Crise des migrants : la mer Egée est devenue une véritable passoire pour l'immigration illégale

REPLAY / REPORTAGE - L'Europe a de nouveau rendez-vous avec la Turquie, jeudi 17 mars, pour essayer d'endiguer l'arrivée de réfugiés.

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Crise des migrants : la mer Egée est devenue une véritable passoire pour l'immigration illégale Crédit Image : SIPA / Emre Tazegul Crédit Média : Yves Calvi Télécharger

Jeudi 17 mars à Bruxelles, l'Europe a de nouveau rendez-vous avec la Turquie pour essayer d'endiguer l'arrivée de migrants. On parle, entre autres, d’un chèque de 6 milliards d’euros jusqu’en 2018. Depuis le début de la crise migratoire, rien ne marche. L’Europe de l’Est a beau fermer ses portes, 1.500 migrants continuent de traverser chaque jour la mer Egée. Sur le quais de la gare routière d'Izmir, en Turquie, ce sont des dizaines de familles de réfugiés qui descendent au quotidien des autocars, paquetage à la main.

"J’ai très peur pour moi et mes enfants mais de toute façon je ne peux pas vivre ici. Mon mari est en Allemagne, il faut que je le rejoigne", explique Chedine, qui tient à bout de bras ses deux garçons âgés de 3 et 5 ans. C’est son oncle Selim qu’il l’a conduite ici.

"Un pour un"

"On est en contact avec des passeurs", dit cet ancien commerçant syrien qui a fuit Alep. Il est bien décidé à traverser, malgré les barrières dressées par l’Europe. "Comment voulez-vous qu’on ne tente pas notre chance ? En Europe les animaux sont plus respectés que les êtres humains ici", argumente-t-il. "Ni en Syrie, ni en Turquie il n’y a de stabilité. Pas question d’attendre des papiers. L’Europe ne sait pas ce que l’on subit ici : on n’a pas de logement, pas d’aide. J’ai 50 ans, j’étais un grand commerçant. Comment voulez-vous que j’aille faire l’apprenti chez un Turc pour un salaire de misère ? Ici c’est tout ce que l’on me propose", poursuit-il.
 
C’est cette immigration illégale que tente d’enrayer le système "un pour un" discuté à Bruxelles. Une fois l'accord signé, l’Europe échangera avec la Turquie un clandestin qui rentre illégalement dans l’espace Schengen contre un réfugié qui aura fait en Turquie une demande d’asile dans les règles.

Pour un zodiac plein qui se fait intercepter, trois autres passent dans le même temps entre les mailles du filet

Sina Mir

Vu la passoire qu’est aujourd'hui la mer Égée, ce "un pour un" va-t-il vraiment servir à quelque chose ? Les passeurs turcs que nous avons rencontrés ici n’y croit pas du tout. "Tant qu’il y aura de la demande, il y aura un chemin pour partir", dit cyniquement Mustapha. Installé dans un café face aux lumières de l’Europe, ce jeune trentenaire, se présente dans un éclat de rire comme "le roi de Basmane". Ce quartier du centre-ville d’Izmir est l’un des premiers embarcadères Turquie vers l’Europe.

"Aujourd'hui, 90% des gens de Basmane vivent du trafic. Même la police en vit. Il faut arroser pour que les bateaux passent. Les contrôles se sont renforcés, donc on donne 1.000 à 1.500 euros pour envoyer un zodiac. Une fois tous les frais payés il nous reste 50%. Sur un petit bateau on fait généralement 15.000 euros de bénéfice qu’on se répartit", poursuit-il.

L'Europe temporise

Pour prouver sa bonne volonté, la Turquie a quand même fait des efforts depuis la fin février. Cinq patrouilleurs de l’OTAN naviguent désormais dans les eaux turcs aux côtés des garde-côtes locaux. Pas de quoi empêcher de dormir ce trafiquant pour autant. "L’OTAN va limiter un peu les passages mais je crois qu’ils sont surtout là pour éviter les morts. Il y a tellement de bateaux qu’ils ne pourront pas tout contrôler", dit-il. Car aujourd'hui les chiffres des autorités sont clairs. Pour un zodiac plein qui se fait intercepter, trois autres passent dans le même temps entre les mailles du filet.

Au final que va faire la Turquie des 6 milliards que l’Europe est censée lui verser ? Tout l’argent promis doit être géré directement par des ONG. Il faut avec ça organiser l’enseignement, trouvé des logements, des vêtements ou de la nourriture pour les réfugiés. De quoi essayer de les installer en Turquie. Si on fait le calcul, 6 milliards divisés par environ 3 millions de déplacés, cela ne fait que 2.000 euros par tête. Autrement dit pas grand-chose. L’Europe temporise en attendant une issue en Syrie et au Kurdistan. Mais à discuter ici avec les candidats à l’exode, il faudra certainement beaucoup plus que ce chèque pour les dissuader.

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LoïcFarge42
par Journaliste RTL
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2016-03-16 12:55:51
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