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L'Allemagne se protège des investisseurs chinois

ÉDITO - Le veto allemand sur le rachat d'une entreprise technologique par les Chinois montre que la mondialisation, sans garde-fou ni principe, s’essouffle.

Angela Merkel, le 8 janvier 2016.

Crédit : Fredrik von Erichsen / dpa / AFP

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Le gouvernement allemand vient de s’opposer au rachat d’une entreprise technologique par des Chinois. Le feu rouge à la prise de contrôle d’Aixtron, un industriel réputé de la filière sensible des semi-conducteurs est un signal fort. Berlin a pour tradition de ne pas intervenir directement dans les stratégies industrielles des entreprises privées. Ce veto est donc une grande première. Il a une double destination. En interne, c’est un avertissement pour les actionnaires qui seraient trop facilement enclins à se vendre au plus offrant. Et pour l’extérieur, la notification que l’Allemagne n’est plus un terrain de chasse libre pour les prédateurs technologiques non européens. Tout le monde doit désormais comprendre que les fleurons industriels locaux sont des espèces protégées et que le garde-chasse veille au grain.


Le passage sous contrôle chinois d'un joyau du made in Germany, le champion des robots industriels Kuka, une perle crée en 1898 et étendard du savoir-faire allemand en matière de machines-outils ultra sophistiquées, a été un traumatisme national. Dans la foulée, Putzmeister, le spécialiste des pompes à béton, une expertise pointue qui s'appelle KraussMaffei, l’un des leaders des machines pour la plasturgie, puis un des champions de l’énergie EEW ont eux aussi pris la route de la soie… En 6 mois, les investisseurs chinois ont raflé pour 7,5 milliards d'euros de sociétés top niveau. Et comme l’appétit vient en mangeant, Pékin encourage ces jours-ci, la prise de contrôle d’Osram, un pionnier dans les métiers de l’éclairage avec ses 6 milliards de chiffre d'affaires et ses 33.000 salariés. Un mouvement trop large pour ne pas déclencher l’agacement du gouvernement allemand. Le dossier Aixtron a été la goutte de trop.


C’est la démonstration que partout la mondialisation, sans garde-fou ni principe, s’essouffle. À l’inverse de la France ou des États Unis, l’Allemagne n’a pas de loi pour canaliser les appétits d’investisseurs étrangers. Sa seule arme est la menace de trouble à l’ordre ou à la sécurité publique. Le veto de Berlin en est d’autant plus significatif. Est-ce qu’il va faire tâche d’huile ? L’arrêt des grand accords commerciaux tous azimut, le Brexit comme le succès d’un Donald Trump, démontrent que le cycle open bar n’est plus à la mode. La seule question c’est de savoir jusqu’où s’étendra la tâche et quelle sera la densité de l’huile.

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