Jean d'Ormesson signe un livre de souvenirs pleins d'allégresse

REPLAY - C'est le plus alerte, le plus gai, le plus jeune des 476 nouveaux livres de ce début d'année, et il est signé par le doyen de cette rentrée, Jean d'Ormesson, 90 ans, qui publie "Je dirai malgré tout que cette vie fut belle".

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Jean d'Ormesson signe un livre de souvenirs pleins d'allégresse Crédit Média : Bernard Lehut

Parmi les 476 nouveautés du moment en librairie, le livre de Jean d'Ormesson, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, publié chez Gallimard, figure parmi les meilleurs. Du bonheur prescrit en 450 pages ! Le doyen de la rentrée d'hiver, Jean d'Ormesson, 90 ans, signe le livre le plus alerte, le plus enlevé, le plus gai, bref, le plus jeune de ce début d'année ! Bien qu'il s'en défende, l'académicien publie bel et bien ses mémoires. Certes, Jean d'Ormesson s'est déjà beaucoup raconté, il n'a même fait que ça, pourriez-vous rétorquer mais tout est ici, pour la première fois, rassemblé et, surtout, on découvre qu'il n'a pas tout dit.

"Je n'ai vécu que pour ce livre en fait, confie-t-il à RTL. J'ai fait d'autres choses mais j'ai vécu pour ce livre. Je travaille à ce livre depuis 4 ans. Je l'ai commencé avant d'être malade, je l'ai poursuivi lentement à l'hôpital et je l'ai terminé dans les deux dernières années. J'ai beaucoup travaillé dessus [...] C'est une vie qui est dans ce livre". Et quelle vie !

Le château familial de Saint-Fargeau, l'agrégation de philo, l'Académie, Le Figaro, les succès, les honneurs, les plaisirs, Jean d'Ormesson revient sur tout ce que l'on connait de son parcours avec le mélange de frivolité et de profondeur qui fait son élégance mais, est-ce que vous saviez, par exemple, que Jean d'Ormesson avait fait son service militaire chez les bérets rouges, les paras ? "On sautait par la porte et naturellement on sautait dans le vide. C'est compliqué. On saute par stick, un stick c'est 12 ou 15 types et chacun pousse celui qui est devant. Et moi, moitié par amitié, moitié par ironie parce que j'étais un intellectuel, ils m'ont dit : 'Toi on ne te poussera pas. Tu sauteras si tu veux'. Et je me suis dit : 'Si tu ne sautes pas je suis déshonoré' et j'ai sauté. Sauter en parachute, c'est très très amusant."

Il y a bien quelqu'un qui a foutu la merde dans la famille c'est moi

Jean d'Ormesson

On rit très souvent, à la lecture des souvenirs de Jean d'Ormesson, exemple, l'énigmatique et inquiétante visiteuse qui se présente à lui juste après sa nomination à la tête du Figaro. "Tout le monde sait qu'en 1914, Caillaux était au pouvoir. Le Figaro avait publié des lettres un peu compromettantes pour lui et le directeur du Figaro s'appelait Calmette et Madame Caillaux est venue dans le bureau de Calmette et l'a tué. J'arrive au Figaro, c'était en janvier 1974. L'huissier me dit il y a une dame qui demande à être reçue et me tend une carte de visite sur laquelle il y avait marqué Madame Joseph Caillaux. Elle est entrée et j'ai tout de suite reconnu Jean Dutourd déguisé en femme avec un pistolet à eau à la main."

La confidence est parfois plus douloureuse quand Jean d'Ormesson regrette de ne pas avoir été à la hauteur de l'affection et des attentes de son père. "Il y a bien quelqu'un qui a foutu la merde dans la famille c'est moi et évidemment mon père est mort persuadé que j'étais un voyou, un bon à rien, que j'étais perdu et c'était une déchirure pour moi. Je suis sûr que si je suis rentré à l'académie, si je me suis marié, si j'ai été directeur du Figaro, c'est pour dire à mon père : 'Tu vois ces institutions je suis venu à bout d'elles.'" On est frappé par la place prépondérante qu'occupe son père dans le livre de Jean d'Ormesson, un homme, il est vrai, dont la droiture et l'honnêteté forcent le respect.

Jean d'Ormesson revient sur son mystérieux tête-à-tête avec François Mitterrand en 1995 juste avant la passation de pouvoir avec Jacques Chirac. On n'a jamais su dans le détail ce que le président et l'académicien s'étaient dit, Jean d'Ormesson avait déjà lâché quelques confidences, il en livre une nouvelle dans ses mémoires. "Il m'a dit des choses aimables sur mes livres et il m'a dit : 'Vous aviez tort de vous occuper de politique, vous n'avez même pas compris que j'avais mis les communistes au pouvoir pour les détruire. Il m'a dit : 'Il n'y a que deux personnes qui ont mis les communistes au pouvoir pour les détruire c'est De Gaulle et moi et peut-être aussi d'ailleurs Jean-Paul II.''"

Le procès de lui-même par lui-même

Les personnalités croisées et évoquées par Jean d'Ormesson sont innombrables mais qu'elle est celle qui, au bout du compte, l'a le plus impressionné ? "C'est Aragon. C'était un adversaire politique mais ça n'avait aucune importance, c'était un tel génie littéraire."

Jean d'Ormesson signe des souvenirs pleins d'allégresse notamment parce qu'il a choisi de les raconter sous une forme très originale. 
Le procès de lui-même par lui-même, l'accusé Jean d'Ormesson se soumet à l'interrogatoire du procureur Jean d'Ormesson, ça donne un échange vif, spirituel et ironique entre Jean des plaisirs et Jean des devoirs. Le second ne cessant d'apostropher de manière peu flatteuse le premier, échantillons : vermisseau des marécages, pédant de café-concert, philosophe de nursery ou torrent de suffisance ! Astucieux Jean d'Ormesson qui fait de l'autoflagellation, la plus raffinée des séductions. Et au moment de conclure, l'académicien en revient encore et toujours à Aragon. "Je dirai malgré tout que cette vie fut belle", le vers d'Aragon qui donne son titre au livre de jouvence de Jean d'Ormesson.

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REPLAY - C'est le plus alerte, le plus gai, le plus jeune des 476 nouveaux livres de ce début d'année, et il est signé par le doyen de cette rentrée, Jean d'Ormesson, 90 ans, qui publie "Je dirai malgré tout que cette vie fut belle".
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2016-01-07 09:14:09
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