Un rapport "explosif" décrypte le maquillage des statistiques de la délinquance

Un rapport met au grand jour les pratiques de dissimulation des chiffres réels de la délinquance à Paris et dans la petite couronne, surtout entre 2008 et l'arrivée de Manuel Valls au ministère de l'Intérieur.

Un policier patrouille dans les rues de la Zone de Sécurité Prioritaire de Sarcelles, le 13 janvier 2014 (illustration)
Crédit : AFP / PATRICK KOVARIK
Un policier patrouille dans les rues de la Zone de Sécurité Prioritaire de Sarcelles, le 13 janvier 2014 (illustration)

L'Inspection générale de l'administration (IGA) vient de boucler un rapport qualifié de "très sensible" par plusieurs sources policières, et d'"explosif" par un haut fonctionnaire. Son contenu ? Le décryptage du maquillage des statistiques de la délinquance qui a eu cours à la préfecture de police de Paris pendant des années. Si ces méthodes ont fortement diminué depuis l'arrivée de Manuel Valls à l'Intérieur, elles ont aussi perduré par endroits, révèle le rapport.

Ce rapport, dont l'AFP et Europe 1 ont pu consulter des extraits ce lundi 3 mars, a été commandé par le préfet de police de Paris Bernard Boucault en septembre 2012. Il avait pour objet d'établir un état des lieux des pratiques d'enregistrement des faits de délinquance à Paris et dans la petite couronne. Mais les auteurs de ce rapport, en se plongeant dans les méandres du recueil statistique policier, ont mis à nu un système mis en place depuis plus d'une dizaine d'années et monté en puissance à partir de 2008, visant à minorer la délinquance.

Des cambriolages transformés en faits moins graves


Minoration des faits (un cambriolage enregistré comme une dégradation par exemple), report (les services stoppent l'enregistrement des plaintes avant la fin du mois), ou même destruction pure et simple de certains faits, sont pointés comme les principales techniques utilisées. Le rapport évoque notamment près de 16.000 faits de délinquance disparus en 2011 à Paris, selon une source proche du dossier. A l'époque, la préfecture de police de Paris était dirigée par Michel Gaudin, un fidèle de l'ex-président Nicolas Sarkozy.

Ce document fait écho à un autre rapport de l'IGA publié en juillet 2013 qui avait conclu à la disparition entre 2007 et 2012 de près de 130.000 faits de délinquance sur l'ensemble du territoire, des "anomalies" que l'IGA attribuait à la politique du chiffre pratiquée sous Nicolas Sarkozy. Ce document accablait déjà la préfecture de police de Paris (PP), les rapporteurs ayant noté que depuis 2006 ou 2007, "perdurait dans la capitale une pratique de report systématique".

Une dissimulation dénoncée par Manuel Valls


Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a de nombreuses fois attaqué la droite sur la dissimulation de ces chiffres, insistant sur une exigence de transparence. Mais si ce nouveau rapport confirme bien l'escamotage organisé des statistiques à la préfecture de police de Paris, un système qui s'est accéléré en 2008, il atteste également de la persistance de mauvaises pratiques dans certains services, au moins jusqu'à l'été 2013, soit un an après l'arrivée de Bernard Boucault nommé par Manuel Valls.

"Le rapport note la fin du report. Mais c'est vrai, certains commissaires ont fourni des réponses étonnantes. En fait, il semble difficile pour certains de rompre avec des habitudes qui avaient été établies pendant des années", explique un haut fonctionnaire à la PP. "Mais les consignes données par le préfet sont très claires, ces pratiques, qui ont diminué comme le note le rapport, doivent cesser", a-t-il souligné.

Le rapport cite l'exemple d'un commissaire parisien reconnaissant qu'il notait sciemment, y compris depuis les nouvelles directives du préfet, toutes les tentatives de cambriolages dans la rubrique des dégradations, afin de "ne pas faire exploser les chiffres". Un commissaire de banlieue parisienne a également expliqué aux rapporteurs classer toutes les tentatives de cambriolages en dégradations lorsqu'il n'y a pas de préjudice car, selon lui, "les magistrats ne poursuivent pas, alors, pourquoi se tirer une balle dans le pied ?"

Dans un commissariat parisien, les délits de vente à la sauvette "ne sont plus du tout annexés" depuis février 2013, écrivent les rapporteurs, "en raison de leur volume très élevé". "Cela a été corrigé", a affirmé le haut-fonctionnaire de la PP. Ces anomalies "sont sur le point d'être définitivement réglées", a ajouté ce haut fonctionnaire, notamment avec le déploiement fin avril d'un nouveau logiciel d'enregistrement.

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Un rapport "explosif" décrypte le maquillage des statistiques de la délinquance
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Un rapport met au grand jour les pratiques de dissimulation des chiffres réels de la délinquance à Paris et dans la petite couronne, surtout entre 2008 et l'arrivée de Manuel Valls au ministère de l'Intérieur.
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2014-03-03 09:12:00
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