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Présidence du FN : Éric Dillies explique pourquoi il veut "aller jusqu'au bout"

INTERVIEW - Le conseiller régional des Hauts-de-France ne rend pas les armes malgré le refus de sa candidature par les instances exécutives du parti.

Éric Dillies maintient sa candidature à la présidence du FN. L'élection est prévue en mars 2018.
Éric Dillies maintient sa candidature à la présidence du FN. L'élection est prévue en mars 2018. Crédit : Éric Dillies
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Officiellement, Éric Dillies n'a été candidat à la présidence du Front national que trois petits jours. Lundi 23 octobre, soixante-douze heures après avoir annoncé ses intentions, un communiqué laconique provenant tout droit de Nanterre met définitivement fin à ses ambitions. "Marine Le Pen sera seule candidate à sa succession lors (du) congrès prévu à Lille les 10 et 11 mars", écrit le Bureau politique du FN.

Depuis, le patron du FN lillois, plus de trente ans de militantisme derrière lui, continue pourtant de se présenter comme "candidat à la présidence du FN". À RTL.fr, il confirme sa volonté "d'aller jusqu'au bout" et demande à Marine Le Pen de "lui tendre la main pour un Congrès de la refondation". Il exige le report de la date de dépôt des parrainages à la fin de l'année 2017 et la modification des conditions de candidature, qu'il ne juge pas démocratiques. "C'est la présidente qui peut prendre cette décision", assure-t-il.

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S'il comptait peser dans cette élection, pourquoi a-t-il avancé ses pions si tard ? Éric Dillies savait "depuis des mois", comme le rappelle l'instance exécutive du FN, que la date limite pour candidater était fixée au samedi 21 octobre. Éric Dillies garde en tête "l'incompréhension" suscitée par le débat "raté" de Marine Le Pen dans l'entre-deux-tours de la présidentielle mais aussi "les sourires crispés" à l'Université des élus FN de Poitiers, organisée au Futuroscope le 1er octobre. "Même les cadres cherchaient à faire bonne figure", se souvient Éric Dillies, déplorant que le Front national se soit passé d'un "examen de conscience".

1er octobre : le déclic à Poitiers

À cette même date, l'élu à la Métropole européenne de Lille (MEL) dit s'être "rendu compte que personne ne voulait" se présenter. "Pas parce qu'ils n'en avaient pas envie, mais par crainte d'apparaître comme une personne osant défier Marine Le Pen", précise-t-il.

"Loin" du jeu d'appareils, d'après ses dires, Éric Dillies aurait alors choisi de se positionner sur la ligne de départ, après "des remontées de militants pas très engageantes" sur la situation actuelle du parti et le nombre croissant de déserteurs chez les adhérents.

Selon les comptes tenus par le quotidien Libération, le FN aurait perdu un siège municipal sur huit, entre mars 2014 et octobre 2017. Le nombre d'adhérents serait inférieur à 40.000, selon l'ex-bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot. "Poitiers, c'était l'occasion de se demander quelle direction on doit prendre. Là, on a décidé qu'il n'y aurait pas de débat. Les militants répondront simplement à un questionnaire qu'on leur enverra", regrette Éric Dillies.

12 octobre : un accueil bienveillant de Marine Le Pen ?

Dix jours après ce rendez-vous dans le Poitou, le 11 octobre, Éric Dillies téléphone à Marine Le Pen pour lui demander un rendez-vous et lui annoncer sa décision. En pleine préparation de L'Émission politique de France 2, à laquelle elle était invitée la semaine suivante, elle n'aurait alors pas pu recevoir l'élu du Nord mais l'aurait appelé le lendemain, jeudi 12 octobre.

"Elle m'a tout de suite pris au téléphone. Je lui ai exposé mon idée : on ne peut pas organiser une élection quand il n'y a pas d'élection. Si tu l'acceptes, je me présente en face de toi". Selon Éric Dillies, Marine Le Pen, qui souhaitait réfléchir avant de le rappeler, aurait accueilli favorablement sa proposition, lui demandant de lui "envoyer (sa) feuille de route." Éric Dillies veut notamment que "le FN devienne une machine à produire des idées" et qu'il "sorte de la critique systématique".

Je n'appelle pas ça une idée, mais une connerie

Philippe Olivier (par SMS) à Éric Dillies le 20 octobre 2017
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Les jours qui suivent, Marine Le Pen se fait silencieuse. Sans nouvelles de la présidente du Front national, le candidat à la candidature la relance par SMS jeudi 19 octobre, immédiatement après le générique de fin de L'Émission politique. "J'ai regardé ton émission et je t'ai trouvée courageuse. Je réitère ma proposition, être candidat en face de toi. Tu as besoin de ce match pour être légitime aux yeux des militants et des Français. Je t'embrasse. Éric." Le message restera sans réponse.

Ce n'est qu'après l'officialisation de sa candidature, le 20 octobre, qu'Éric Dillies aura des nouvelles du parti. "En politique, ce qui n'est pas utile est inutile", lui assène Philippe Olivier dans un message que nous avons pu lire. Le beau-frère de Marine Le Pen conclut brutalement l'échange : "Je n'appelle pas ça une idée, mais une connerie." Un "modèle inspiré de la Corée du Nord", s'insurge son destinataire.

Et maintenant ?

Pour parler de la suite, Éric Dillies file la métaphore. "Je suis comme les Vikings, j'ai brûlé les drakkars sur la plage. La bataille ne fait que commencer. Je vais bien finir par rallier la majorité des militants et des cadres."

À défaut d'être entendu par l'exécutif frontiste, Éric Dillies, par ailleurs candidat au comité central de mars 2018, peut-il devenir le caillou dans la chaussure du clan Le Pen ? Contactés par RTL.fr, Sébastien Chenu, porte-parole du Front national, et Louis Aliot, député des Pyrénées-Orientales, n'ont pas donné suite à nos demandes d'entretien.

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2017-11-08 12:39:00
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