Attentats : la radicalisation des fratries, un phénomène sociologique

Les récents évènements qui se sont déroulés à Bruxelles le 22 mars impliquent une fois de plus des frères terroristes. Le phénomène de radicalisation chez les fratries est une réalité sociologique inquiétante qui prend de plus en plus d'ampleur.

Les frères El Bakraoui, identifiés comme kamikazes des attentats de Bruxelles
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Les frères El Bakraoui, identifiés comme kamikazes des attentats de Bruxelles

Le 23 mars 2016, les frères El Bakroui ont été identifiés comme étant deux des terroristes des attentats de Bruxelles du 22 mars. Ces attaques ont causé la mort d'au moins 31 personnes, plongeant la Belgique dans le chaos. Ce n'est pas la première fois qu'un acte terroriste implique des fratries. Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi s’attaquaient au magazine Charlie Hebdo. Le 13 novembre 2015, les frères Adbelslam étaient impliqués dans les attentats qui ont frappé Paris. Il en va de même pour les attaques du 11 septembre 2001. Six frères faisaient partie des dix-neuf terroristes qui ont frappé les États-Unis de plein fouet : les frères Hamza et Ahmed al-Ghamdi, Waleed et Wail al-Sheri, Nawaf et Salem al-Hazmi.

Les attaques de Bali en 2002 ont également été orchestrées par trois frères. Le plus âgé d’entre eux, Ali Ghufron, avait alors enrôlé les cadets pour donner la mort à 202 personnes lors d’un attentat sans précédent. En 2007, six hommes ont été arrêtés avant de commettre un attentat contre la base militaire Fort Dix. Trois d’entre eux étaient issus de la même famille : Shain, Dritan et Eljvir Durka.

Une histoire de famille et de révolte

Les auteurs de ce type d'attentats sont généralement connus pour des actes de délinquance comme des vols ou des braquages, qui traduisent une situation souvent précaire. La propagande de Daesh tend à servir une vision de la religion comme étant une véritable prise de conscience de leur situation et leur promet une plus forte libération de leur propre révolte. On assiste ainsi à une auto-radicalisation, comme l'explique à RTL.fr Olivier Roy, politologue spécialiste de l'islam directeur de recherche au CNRS : "Ce sont les frères qui prennent contact avec Daesh. Il y en a un qui part là-bas, ensuite il devient le chef du groupe et forme les autres". Agir entre parents proches traduit la complicité et la fidélité que l’un a pour l’autre. La radicalisation intervient par le besoin de partager une indignation commune et d'accomplir des actes "héroïques" à leurs yeux.

Outre la colère que nourrissent les jeunes radicalisés, la figure du parent est bien souvent ébranlée ou absente. C'est notamment le cas des frères Kouachi. Olivier Roy, parle d’un "phénomène générationnel de séparation avec les parents. Ce sont des jeunes soit qui n’ont pas de parents, soit qui sont en coupure avec ce que représente leurs parents". Il est vrai que pour la plupart d’entre eux, l’environnement familial a été jugé défaillants voire inexistant. Ces jeunes révoltés construisent alors une nouvelle famille en se tournant vers des personnes partageant des valeurs similaires. "Les jeunes n'exhaussent pas les vœux de leurs parents. Ils sont en rupture total avec leur imaginaire, comme on l'a vu avec les frères Abdelslam, où le père a condamné ses enfants et accusé les aînés d'avoir détourné les petits", précise Olivier Roy.

La radicalisation, un phénomène inquiétant

Le mode opératoire est souvent le même. L’un des frères se radicalise, part en Syrie et revient former ses proches. Il arrive également que les jeunes qui participent à la petite délinquance entrent en contact avec des réseaux de radicalisés lors d’un séjour en prison par exemple. Il n’y a pas de véritable enrôlement de la part de Daesh, qui se contente d’accueillir ces nouveaux soldats. L'indignation grandissante chez les futurs terroristes serait en somme l'une des causes de leur radicalisation.

Mais ce phénomène sociologique ne serait pas directement lié à Daesh. La révolte des jeunes est réelle et en touche de plus en plus. Ces derniers, qui voient en Daesh une cause de taille justifiant leur indignation, représente une opportunité alléchante et gratuite pour Daesh. Selon les derniers chiffres révélés par le Figaro en février, les signalements de radicalisation ont connu une hausse significative avec 8.250 signalements sur l'ensemble du territoire français. L'augmentation du nombre de radicalisés est une réalité et une inquiétude car tant que ces révoltés continueront à nourrir leur haine, le terrorisme ne pourra être éradiqué.

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Les récents évènements qui se sont déroulés à Bruxelles le 22 mars impliquent une fois de plus des frères terroristes. Le phénomène de radicalisation chez les fratries est une réalité sociologique inquiétante qui prend de plus en plus d'ampleur.
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2016-03-25 08:00:00
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