"La vie d'Adèle" interdit : "Des histoires de cul, il y en a plein à la télévision", estime Jean-Pierre Mocky

REPLAY - Le réalisateur Jean-Pierre Mocky et l'ancien président fondateur de l'association "Promouvoir", qui a saisi la justice pour faire interdire le film aux mineurs, étaient les invités d'Yves Calvi jeudi 10 décembre.

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Annulation du visa d'exploitation de "La vie d'Adèle" : la censure fait-elle son retour en France ? Crédit Image : VALERY HACHE / AFP Crédit Média : Yves Calvi Télécharger

Mercredi 9 décembre, la justice administrative a annulé le visa d'exploitation du film La vie d'Adèle en raison de "scènes de sexe réalistes", de "nature à heurter la sensibilité du jeune public". “Il n’est pas question ici de censure, il est question de restriction de diffusion aux plus jeunes", se défend André Bonnet, fondateur de l'association Promouvoir, proche des milieux catholiques traditionalistes, qui a saisit la justice pour faire interdire le film aux mineurs  "La censure consiste à empêcher le public d’accéder à une oeuvre, et ici il est simplement question de faire en sorte que les mineurs ne soient pas confrontés, et d’ailleurs sans le savoir à l’avance, à des images à caractères pornographique".

Sauf qu’à la suite de cette intervention, le film Palme d'Or du festival de Cannes vient de perdre son visa d’exploitation, ce qui revient à un acte de censure indirecte. “On pourrait polémiquer à l’infini, mais ce n’est pas du tout cela : c’est un problème de diffusion à l’égard de certains publics. Alors vous pouvez dire qu’effectivement il y a censure à l’égard des plus jeunes", reconnaît M. Bonnet.

Aujourd'hui, la censure est économique : quand vous faites un sujet dur, on vous en empêche

Jean-Pierre Mocky

“C’est de la censure, évidemment", tranche Jean-Pierre Mocky. Depuis les années 1960, il réalise des films pamphlétaires et satiriques. "Des histoires de cul, il y en a plein à la télévision, alors si on empêche des enfants de voir ce film en particulier, il faudrait empêcher tout. Aujourd’hui, la censure est économique : quand vous faites un film avec un sujet dur, on vous en empêche", estime-t-il.

Une mesure hypocrite ?

“Ce qui vient d’être dit est d’un niveau intellectuel très inférieur à ce qui devrait être le cas", répond André Bonnet. Concrètement, dans le film La vie d’Adèle comme dans les autres films [André Bonnet a déjà obtenu gain de cause pour faire interdire aux moins de 18 ans plusieurs films dont Love de Gaspard Noé, ndlr], vous avez des séquences qui sont purement et simplement pornographiques. D’ailleurs, parmi les requérants, il y a la mère d’une petite fille de 12 ans avait vu ce film parce qu’il était disponible en médiathèque, et que cette fillette a été malade pendant plusieurs jours”, argumente-t-il.

Ce sont les élèves d'une douzaine d'année qui m'ont montré les scènes les plus cochonnes que j'aie jamais vues.

Jean-Claude, auditeur (Bretagne)

“Dans ce cas-là, il ne faut plus faire d’éducation sexuelle dans les écoles", répond Jean-Pierre Mocky. "Et puis une petite fille de 12 ans… Elle doit quand même être très fragile, parce que j’en connais, des filles de 12 ans, dans les quartiers populaires notamment, et je peux vous dire qu’elles n’ont pas froid aux yeux”, ajoute-t-il.

Selon Jean-Claude, un auditeur de Bretagne, la question de l'interdiction d'un film aux mineurs est hypocrite. “En tant qu’ancien professeur, je voudrais demander à M. Bonnet qu’il supprime, dans les collèges et les lycées, tous les téléphones portables parce qu’il en circule; des petits films, et à partir de l’âge de 11, 12 ans. Ce sont les élèves d’une douzaine d’années qui m’ont montré les scènes les plus cochonnes, les plus hards que j’aie jamais vues", témoigne-t-il.

Vous ne pouvez pas demander aux parents d'avoir vu tous les films

André Bonnet, fondateur de l'association "Promouvoir"

N’est-ce pas aux parents, dans ces circonstances, de veiller à ce que leurs enfants visionnent ? “Est-ce que vous pouvez demander aux parents d’avoir vu tous les films qui sortent ? Pas du tout. C’est en revanche, c’est l’objectif du visa d’exploitation", répond André Bonnet.

Selon Jean-Pierre Mocky, La vie d’Adèle risque effectivement de perdre son visa d’exploitation. “On n’est pas libre en France, on peut pas dire certaines choses. Là on parle de culs, mais on peut rien dire non plus sur la politique, sur la médecine, sur les médicaments, on doit la fermer. Et si on la ferme pas, on sort pas les films", conclut-il.

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par Yves CalviJournaliste RTL
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"La vie d'Adèle" interdit : "Des histoires de cul, il y en a plein à la télévision", estime Jean-Pierre Mocky
"La vie d'Adèle" interdit : "Des histoires de cul, il y en a plein à la télévision", estime Jean-Pierre Mocky
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2015-12-10 10:53:50
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