L'État, Google, Facebook et Twitter à l'unisson contre la radicalisation en ligne

INTERVIEW - À la demande du gouvernement français, Google, Facebook, Twitter, Microsoft et Apple vont s'associer au sein d'une structure chargée de financer des campagnes de promotion de contre-discours pour lutter contre la radicalisation en ligne.

857 cas de suspicion de radicalisation chez des élèves ont été relevés pour l'année scolaire 2014-2015. (Illustration)
857 cas de suspicion de radicalisation chez des élèves ont été relevés pour l'année scolaire 2014-2015. (Illustration)

Les contours de l'offensive du gouvernement et des grandes plateformes du web contre la radicalisation en ligne prennent forme. Début décembre, lors du premier bilan des actions menées depuis les attentats du 13 novembre, les deux parties avaient fait part de leur volonté de s'appuyer sur "les développeurs et experts des entreprises du numérique pour élaborer des outils qui faciliteront l'implication de la société civile dans la lutte contre la propagande terroriste".

Quelques semaines après cette réunion, l'État a convaincu Google, Facebook, Twitter, Microsoft et Apple de s'associer au sein d'une structure chargée de financer des campagnes de promotion de contre-discours pour contrarier les messages d'endoctrinement sectaire des groupes terroristes. "Nous sommes d'accord sur le principe mais les modalités de l'engagement des plateformes du web ne sont pas encore arrêtées", indique Christian Gravel, chef du Service d'information du gouvernement (SIG), à RTL.fr. Cet organisme devrait voir le jour dans les prochaines semaines, "avant l'été", espère-t-on au SIG.

Initiée par le gouvernement, cette structure se veut sans lien avec l'État dont les propres initiatives de "contre-discours" sont décriées par les experts, qui les jugent caricaturales et peu à même de toucher des jeunes qui rejettent le système en bloc. Pour construire un message plus efficace et plus visible sur la toile, l'État va désormais s'appuyer sur l'expertise des organisations issues de la société civiles et des grands groupes du web.

Des témoignages de repentis et un bataillon d'experts

L'objectif de la structure est de fédérer les moyens et les outils des géants du web et de coordonner les initiatives des acteurs associatifs. Ces derniers pourront leur soumettre des propositions de campagnes qui seront ensuite diffusées à la faveur de la caisse de résonance des différentes plateformes. Selon Europe 1, la fondation pourrait financer des campagnes de diffusion de témoignages de repentis du jihad et mettre en avant un discours nuancé capable de semer le doute dans l'esprit des aspirants au jihad, sur le modèle des travaux de l'Institut pour un dialogue stratégique qui est parvenu à dissuader de nombreux jeunes au Royaume-Uni en s'appuyant sur d'anciens extrémistes.

Elle pourrait aussi mettre sur pied une équipe de chercheurs spécialisés dans les processus de radicalisation sur Internet afin d'élaborer des messages en ligne diffusés en temps réels sur Facebook ou Twitter à l'attention de jeunes ciblés grâce aux outils de ces plateformes. Cette initiative fait directement écho à la proposition de Manuel Valls qui plaidait en mai 2015 pour la formation d'"un bataillon de community managers de l'État pour opposer une parole officielle à la parole des jihadistes et ne pas leur laisser l'espace numérique".

Facebook en pole position

Les géants du web n'ont pas encore confirmé l'information. "S'il devait y avoir une structure en France permettant de fédérer tous les grands acteurs autour de ce sujet, cela permettrait une action plus efficace. Nous sommes ouverts à cette approche", a simplement admis Facebook interrogé par Le FigaroLe site de Mark Zuckerberg semble être le plus en pointe sur ce dossier. Selon les informations d'Europe 1, le réseau social va réunir une vingtaine d'associations lundi à Paris afin de préparer les premières campagnes. L'association de Latifa Ibn Ziaten, la mère de Imad Ibn Ziaten, le premier militaire assassiné à Toulouse par Mohamed Merah en 2012, la Licra et SOS Racisme seront notamment présents.

"Les terroristes n'ont pas leur place sur Facebook", expliquait l'entreprise en réponse à l'appel à la coopération lancé par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve après les attentats de novembre. Souvent taxés de faire office d'antichambre des réseaux terroristes, les réseaux sociaux se sont emparés du problème. Twitter a supprimé plus de 125.000 comptes de propagande jihadiste. Google a retiré près de 14 millions de vidéos de sa plateforme YouTube. La messagerie sécurisée Telegram a mis hors-service plusieurs centaines de comptes affiliés à l'État islamique.

Une réunion à Matignon dans les prochaines semaines

Plusieurs initiatives gouvernementales de prévention de la radicalisation ont vu le jour après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. Fin janvier, le site pédagogique stop-jihadisme.gouv est venu renforcer le dispositif mis en place en avril 2014 pour informer le public et l'armer face au discours des recruteurs en mettant en avant des interviews d'experts, des conseils aux parents, des rappels historiques, des contacts et des pistes de déradicalisation. En octobre, le gouvernement a lancé une série de spots vidéos diffusés sur Internet et à la télévision sur le modèle des clips de la sécurité routière pour dissuader les jeunes de partir faire le jihad. Les modalités d'action de la nouvelle structure seront évoquées lors du second point d'avancement sur la coopération entre les géants du web et le gouvernement qui doit se tenir à Matignon dans les prochaines semaines.

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BenjaminHuepro
par Journaliste RTL
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2016-03-16 11:10:00
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