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Le livre qui montre que le Qatar avait l'habitude "d'arroser" les politiques

INVITÉ RTL - Georges Malbrunot, co-auteur de "Nos très chers émirs", revient dans son livre sur les liens politiques douteux entre la France et le Qatar.

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Bernard Poirette et Julien Absalon

Quand l'ambassade du Qatar était un véritable "distributeur de billets" pour plusieurs responsables politiques français. Dans le livre Nos très chers émirs (ed. Michel Lafont), les journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot racontent comment l'argent a pollué les liens entre la France et le richissime émirat. "Un certain nombre de responsables politiques français avaient acquis de très mauvaises habitudes données par le précédent ambassadeur du Qatar à Paris, entre 2007 et 2012. À cette époque, l'ambassade avait l'habitude d'arroser de manière très large un certain nombre de responsables politiques", raconte Georges Malbrunot au micro de RTL.

Lorsque de telles pratiques existent et qu'elles impliquent des milliers d'euros, alors qu'il y a des enjeux colossaux entre les deux pays, la différence entre simples gestes d'amabilité et corruption est très mince. "Il y avait des cadeaux qui étaient faits. Ça pouvait être un sac Louis Vuitton pour telle personne, ou le financement de la rénovation d'une cuisine pour un haut-fonctionnaire", poursuit le journaliste du Figaro.

"Une sorte de trafic d'influence"

Mais en 2012, l'arrivée d'un nouvel émir au Qatar a changé la donne. Les relations entre l'ambassade et les politiques ont été remises à plat, avec un nouveau diplomate chargé de "fermer le distributeur de billets de 500 euros" mais aussi de se montrer moins conciliant avec la France, où un véritable Qatar-bashing avait lieu. Seulement, les politiques français n'ont pas voulu l'entendre de cette oreille : "Les responsables politiques qui avaient été gracieusement arrosés ont continué de quémander des cadeaux. Un député voulait un billet d'avion pour sa femme et une ancienne ministre a demandé 400.000 euros pour créer une association d'ambassadeurs dans le VIIe arrondissement (de Paris)".

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Parmi les personnalités politiques citées, figure notamment Jean-Marie Le Guen. L'actuel secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement aurait ainsi fait savoir qu'il pouvait "gérer" l'image du Qatar par le biais de son influence auprès des députés. "Donc il fait une espèce de chantage en disant que tout cela n'est pas gratuit", précise Georges Malbrunot. Mais cette proposition a été directement refusée par Doha. "Il y a effectivement une sorte de trafic d'influence", résume le grand reporter.

Ces politiques pris en défaut dans le livre n'ont pas été contactées par les deux auteurs du livre. Certains, comme Rachida Dati et Jean-Marie Le Guen, ont déjà annoncé leur intention de porter plainte. Mais les journalistes affichent une grande sérénité et soulignent qu'aucune plainte n'a encore été déposée au 26 octobre. "Les sources que nous avions étaient de première main. On a joué sur l'effet de surprise. (...) Nous sommes prêts, nous avons des preuves, elles sont dans le livre. S'il y a lieu, on les fournira devant la justice. Nous n'avons pas livré ces noms-là pour le plaisir de les livrer. Nous sommes sûrs de nos informations", certifie Georges Malbrunot.

Le Quai d'Orsay ferme les yeux

Si le livre fait assurément désordre avec ces révélations, le journaliste précise que cela ne reflète pas "toute la classe politique" car il n'y a qu'une "douzaine de noms" cités, même s'il y en a "probablement" d'autres. "Mais c'est un phénomène qui a beaucoup excédé les responsables du Qatar" et le fait de lever le voile sur ces pratiques trouve un écho favorable auprès de "plein de députés" qui attendent de voir "un certain nombre de comportements qui doivent être bannis".

En outre, le livre propose un autre volet sur l’ambiguïté totale de la France dans ses relations diplomatiques avec le Qatar, suspecté de financer le terrorisme, en particulier la branche syrienne d'Al-Qaïda. "On le sait, mais on ne veut pas le dire", constate le journalisme à propos des services du Quai d'Orsay, alors que les "rapports américains sont clairs" sur ces soupçons. "En France, on ne veut pas en parler parce que ce sont nos alliés économiques. On veut leur faire plaisir", conclut Georges Malbrunot.

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2016-10-26 21:42:00
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