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"Jawad Bendaoud m'a convaincu qu'il n'était pas au courant", dit une victime

RÉCIT - Bilal Mokono est en fauteuil roulant depuis l'explosion aux abords du Stade de France le soir du 13 novembre. Il s'est exprimé à la barre dans le cadre du procès de Jawad Bendaoud et ses co-accusés, le 30 janvier, dans un témoignage fort et lucide.

Jawad Bendaoud lors de son procès pour recel de malfaiteurs terroristes, le 26 janvier, avec sa veste de l'équipe du Borussia Dortmund
Jawad Bendaoud lors de son procès pour recel de malfaiteurs terroristes, le 26 janvier, avec sa veste de l'équipe du Borussia Dortmund Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Une journée pas comme les autres à la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Mardi 30 janvier, les gloussements ont cédé leur place aux larmes chaudes et encore traumatisées des proches des victimes et victimes elles-mêmes des attentats de Paris et de Saint-Denis.

Lors du procès de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah pour recel de malfaiteurs terroristes, et Youssef Aït Boulahcen, pour non-dénonciation de crimes terroristes, ouvert le 24 janvier, l'ambiance a souvent été aux antipodes de l'atmosphère digne et sobre de cet après-midi. Les sorties fleuries des accusés ont ponctué ce procès, le premier en lien avec les pires attaques connues en France depuis la seconde guerre mondiale.

On n'entendra pas, ou peu, les voix de ceux qui d'habitude se défendent en haussant le ton, en faisant de grands gestes, ou en s'en prenant l'un à l'autre jusqu'à faire suspendre l'audience. Place aux meurtris. 

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Ce qui me frappe, c'est avec la légèreté avec laquelle le procès est pris par les accusés

Abdallah Saadi, frère de deux victimes tuées en terrasse de la Belle Équipe
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Des pères de familles, une veuve, puis un frère. Abdallah Saadi a perdu deux sœurs en terrasse de la Belle Équipe. Dans ce bar, 19 personnes sont tombées sous les balles des terroristes. Presque toutes étaient venues célébrer l'anniversaire de Hodda Saadi pour ses 35 ans. Dont sa grande sœur, Halima. Leur petit frère, Khaled, était aussi présent, il a échappé au pire.

Et ce frère, Abdallah, d'une dignité saisissante, avait quelque chose à dire aux prévenus vis-à-vis de leur comportement pendant les 4 premiers jours de procès. "Il y a quelque chose que vous avez oublié : c'est pas un show, c'est pas un défilé de mode ici, leur adresse-t-il d'une voix posée, bien qu'émue. Il y a minimum de respect à avoir. Il y a des familles qui sont K.O".

"On ne leur demande pas de se sentir coupable alors qu'ils n'ont rien fait, mais un peu de sérieux, poursuit-il l'air convaincu que les prévenus ne sont pas coupables des faits reprochés. Monsieur Soumah et monsieur Bendaoud, ils n'étaient sans doute pas au courant, vraiment. Mais tenez-vous correctement. J'ai perdu mes deux sœurs, mon frère était présent également". Abdallah Saadi émettra seulement un doute quant à l'honnêteté du troisième prévenu, Youssef Aït Boulahcen, frère d'Hasna et cousin d'Abdelhamid Abaaoud.

Jawad Bendaoud j'ai l'impression que c'est mon petit frère dont j'ai raté l'éducation

Bilal Mokono, rescapé de l'attaque Stade de France
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Après lui arrive un rescapé du 13 novembre. Il s'agit de Bilal Mokono. Il se dirige à la barre en fauteuil roulant. Il ne peut pas se déplacer autrement depuis qu'il a été touché, le 13 novembre au soir, par l'explosion provoquée par l'un des kamikazes du Stade de France quand il a actionné sa ceinture explosive. Il a aussi perdu l'audition de l'oreille gauche.

Sa voix est parfois difficile à contrôler mais son propos est clair. Il commence par raconter sa soirée, quand il a voulu "manger un sandwich merguez à la bonne franquette", même si son fils "le sentait pas ce soir-là". "Je mets mon sandwich dans ma bouche, le prends ma bouteille d'eau, et là paf, je vois le corps éclater", se souvient-il, la gorge parfois nouée. 

