Boris Johnson, pourfendeur du Brexit, écrase David Cameron

PORTRAIT - Le maire de Londres a bouté le Royaume-Uni de l'Union européenne. Il incarne désormais l'opposition face au gouvernement actuellement en place.

Boris Johnson, l'ancien maire de Londres
Crédit : Shutterstock/SIPA
Boris Johnson, l'ancien maire de Londres

Sa tignasse blonde et son franc-parler font désormais partis intégrante de la vie politique britannique. Boris Johnson a été maire de Londres en 2008. Connu pour ses déclarations chocs, il a créé la polémique en se prononçant officiellement en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, dimanche 21 février. Il a ainsi ravi les défenseurs du Brexit qui ont une personnalité de taille dans leurs rangs. Il a mis en garde contre l'érosion de la démocratie au sein de l'Union européenne. Il estime que le Brexit est "une chance unique dans une vie", afin d'obtenir un "véritable changement".

Cet aspirant à la succession de David Cameron prend ainsi le contre-pied du Premier ministre conservateur, compliquant ainsi sa campagne pour le maintien de son pays dans l'UE en vue d'un référendum le 23 juin. Avec sa façon de se tenir légèrement voûté et sa propension à dégainer des blagues à tour de bras, "BoJo" ressemble plus à un comique qu'à un futur Premier ministre.

Contre l'Union européenne et David Cameron

À bord de son bus rouge dans lequel il a sillonné sans relâche la campagne anglaise, ce trublion de la vie politique a fait chanceler la planète entière en parvenant à convaincre une majorité de Britanniques de "reprendre le contrôle" de leur destin. Un destin hors de l'Union européenne que ce député conservateur de 52 ans a vendu avec emphase et exagération comme "le triomphe de la démocratie" et qu'il a promis florissant économiquement et préservé d'une vague de millions d'immigrés prête, selon lui, à envahir les côtes britanniques. 

Si même une défaite du Brexit lui promettait un poste gouvernemental selon Tim Bale, professeur de sciences politiques à l'université Queen Mary, cette victoire qui sidère le monde le place parmi "les grands favoris" pour succéder à David Cameron. Pour autant, les médias britanniques, notamment l'Evening Standard, estimaient que David Cameron pourrait rester à son poste au moins jusqu'à l'automne, afin de calmer les marchés qui se sont écroulés à l'annonce de la victoire du "Out". 

Sa décision de soutenir le camp du Leave a été vue comme une démarche opportuniste

Tim Oliver de la London Schools of Economics

Boris Johnson faisait d'ailleurs partie des 84 députés eurosceptiques à avoir appelé jeudi soir au maintien de David Cameron à Downing Street quelle que soit l'issue du référendum. "Il y a plusieurs candidats qui peuvent le battre", a également déclaré à l'AFP Tim Oliver de la London Schools of Economics. Les noms de Theresa May et Michael Gove étaient notamment cités. "Sa décision de soutenir le camp du Leave a été vue comme une démarche opportuniste par un certains nombre de députés conservateurs, y compris ceux qui ont soutenu une sortie de l'UE. Il a peut-être le soutien des adhérents mais il va devoir d'abord gagner la course à l'investiture auprès des députés", a-t-il estimé. Il pourrait commencer par faire son entrée au gouvernement après "un remaniement gouvernemental de réunification" du parti conservateur, a avancé M. Bale. Une brève étape avant la probable réalisation de ses ambitions cultivées depuis l'enfance. 

Une courte carrière de journaliste

Pourtant, personne ne se méprend sur ses ambitions, cultivées depuis son enfance. Né à New York en 1964, Alexander Boris de Pfeffel Johnson voulait être "roi du monde" dès son plus jeune âge, a confié sa sœur Rachel à son biographe Andrew Gimson. Au fil de son éducation, des plus élitistes, cet aîné d'une fratrie de 4 n'a eu de cesse d'affirmer ses rêves de grandeur, ayant décroché une bourse pour le prestigieux Eton College et le non moins glorieux poste de président du club de débat Oxford Union. "Personne à (l'université d')Oxford ne doutait qu'il serait un jour Premier ministre", pointe-t-il.

Pourtant, Boris a fait quelques détours professionnels avant de se lancer pleinement en politique. À sa sortie de l'université, vexé de ne pas avoir décroché la plus haute note, il entame une carrière journalistique qui aurait pu tourner court. Embauché au Times, il est licencié à peine un an après pour avoir inventé une citation -- et surtout pour avoir menti sur le fait de l'avoir inventée.

Le Daily Telegraph le repêche et l'envoie rapidement à Bruxelles, où il se fait un nom en bousculant la couverture pépère et déférente que faisaient les correspondants européens en cette fin des années 1980.  À coup d'exagérations et même parfois d'entourloupes, Boris relate par le menu les actions les plus insolites de l'exécutif européen (taille des saucisses, toilettes...), se faisant un véritable nom sur la scène médiatique britannique et devenant "le journaliste favori" de Margaret Thatcher, le Premier ministre conservateur de l'époque.

Élu député en 2001

C'est également à Bruxelles, où il a passé une partie de son enfance, que sa vie privée prend un nouveau tour. Son premier mariage avec Allegra Mostyn-Owen, rencontrée à Oxford, se délite, tandis que Boris renoue avec une amie d'enfance, Marina Wheeler, aujourd'hui son épouse et la mère de ses quatre enfants. De retour à Londres au milieu des années 1990, Boris entre en politique tout en continuant sa carrière journalistique, il devient notamment rédacteur en chef de l'hebdomadaire The Spectator, et en courant les émissions de télévision.

Première fois élu député en 2001, c'est surtout en réussissant à ravir la mairie de Londres aux travaillistes en 2008 que Boris acquiert une stature nationale. Réélu en 2012, il semble avoir survécu à un bilan jugé assez "maigre" par certains, surfant sur quelques réussites emblématiques comme les "Boris bikes" (vélos en libre service) ou les Jeux Olympiques.

Une stature plus sérieuse

Malgré des bourdes devenues légendaires, ses sorties grossières (il a comparé les jihadistes à des "tocards" sexuellement frustrés) et plusieurs scandales (notamment sur des relations extra-conjugales), Boris est extrêmement populaire parmi les supporteurs tories, et au-delà. Il a tenté ces dernières années de bâtir une stature plus sérieuse, sans perdre son redoutable sens de la répartie, qui fait qu'aux yeux de beaucoup il n'est pas un politique comme les autres.  

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PORTRAIT - Le maire de Londres a bouté le Royaume-Uni de l'Union européenne. Il incarne désormais l'opposition face au gouvernement actuellement en place.
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2016-02-23 08:00:00
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