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Ouragan Irma : quels sont les reproches sur la gestion de la crise ?

ÉCLAIRAGE - L'exécutif est critiqué pour avoir manqué d'anticipation face à la catastrophe annoncée à Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

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Destruction, chômage : les conséquences d'Irma en chiffres Crédit Image : LIONEL CHAMOISEAU / AFP | Crédit Média : RTLnet | Date :
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Julien Absalon
avec Julien Fautrat et AFP

L'État a-t-il rempli son rôle ? "Il y a un moment où on touche les limites, où l'événement nous dépasse", a reconnu Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique quelques heures après le passage de l'ouragan Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Maintenant que les deux îles ne sont plus sous la menace, la polémique enfle autour de la gestion de la crise.

L'opposition s'est engouffrée dans la brèche. "Rien n'a été anticipé", dit Marine Le Pen. Même tonalité chez Éric Ciotti et Jean-Luc Mélenchon qui demandent la création d'une commission d'enquête parlementaire

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L'exécutif se défend. Le premier ministre Édouard Philippe a dénoncé une "polémique politicienne" lancée par des responsables "alléchés par la souffrance". Le gouvernement acceptera "volontiers" une commission d'enquête parlementaire, a indiqué lundi 11 septembre le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, tandis que la ministre des Outre-mer Annick Girardin, présente sur place, mettait en garde contre des critiques "déplacées". Alors qu'en est-il ? Qu'est-il reproché aux autorités ? Quelles aides revendique-t-elle ?

Ce qui a été fait en amont

"Nous avions prépositionné des équipes avant l'ouragan", certifie Agnès Buzyn, ministre de la Santé, expliquant sur RTL que la méthode privilégiait la protection de la population que son évacuation : "Les transports ne permettent pas d'évacuer 80.000 personnes en 24 ou 48 heures".

Lundi 4 septembre, trois jours avant la catastrophe, la cellule interministérielle de crise est ouverte, selon la ministre. Sur les îles, les préfectures diffusent de premières consignes à la population et listé les 11 abris cycloniques sûrs. Les autorités exhortent les habitants du littoral de se réfugier dans les terres.

Mardi 5 septembre, lorsque l'ouragan passe en catégorie 4, le passage en alerte rouge permet de déclencher le plan de confinement de la population. Plusieurs quartiers en zone inondable ou submersible sont évacués par les gendarmes, à Saint-Martin. Des renforts arrivent avec la ministre Annick Girardin : 120 pompiers et personnes de la sécurité civile, 18 personnels de la Croix-Rouge et 20 médicaux dont 5 urgentistes-chirurgiens. Des mesures sont prises pour que les hôpitaux disposent de "72 heures d'avance en médicaments, nourriture et eau potable".

Dans un dernier point de situation avant le passage de l'ouragan, mercredi 6 septembre, la ministre Annick Girardin affirme que "350 hommes supplémentaires (...) pourraient être envoyés assez rapidement" après le désastre, grâce à l'installation d'un hub logistique en Guadeloupe, situé à environ 1h30 d'hélicoptère des deux îles.

Ce qui a été fait après le passage de l'ouragan

Sur place, "la priorité des 24 premières heures a été de dégager les gens, soigner les gens et prendre en charge les personnes malades", explique Agnès Buzyn. À Paris, six heures après le passage de l’œil du cyclone, les premières décisions consistent à ouvrir deux numéros d'information au public et annoncer des renforts humains et matériels par le biais de plusieurs avions. Jeudi, à J+1, le dispositif s'accélère avec la fenêtre d'une accalmie météo et le rétablissement de moyens de communication. Les renforts arrivent en Guadeloupe puis partent pour les îles, grâce à l'ouverture d'un pont aérien.

Jusqu'au dimanche 10 septembre, selon les chiffres de la préfecture, 85 tonnes de nourriture sont livrées, un million de litres d'eau et 2.200 kg de médicaments sont transportés. Sur le plan de la sécurité, 1.500 membres des forces de l'ordre sont dépêchés. Ce total devait se porter à 2.000 dès le lendemain.

Concernant les évacuations, les premières manœuvres commençaient vendredi 8 septembre. La préfecture de Guadeloupe lançait un appel pour recenser les personnes à prendre en charge en priorité, à savoir celles en mauvaise santé, les femmes enceintes et les enfants en bas-âge. Pour se signaler, une adresse mail était ouverte. Problème : les îles sont à nouveau menacées par l'ouragan José, ce qui met en pause les opérations de transport et de fret. Il faut finalement attendre la fin de la menace, dimanche 10 septembre, pour que le processus des évacuations par voie aérienne soit clairement opérationnel et fonctionne à plein régime.

Ce qui est reproché aux autorités

Les autorités sont sévèrement critiquées sur trois aspects, par les habitants et les élus locaux. À propos des évacuations, des témoignages ont mis en exergue la confusion qui régnait. 300 personnes devaient initialement être évacuées dans les premières heures, mais 50 n'ont finalement pas pu décoller", rapportait par exemple franceinfo, le 9 septembre. Sur les réseaux sociaux, un ressortissant français témoignait quant à lui d'une incompréhension dans la partie néerlandaise de l'île.

L'insécurité fait aussi partie des principales préoccupations des sinistrés. "On a peur. Les gens commencent à péter les plombs. Mon fils s'est fait agresser pour de l'eau. Il a 13 ans et il a pris un couteau sur la gorge. J'ai grandi ici, mais je ne peux pas laisser mes enfants là, parce que c'est dangereux", témoigne notamment Alice. "Il y a eu manifestement une absence de coordination, des retards pris dans l'acheminement des forces, dans la prévention, et puis dans le quadrillage pour le maintien de l'ordre, c'est une évidence", estime Victorin Lurel, ex-ministre socialiste des Outre-mer.

Des critiques se portent aussi sur le manque de moyens dans les premiers jours. "On n'a plus de réseau, plus de téléphone, plus d'électricité, plus d'eau, plus rien...", constatait la voix tremblante Kyriakoula, une habitante de Saint-Martin au micro de RTL. Ainsi, une polémique monte dans les couloirs de la préfecture de Guadeloupe : l'histoire du Batral Dumont d'Urville, un navire militaire. Capable de transporter des véhicules légers, il a quitté définitivement les Antilles le 19 juin dernier, juste avant la saison des cyclones. Il était pourtant dédié aux interventions en cas de catastrophe humanitaire et n'a pas été remplacé à temps, comme le souligne le site spécialisé Mer et Marine.

Aussi, les principales têtes de la préfecture ont été récemment mutées. Le préfet, son directeur de cabinet et le secrétaire général viennent tout juste de prendre leurs fonctions. Les responsables locaux pointent un manque d'expérience de ce type de crise et dénoncent une erreur politique de nomination au plus haut sommet de l'État. "On est restés des dizaines d'heures dans une situation de non-administration de la crise", confie sur place un haut responsable associatif. Personne n'est parvenu à joindre rapidement la préfète déléguée et ses équipes. Autre élément : la toute première réunion entre la préfecture et les élus locaux s'est tenue seulement cinq jours après le passage d'Irma.

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2017-09-11 14:07:00
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