Fermeture des voies sur berges à Paris : quelles conséquences économiques ?

Selon la présidente de région Île-de-France, la piétonnisation a des effets très au-delà du centre de la capitale. Rencontre avec des chefs d'entreprise franciliens.

Des bouchons dans les rues de Paris >
Fermeture des voies sur berges à Paris : quelles conséquences économiques ? Crédit Image : SIPA | Crédits Média : RTL.fr | Durée : | Date :
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On pourrait les appeler les voies de la discorde. Fermées à la circulation depuis la rentrée, les berges de Seine sont devenues le lieu d'affrontement entre la maire de Paris Anne Hidalgo et la présidente de la région Valérie Pécresse. Bouchons, pollution, temps de parcours : tout a été dit sur ces 3 kilomètres. On a du mal à démêler le vrai du faux. Mais quelles sont les conséquences économiques de cette fermeture ? Nombre de chefs d'entreprise affirment la subir de plein fouet.

C'est le cas d'Antony Hadjipanayotou, un plombier de Clamart, au sud de Paris. Neuf salariés qui partent une heure plus tôt le matin pour éviter les bouchons. Mais ça ne suffit pas. Impossible désormais d'assurer toutes les interventions d'urgence. Notre artisan a fait ses calculs. "On faisait sept-huit dépannages par jour, on n'en fait plus que quatre-cinq quand tout va bien. On paie tout de suite les conséquences de ne plus pouvoir circuler correctement", ajoute-t-il, évoquant une perte de "20% du chiffre d'affaires sur le secteur dépannage".

Forte baisse du chiffre d'affaires

Autre exemple : cette très grosse entreprise de courses. Ses clients sont des groupes de luxe. En fin de semaine dernière, le patron a décidé, en catastrophe, d'acheter seize scooters et motos, qui se faufilent mieux que les voitures. Une dépense pas du tout prévue. Fini les courses express en moins d'une heure et quart facturées 80 euros. Un tarif spécial "urgence" impossible à tenir, à cause des bouchons. Résultat, ce chef d'entreprise facture des courses "normales" à 40 euros. Vous voyez le manque à gagner.

Baisse de productivité et du chiffre d'affaires également pour Agnès Parmentier, présidente de Leriche, qui loue des véhicules utilitaires à Alfortville, à l'est de Paris. "Grosso modo, cela doit représenter entre 5 et 10% de notre chiffre d'affaires", assure-t-elle.

Deux-cent cinquante véhicules utilitaires à préparer, nettoyer et remettre aux clients. Une dizaine de salariés dont certains rentrent plus tard le soir : parfois 20h30 ou 21 heures, au lieu de 18h30. "Sur le mois de novembre on va chiffrer à une trentaine d'heures supplémentaires qu'il va falloir payer aux collaborateurs. Ce n'est pas prévu, pas budgété du tout", soupire-t-elle.

Je préfère faire 50 kilomètres dans l'autre sens que de perdre mon temps dans Paris

Antony Hadjipanayotou, plombier à Clamart

Sur les axes désormais empruntés par les automobilistes, pour éviter les voies sur berges, le moral est en berne. Boulevard Saint-Germain (une artère chic de la capitale), les bouchons dissuadent les passants de s'arrêter dans la brasserie Le Solférino. "Les gens passent leur chemin. Si ça ne va pas, ils vont ailleurs, ils ne cherchent pas à comprendre", dit un responsable.

Comment ces patrons envisagent-ils l'avenir ? Il faut trouver des solutions. Antony Hadjipanayotou a décidé de changer de stratégie. "Des chantiers qu'on refusait, parce qu'ils étaient trop loin en banlieue, on les accepte maintenant avec plaisir pour éviter de rentrer dans Paris. Je préfère faire 50 kilomètres dans l'autre sens que de perdre mon temps dans la capitale pour perdre de l'argent en fin de compte", assure-t-il. Il ajoute : "Paris, on fera une croix dessus".

Des salariés et des clients excédés

Agnès Parmentier hésite encore, mais elle garde le sens de l'humour. "Honnêtement, je n'en sais rien ! Peut-être louer des hélicoptères. Pour le coup, il va falloir que je m'agrandisse parce que je n'ai pas assez de place pour un héliport", s'amuse la présidente de Leriche. Il y a en plus une vraie inquiétude : des salariés et des clients excédés par les embouteillages. "Je pense qu'on atteint des niveaux de stress qui seront à mon avis plus nocifs à terme que les particules", dit-elle.

Soyons clair : il y a très peu de chances que les voies sur berges rouvrent un jour. La région Île-de-France, les Hauts-de-Seine, les Yvelines, le Val d'Oise, l'Essonne et la Seine-et-Marne ont déposé un recours en justice la semaine dernière pour lever cette interdiction. Une pétition lancée par 40 millions d'automobilistes a réuni 75.984 signatures. Mais en attendant, les piétons profitent tranquillement des voies sur berges et des belles lumières d'automne.

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LoïcFarge42
par Journaliste RTL
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Fermeture des voies sur berges à Paris : quelles conséquences économiques ?
Fermeture des voies sur berges à Paris : quelles conséquences économiques ?
Selon la présidente de région Île-de-France, la piétonnisation a des effets très au-delà du centre de la capitale. Rencontre avec des chefs d'entreprise franciliens.
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2016-11-29 13:32:00
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