Mais si ces événements traumatisants hantent le tribunal de grande instance depuis le premier jour du procès, Bilal Mokono fait preuve d'une lucidité étonnante en commençant par répondre aux accusations portées contre les accusés et leur "cirque". "Jawad Bendaoud j'ai l'impression que c'est mon petit frère dont j'ai raté l'éducation (...) Personne ne peut comprendre son comportement à Jawad, vous savez combien y en a dans les quartiers ? Des millions !"

J'avais besoin de savoir s'ils étaient des terroristes ou des imbéciles. Jawad Bendaoud est un imbécile

Bilal Mokono, rescapé de l'attaque Stade de France
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Il raconte être venu pour que les accusés le "regardent dans les yeux". "J'ai grandi dans les quartiers et ces jeunes ne peuvent pas me raconter n'importe quoi", poursuit-il alors que Mohamed Soumah et le "logeur de Daesh" se sont levés dans le box, comme pour montrer qu'ils sont prêts à lui dire leur vérité les yeux dans les yeux. 

"Je le dis à toutes les personnes qui sont ici : Jawad m'a convaincu qu'il n'était pas au courant. Je suis venu chercher une information dont je sais maintenant que j'ai la réponse. J'avais besoin de savoir s'ils étaient des terroristes ou des imbéciles. Jawad [Bendaoud] est un imbécile".

Bilal, tu m'as touché. Tout ce que je dis depuis BFMTV est la stricte vérité

Jawad Bendaoud, jugé pour recel de malfaiteurs terroristes
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La présidente Isabelle Prévost-Desprez prévient alors la partie civile que les prévenus se tiennent debout, prêts à lui répondre : "Bilal, tu m'as touché. Tout ce que je dis depuis BFMTV est la stricte vérité, à aucun moment je sais que c'est des terroristes (sic), j'ai pensé à des voyous des mecs qui font de la coke, qui vont monter un plan, mais pas des terroristes. Je te remercie d'avoir été correct", lui lance alors Jawad Bendaoud. 

Il est rapidement suivi de son co-prévenu : "Comme tu m'as parlé, sur la tombe de ma mère, ça m'a touché. J'ai fait l'imbécile, Bilal Je suis pas un assassin. J'ai une famille comme toi. J'ai mal analysé la situation. J'ai pas vu le mal venir, c'est allé trop vite. Lui il savait pas, moi j'ai fait une erreur de jugement", ajoute à son tour Mohamed Soumah.

Quant au troisième accusé, qui comparait libre et donc hors du box, Youssef Aït Boulahcen avait aussi quelque chose à répondre : "T'as toute ma compassion, mon amour. J'ai dit qu'on choisissait pas sa famille. Personne dans la salle n'a choisi l'utérus duquel il est sorti".

On ne peut pas retenir des personnes pour rien

Bilal Mokono, rescapé de l'attaque Stade de France
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Enfin, Billal Mokono conclut dans une dernière tirade touchante de clairvoyance. Alors que des familles de victimes avaient appelé à la plus grande fermeté pour les accusés, le rescapé aux multiples problèmes de santé déclare : "La décision que vous prendrez, elle peut être douloureuse pour nous. Moi, je m'y attends. On ne peut pas retenir des personnes pour rien. J'ai confiance en vous, j'ai confiance en les avocats. Vive la France, et vive notre République", conclut-il sous les applaudissements de la salle, que la présidente ne cherche même pas à calmer. 

Alors qu'elle décide de suspendre l'audience 15 minutes, Abdallah Saadi se dirige vers les accusés pour prendre les mains de Jawad Bendaoud dans les siennes. Les deux hommes fondent en larmes.

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"Jawad Bendaoud m'a convaincu qu'il n'était pas au courant", dit une victime
RÉCIT - Bilal Mokono est en fauteuil roulant depuis l'explosion aux abords du Stade de France le soir du 13 novembre. Il s'est exprimé à la barre dans le cadre du procès de Jawad Bendaoud et ses co-accusés, le 30 janvier, dans un témoignage fort et lucide.
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2018-01-30 19:11:19
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