Anorexie : pourquoi l'interdiction des sites "pro-ana" n'est pas la solution pour les spécialistes

ÉCLAIRAGE - Les députés ont créé un nouveau délit qui punit l'incitation à la maigreur excessive, notamment de la part de sites internet pro-anorexie.

Désormais, les sites "pro-ana" risque un an d'emprisonnement et 10.000 euros d'amende.
Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP
Désormais, les sites "pro-ana" risque un an d'emprisonnement et 10.000 euros d'amende.

"Pro-ana". Ce terme est une contraction de pro-anorexie et désigne les personnes qui font la promotion de l'anorexie. Cette maladie qui est un trouble du comportement alimentaire figure dans le projet de loi Santé de Marisol Touraine.

L'Assemblée nationale a créé, dans la nuit de mercredi à jeudi, un nouveau délit qui punit l'incitation à la maigreur excessive, notamment de la part de sites internet pro-anorexie. "Provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l'exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé est puni d'un an d'emprisonnement et de 10.000 euros d'amende", peut-on lire dans le texte de loi.

Des lieux d'échanges sur les troubles alimentaires

Alors que la ministre de la Santé s'y est déclarée favorable, tout comme le rapporteur du projet de loi, Olivier Véran (PS), certains estiment que cette mesure ne permet pas de lutter de façon efficace contre l'anorexie qui touche entre 30.000 et 40.000 personnes dont 90% de femmes. Elle est considérée comme étant parmi "les pathologies psychiatriques ayant la plus forte mortalité", souligne l'AFP.

Entre 2010 et 2014, la France et la Grande-Bretagne ont mis en place le projet Anamia. Ainsi, une enquête a été menée sur "des communautés en ligne des personnes vivant avec des troubles alimentaires", rappelle Slate. L'étude a démontré que les sites "pro-ana" sont "loin de représenter la diversité des pratiques et des attitudes des usagers, qui loin de vouloir faire du prosélytisme, tentent plutôt de créer des espaces protégés pour la recherche d'information, d'entraide et de soutien", ajoute le site.

Sur son site, Anamia estime que le nouveau délit "finit par mettre en danger des milliers de malades et empêche le travail de professionnels de la santé et d'associations de lutte contre les troubles des comportements alimentaires". Les auteurs du rapport estiment que les sites web "constituent des lieux de parole tout à fait inédits et complexes, parfois sources d'entraide et d'orientation vers le suivi médical de personnes atteintes de troubles alimentaires".

Développer une offre de soins spécialisés

Cet argument est aussi avancé par le sociologue Antonio Casilli qui explique dans L'Express.fr, que ces sites sont avant tout "des lieux d'échanges avec une pluralité de voix et de ton, dans la façon de parler de ses troubles alimentaires. Dire que l'on souhaite être parfaite et extrêmement mince sur ces plateformes est l'expression même d'un symptôme du trouble alimentaire. Comment peut-on envisager de pénaliser des personnes qui expriment un mal-être et cherchent de l'aide ?".

La situation devient paradoxale, puisque le gouvernement a financé les recherches faites par l'Anamia. "Il semblerait que nos connaissances sur la question progressent, mais que l'inertie entre la publication des recherches et leur prise en compte par la sphère politique persiste", explique le sociologue.

Le président de l'Association française pour le développement des approches spécialisées des troubles du comportement alimentaire demande, dans une pétition, au gouvernement de mettre en place "une vraie politique de santé publique pour les troubles du comportement alimentaire. Plus de 6.700 signatures ont déjà été obtenues. "Cette situation est d'autant plus regrettable qu'elle pourrait être évitée, sur le modèle de ce qui est fait au Royaume-Uni, en Suède et aux Pays-Bas, par le développement et la structuration au niveau national d'une offre de soins spécialisés couvrant tout le territoire. Les études scientifiques ont en effet montré qu'une prise en charge précoce et interdisciplinaire crée les conditions favorables à la guérison et limite les effets néfastes de ces troubles", détaille le texte de présentation de la pétition.

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2015-04-03 16:05:00
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