a pas empêché la croissance de l'emploi.

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Certes le chômage est beaucoup plus haut qu'il y a trente ans, mais pas partout. C'est vrai en France, mais pas aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Chine. Si les taux de chômage sont si différents d'un pays à l'autre, c'est bien qu'ils ne s'expliquent pas par une loi universelle comme la fin du travail. Parce qu'un taux de chômage est la résultante de l'organisation d'un marché du travail et du niveau de formation de la main d'oeuvre. Ne mettons pas sur la fin du travail la responsabilité de nos propres échecs, alors que sur ce point d'autres pays s'en tirent lieux que nous.

À l'instar de Bill Gates, certains disent que nous serions à la veille d'un saut considérable, avec notamment l'arrivée de l'intelligence artificielle : c'est la théorie du "cette fois-ci, ce n'est pas la même chose". C'est une théorie très fréquente en économie.

Toutes les époques ont cru à "cette fois-ci, ce n'est pas la même chose" pour justifier la fin du travail. Quand on a inventé le métier à tisser, le chemin de fer, l'électricité, certains disaient "cette fois-ci, ce n'est pas la même chose". Ils se sont toujours trompés.

Des victimes, mais aussi des gains considérables

Car l'inventivité humaine est sans limite. De nouveaux secteurs se sont développés. Ce n'est jamais la fin du travail, mais la fin de certains emplois, de certains métiers. Internet supprime le courrier papier : ce n'est pas terrible pour les fabricants d'enveloppe, mais il fait exploser le nombre de colis distribués, avec le e-commerce. Tant mieux pour les transporteurs ! L'innovation redistribue la croissance. Il y a bien sûr des victimes, mais aussi des gains considérables.

Jusqu'ici, le solde est très très largement positif. Ce mouvement de productivité causé par le progrès technique est même indispensable. C'est lui qui permet d'augmenter les salaires et de diminuer le temps de travail depuis la naissance du capitalisme. 

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2017-03-10 08:19:00
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