Syrie : quand la culture porte les appels au secours des enfants d’Alep

Sous les bombardements incessants dans l'est de la ville, les enfants syriens crient régulièrement à l'aide. Parfois en servant de la pop-culture, de Twitter ou encore en dessinant de l'art.

Les enfants d'Alep ont essayé de sensibiliser le monde occidental avec des références à Pokémon Go cet été
Les enfants d'Alep ont essayé de sensibiliser le monde occidental avec des références à Pokémon Go cet été

L'horreur se poursuit à Alep. La partie est de la ville s'effondre sous les bombardements quotidiens contre des positions rebelles par les gouvernements russe et syrien. Alep n'est plus que ruines dans certains quartiers. Difficile d'imaginer la vie avant la guerre dans ce paysage de désolation

Près de seize mille personnes ont fui Alep-Est vers les zones gouvernementales et le quartier kurde de Cheikh Maqsoud. Une situation que l'ONU qualifie "d'alarmante", mardi 29 novembre, les rebelles ont perdu le contrôle de tout le nord-est de leur bastion dans la ville. 

Chaque jour, plusieurs dizaines de civils perdent la vie, parmi eux, de nombreux mineurs. Depuis quatre mois, la ville est assiégée. Et les enfants d'Alep subissent une terrible guerre depuis des années maintenant, sous les yeux du reste du monde. 

Twitter pour témoigner

Récemment, c'est une petite fille âgée de seulement 7 ans qui a fait parler d'elle, et donc de sa ville. Avec sa maman, Bana Alabed raconte l'enfer du quotidien sur Twitter dans des messages d'une simplicité émouvante comme "J'ai besoin de paix", "Bombes comme la pluie, tout le monde a peur" ou encore, datant du 27 novembre : "Ce soir nous n'avons plus de maison, elle a été bombardée et je suis tombée dans les décombres. J'ai vu des morts et j'ai failli mourir". Des messages largement relayés sur les réseaux sociaux et dans les médias grâce auxquels l'un de ses postes va avoir une résonance toute particulière.

"Harry Potter" pour oublier

Bana Alabed aime lire pour "oublier la guerre". L'une de ses histoires préférées est J.K Rowling (Harry Potter). C'est pourquoi, la semaine dernière, sa maman a interpellé l'auteure sur Twitter : "Salut J.K Rowling. J'ai vu le film Harry Potter, Bana aimerait pouvoir lire le livre". La famille syrienne a ensuite reçu tous les tomes de la saga en e-books. 

Récemment encore, en plus des bombardements quotidiens dont elle fait état, la jeune fille a dû faire face au décès d'une de ses amies, du même âge. "Oh cher monde, je pleure ce soir. Ça, c'est mon amie tuée par une bombe ce soir. Je n'arrive pas à arrêter de pleurer", a-t-elle posté avec une photo de la victime en sang, inerte. Si elle parvenue à se faire connaître sur Internet, notamment grâce à ses tweets et sa discussion avec la célèbre écrivain, la situation à Alep n'a pas tellement changé. Bana Alabed a dû fuir la ville, sa maison ayant été bombardée.

Des Pokémon pour sensibiliser

Cet été, c'est le phénomène Pokémon Go qui a permis aux enfants syriens de se mettre en avant. Alors que l'Occident a les yeux rivés sur ses écrans de smartphones pour attraper des Pokémon rares, le média révolutionnaire syrien, RFS, publie des images d'enfants tenant des dessins de Pokémon avec l’inscription "viens me sauver". Des images émouvantes, où les ruines encore fumantes abritent un Pikachu en pleurs à côté d'un petit garçon, qui visent à sensibiliser les enfants du monde entier à leur cause, mêlant la futilité du jeu avec la gravité de la situation sur place.

La peinture pour colorer

Le paysage de la ville, où tout signe de vie semble avoir disparu dans la fumée des bâtiments tout juste frappés, tente de reprendre des couleurs. À l'initiative d'une professeure de 22 ans, Rasha, des enfants d'Alep ont repeint les mûrs de leurs dessins légers et colorés pour "embellir l'environnement lugubre", raconte-t-elle dans les pages de Libération en octobre dernier.

"On s’est tous mis à faire des dessins et des peintures au bas des murs restants des immeubles détruits", précise-t-elle avant d'ajouter : "Ils étaient une vingtaine d’artistes de 5 à 15 ans, garçons et filles, à prendre chacun un pinceau et une couleur. Certains ont réussi à dessiner des arbres, des visages et des maisons tandis que les plus petits complétaient par de beaux gribouillages aux couleurs éclatantes."

De l'art pour adoucir

Là aussi, l'art est utilisé pour recolorer des vies. Cette syrienne de huit ans et demi, Maria Barghouthy, s'est confiée au média spécialisé dans l'actualité du Moyen-Orient, Middle East EyeElle ne se souvient pas avoir déjà vécu dans un pays en paix. Elle s'est fait repérer avec ses dessins d'une beauté époustouflante, pas seulement pour son âge. 

Des dessins aux couleurs vives ou pastels qui ne sont parfois pas sans rappeler les coups de pinceaux de grands maîtres entre impressionnisme et pointillisme. Si certaines de ses œuvres aspirent à la liberté, comme celle d'une jeune fille au bord de l'eau, d'autres prennent la guerre comme sujet central. Comme ce dessin d'une femme qui recoud la plaie du pays. 

Les oeuvres de la jeune syrienne Maria Barghouthy

Maria Barghouthy habite à quelques heures d'Alep et peut encore aller à l'école. Son art, lui, a déjà voyagé, jusqu'en Italie à Milan.

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Sous les bombardements incessants dans l'est de la ville, les enfants syriens crient régulièrement à l'aide. Parfois en servant de la pop-culture, de Twitter ou encore en dessinant de l'art.
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2016-11-29 10:00:00
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