Journée du bonheur : pourquoi vouloir mesurer le bonheur ?

Ce dimanche 20 mars, c'est la journée du bonheur. Un think tank veut créer un "Indicateur Trimestriel du Bonheur des Français" pour que la croissance et le PIB ne soient pas les seuls à guider l'action du gouvernement.

Le royal baby du Bhoutan va grandir dans un pays où le PIB a été remplacé par le BNB (bonheur national brut)
Crédit : King Wangchuck's Facebook Page / AFP
Le royal baby du Bhoutan va grandir dans un pays où le PIB a été remplacé par le BNB (bonheur national brut)

La journée mondiale du bonheur et du bien-être, qui a lieu ce dimanche 20 mars, a été proclamée par l'ONU il y a seulement 3 ans. L'Organisation des Nations unies souhaitait ainsi promouvoir le bonheur dans le débat public. "Le monde a besoin d'un nouveau paradigme économique qui reconnaît la parité entre les trois piliers du développement durable. Les bien-être social, économique et environnemental sont indissociables", avait alors déclaré le Secrétaire général de l'institution.

Un pays, le Bouthan, a même remplacé son PIB (produit intérieur brut) par le BNB, le bonheur national brut. Et la commission Stiglitz, à laquelle participait le célèbre prix Nobel, dans son rapport à Nicolas Sarkozy en 2008, avait proposé de prendre en compte la question du bien-être des citoyens dans la comptabilité nationale. La question sous-jacente, c'est de savoir si la santé d'un pays se résume à sa prospérité économique ou au bien être de ses habitants.

Influer sur les décisions politiques

Un think tank français, la Fabrique Spinoza, voudrait construire un Indicateur Trimestriel du Bonheur des Français. "Le cap décidé par les politiques est essentiellement économique, ils s'appuient sur le PIB, le chômage... Nous, on pense qu'il faut mesurer l'épanouissement humain, pour que cela influe sur les décisions des politiques", explique Alexandre Jost, le fondateur du think tank. "Ce n'est pas parce que le PIB augmente que les gens sont plus épanouis. En France, entre 1973 et 2008, le PIB a augmenté de 113% (en inflation corrigée) et en même temps la satisfaction des Français est restée à 6,2/10", illustre-t-il. Aujourd'hui, la note est de 7,1/10 et elle est inférieure à la moyenne européenne qui est de 7,8/10.

L'idée de la Fabrique Spinoza, c'est donc de créer cet indicateur unique, à l'intérieur duquel figureraient plusieurs dimensions du bonheur : entre autres, si l'on est satisfait de sa condition, si l'on est heureux ou triste, si l'on a l'impression d'avoir un revenu suffisant, si l'on se sent suffisamment informé ou engagé. Comment pourrait-on influer sur les décisions des politiques avec un chiffre agrégeant ces données ? Alexandre Jost donne un exemple concret. "En Angleterre, où ils mesurent le bien-être, ils se sont rendus compte qu'une consommation modérée d'alcool était bénéfique pour le bien-être et le lien social. Donc le gouvernement a modifié sa campagne de communication pour viser uniquement les gros buveurs."

Nous voulons être solides scientifiquement

Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza

Cet indicateur sera construit à partir de 48 questions posées à un panel de 1.000 personnes, comme par exemple : "est-il important pour vous de vous comparer aux autres en termes de revenus ?". "Les chercheurs ont montré que la propension à se comparer était liée à un faible niveau d'épanouissement", justifie le fondateur du think tank. "Les trois quarts de nos questions sont issues d'enquêtes déjà menées par l'OCDE ou les chercheurs. Nous voulons être solides scientifiquement", poursuit-il.

Difficile de mesurer quelque chose de subjectif. "Le bonheur déclaré par les gens est toujours relatif à un contexte, à une époque, à un ensemble des possibles. Un 7 sur 10 de satisfaction en 1940 n’est pas équivalent à la même «note» en 2010", expliquait Claudia Senik, professeure à l'École d'économie de Paris, à Libération en 2010. Et en plus, tout le monde n'interprète pas les questions de la même manière.

Un indicateur utile pour les entreprises ?

Reste que le PIB et la croissance restent des indicateurs très utilisés par certaines entreprises, qui investissent en fonction de la conjoncture économique. Un indicateur de bien-être, au premier abord, pourrait donc leur paraître inutile. "Déjà, le but c'est d'être complémentaire au PIB et pas de le remplacer", tempère Alexandre Jost. "Ensuite, nous avons des critères à destination des entreprises. Il y a des liens entre le sentiment de bien-être au travail et la productivité. Chaque année, le stress au travail coûte 3% du PIB", argumente le fondateur de la Fabrique Spinoza. Pour l'instant, l'organisation cherche toujours à financer sa grande enquête, mais le sujet à du mal à mobiliser. "C'est dur de faire du financement participatif sur quelque chose de conceptuel", concède Alexandre Jost.

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Ce dimanche 20 mars, c'est la journée du bonheur. Un think tank veut créer un "Indicateur Trimestriel du Bonheur des Français" pour que la croissance et le PIB ne soient pas les seuls à guider l'action du gouvernement.
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2016-03-20 15:30:00
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