Les enfants soldats sont toujours plusieurs milliers à porter les armes

ÉCLAIRAGE - Selon l'ONU, 250.000 enfants seraient recrutés par des groupes armés dans des zones de conflit. Le 12 février, journée internationale des enfants-soldats, est là pour le rappeler

Un adolescent combattant dans la région d'Utiri, au Congo
Crédit : TUGELA RIDLEY / AFP
Un adolescent combattant dans la région d'Utiri, au Congo

Vendredi 12 février, l'agence Associated Press rapporte le témoignage, précédemment recueilli par les forces de sécurité nigérianes, d'une jeune fille ayant échappé de justesse à Boko Haram. Elle a réussi à s'enfuir, en laissant derrière elle ses deux compagnons, qui se sont fait exploser mardi 9 février au matin au milieu d'une centaine de personnes d'un camp de réfugiés au Nigeria. Le même sort lui était réservé. 58 personnes sont mortes ce jour-là. 

L'ONU estime que Boko Haram a recruté 100 femmes et jeunes filles pour des attentats-suicides à la bombe depuis juin 2014. L'organisation estime également que 230 millions d'enfants vivent dans des régions en proie à un conflit. Le mouvement terroriste empêche un million d'enfants de se rendre à l'école. Aujourd'hui, 12 février, c'est la journée internationale des enfants soldats, dédiée aux milliers de garçons et filles enrôlés de force dans des groupes armés. Selon l'UNICEF, ils seraient environ 250.000, prisonniers en tant que combattants, espions, démineurs, kamikazes ou encore domestiques. 130.000 se trouveraient sur le continent africain.

La lutte permanente des ONG

Le travail de l'UNICEF se concentre en trois actions : la libération de ces enfants, leur réinsertion et la prévention. Sur place, de nombreuses ONG luttent pour le recul du recrutement de ces enfants, notamment en Afrique. Depuis 1998, les différentes actions de l'UNICEF ont permis à plus de 100.000 enfants d'être libérés et réinsérés dans leurs communautés. Une réinsertion qui n'est pas évidente. Si ces enfants ne sont pas tués, ils subissent de lourdes pressions psychologiques et physiques, des violences, des abus et des blessures. Le but de l'UNICEF et des organisations humanitaires travaillant sur place dans le même sens est de trouver à ses enfants une nouvelle existence, loin de la vie militaire qu'ils ont connue

L'organisation belge WAPA, entre autres, aide à la réinsertion des "personnes victimes de guerre, dont de nombreux ex-enfants soldats et leurs enfants", en soutenant financièrement une association partenaire dans le nord de l'Ouganda. Le 10 février, l'association a présenté à Bruxelles un court-métrage de 3 minutes intitulé Jeu d'enfant. Le film souligne le fait que pour des milliers d'enfants, la guerre n'est pas un jeu de cour de récréation.

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Jeu d'enfant - Kinderspel

Les difficultés de la réinsertion

La réintégration dans la vie civile passe par un accès à l'enseignement, une formation professionnelle et bien sûr, un soutien social. C'est un parcours long qui dure parfois une dizaine d'années. Les ONG s'assurent que les enfants de retour dans leur communauté sont accueillis, soutenus et suivis psychologiquement. Mohamed Malick Fall, responsable de l'UNICEF en Centrafrique, informe plus en détails RFI : "Dès leur sortie d’un groupe armé, on leur fait immédiatement passer une visite médicale. Parce que l’impact de la détention dans ces groupes sur leur santé est extrêmement important. La deuxième étape consiste à améliorer leur aptitude psychosociale. Parce que ces enfants ont perdu ce que l’on peut appeler les habitudes normales d’un enfant, à savoir jouer, apprendre, s’insérer dans une famille et une communauté. Il y a aussi un long travail de recherche des familles. Certains enfants partent combattre dans des régions très éloignées de leur lieu d’origine."

Il n'y a pas de différence entre l'ordre d'aller chercher l'eau et celui de tuer ou d'enlever quelqu'un

Une jeune colombienne, enfant soldat pour les FARC pendant 5 ans

Au Congo, le centre de transit et d'orientation (CTO) à Goma, accueille des garçons âgés entre 12 et 16 ans, tous anciens enfants soldats très récemment démobilisés. Le centre est géré par l'association Concert d'Actions pour Jeunes et Enfants Défavorisés, avec l'appui de l'UNICEF. Chaque jour, les enfants suivent des cours d'alphabétisation, de remise à niveau scolaire, d'initiation, de culture, de chant, au choix. Au pic de son activité, en 2013, le centre a accueilli 188 enfants.


Innocent témoigne à Radio Okapi, un projet commun de l'ONU et de la fondation Hirondelle, de son passage de vie en tant que soldat-enfant pour une milice armée au Congo : "J'ai dû tuer un fuyard car le commandant me l'a ordonné". Six mois plus tard, le jeune garçon a réussi à s'échapper. Il a été récupéré sur un camp de la Mission de l'Organisation des Nations Unies. Aujourd'hui, il est retourné à la vie civile et rêve de devenir médecin. 

Ce n'est pas le souhait de tous les enfants soldats démobilisés, qui à leur retour, sont confrontés à la pauvreté et devront se dévouer à une activité pénible pour survivre. Par question de facilité, une minorité rejoindra à nouveau un groupe armé. Comme l'explique Nadim Houry, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Human Rights Watch, à RFI "[certains] enfants n’ont pas le choix. Ils ont besoin de combattre pour gagner leur vie pour pouvoir subvenir à leur besoins et ceux de leur famille." Il n'y a cependant pas "d'enfant type", tout comme il n'y a pas "d'armée type". Si certains rejoignent les milices par conviction ou par vengeance, d'un proche perdu par exemple, beaucoup sont manipulés.

Ces enfants sont tous des proies faciles. RFI reprend les propos d'une jeune colombienne recrutée à l'âge de 12 ans par les FARC. Elle s'est enfuie à 17 ans et explique que pour les enfants soldats "il n'y a pas de différences entre l'ordre d'aller chercher de l'eau et celui de tuer ou d'enlever quelqu'un". 

Vers une situation préoccupante au Moyen-Orient

La multiplication des conflits armés et la montée du terrorisme nourrit ce phénomène. L'organisation humanitaire Human Rights Watch souligne qu'il se répand largement au Moyen-Orient, notamment depuis ces quatre dernières années. Les groupes jihadistes d'Irak et de Syrie, comme le Front Al Nostra ou l'organisation État islamique recrutent de plus en plus d'enfants soldats, dans un contexte de guerre qui favorise la misère et facilite l'endoctrinement. Dans la région, des dizaines de milliers d'enfants se retrouvent instrumentalisés. Certains sont encouragés à commettre des attentats suicides, d'autres sont parfois drogués, et la plupart d'entre eux passent par des camps d'entraînement avant de partir sur le terrain, kalachnikov en main. 

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par Caroline Brenière
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ÉCLAIRAGE - Selon l'ONU, 250.000 enfants seraient recrutés par des groupes armés dans des zones de conflit. Le 12 février, journée internationale des enfants-soldats, est là pour le rappeler
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2016-02-12 21:50:07
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