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Nucléaire : l'ASN juge "inacceptable" le calendrier de démantèlement d'EDF

DOCUMENT RTL - Le gendarme français du nucléaire s'oppose au projet d'EDF d'obtenir le report du démantèlement des six plus vieux réacteurs, qui serait alors achevé au... XXIIème siècle.

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Télécharger Nucléaire : l'ASN juge "inacceptable" le calendrier de démantèlement d'EDF Crédit Image : ALAIN JOCARD / AFP Archives | Crédit Média : Rémi Sulmont | Durée : | Date :
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Rémi Sulmont et Loïc Farge

Selon le nouveau calendrier d’EDF, le dernier de ces six réacteurs serait démantelé en 2100, voire en 2115. Dans cent ans ! Jusqu'alors EDF promettait de les démanteler d’ici 2045. Donc, ça ferait au moins cinquante ans de retard. Nous parlons là de la première génération de réacteurs, dite au "graphite-gaz", qui sont les plus difficiles à déconstruire. Pour les générations suivantes, les démantèlements devraient mieux se passer.

Ces six réacteurs ont été mis en service dans les années 60-70 sur trois sites : le BugeyChinon et Saint-Laurent-des-Eaux. Les ingénieurs d’EDF comptaient découper les réacteurs en les immergeant, en utilisant la protection de l’eau pour amortir les rayonnements. "On pensait lever les verrous techniques qui restaient, mais on s’est rendu compte que c’était trop difficile", nous a expliqué Sylvain Granger, le patron du démantèlement à EDF. L'entreprise veut changer de technique. "Nous n’allons pas déconstruire les réacteurs dans l'eau, mais dans l’air", révèle Sylvain Granger. Cela se ferait à l’aide de robots.

"Changement de doctrine"

C’est plus cher, et surtout ça prendra beaucoup plus de temps. Pour ces six réacteurs-là c’est un "changement de doctrine", car EDF jusqu'alors le disait partout : "La stratégie d'EDF c'est de démanteler sans attendre, ne pas laisser le soin aux générations futures de réaliser le démantèlement de centrales qui ont cessé de fonctionner". Ce message - entendu dans un documentaire d’Arte il y a deux ans - a été martelé par EDF. Du coup, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) refuse en l’état le nouveau calendrier d’EDF.

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"Nous pouvons comprendre les difficultés techniques, mais étaler jusqu'au XXIIème siècle est inacceptable", réplique sur RTL Jean-Luc Lachaume, directeur adjoint de l'ASN en charge du démantèlement. "Au XXIIème siècle, moi je ne serai plus là. Il serait extrêmement présomptueux de dire qu'EDF existera encore au XXIIème siècle", martèle-t-il. "Si vous regardez un siècle en arrière, on était en 1916 au moment de la bataille de Verdun. Il serait hasardeux de se projeter dans un siècle et dire 'on fera ci, on fera ça !' Quand on a des échéances lointaines, elles sont rarement tenues", poursuit-il.

"Au plan de la sûreté nucléaire, il est impossible de prouver qu'une installation à l'arrêt depuis les années 1980 aurait des éléments qui seraient encore debout, contenant de la radioactivité en 2110. Ça ne nous parait clairement pas acceptable", assène encore Jean-Luc Lachaume. "Inacceptable" : le gendarme du nucléaire français ne mâche pas ses mots contre EDF. Le bras de fer entre les deux parties s’annonce musclé. C’est l’État qui devra trancher d’ici 2020.

Un défi technologique et économique vertigineux

EDF fait valoir un argument : même avec ce calendrier, la France serait la première à démanteler un premier réacteur de cette génération, d’autres pays ayant fait le choix de laisser la radioactivité baisser naturellement avant de démanteler. Mais, avec ce délai du XXIIème siècle, une multitude de questions se posent : comment conserver, pendant un siècle, la connaissance précise des centrales indispensables pour les déconstruire ? Est-ce que EDF, dont certains envisagent aujourd'hui une faillite, sera encore là pour payer le démantèlement ?

Vingt-trois milliards d'euros ont été provisionnés. "Ça ne suffira pas", dit Yves Marignac, expert très critique du nucléaire. "EDF exploite des difficultés techniques réelles dans le but de repousser et de cacher les coûts du démantèlement", ajoute-t-il. Ce qui est certain, c’est que le coût global du démantèlement de ces six réacteurs et des autres va être en partie supporté par une augmentation des tarifs d’électricité de 30% à 50%. Le démantèlement est un défi technologique, économique vertigineux qui va donc beaucoup nous occuper. Bien avant le XXIIème siècle.

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2016-06-13 11:13:16
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