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Trois pistes pour améliorer la formation des imams de France

Des universitaires ont remis au gouvernement un rapport contenant des propositions visant à mieux former les imams, notamment face aux discours radicaux.

Des élèves présents lors de la première formation universitaire destinée aux imams, à Paris, en 2008
Des élèves présents lors de la première formation universitaire destinée aux imams, à Paris, en 2008 Crédit : CHAMUSSY/SIPA
Léa Stassinet

"Dans ce domaine, la France est dans une situation de faiblesse par rapport à ses voisins. Dès lors que l'on s'adresse à des fidèles, il faut être formé". Ce constat, Bruno Le Roux, le ministre de l'intérieur, est loin d'être seul à le partager. C'est pourquoi trois universitaires ont travaillé sur une série de propositions concernant la formation des imams de France, remises au gouvernement jeudi 17 mars. 

Cette mission, lancée dans le cadre des chantiers sur l'islam ouverts fin août 2016 après la série d'attentats perpétrés en France, a été menée par l'historienne Catherine Mayeur-Jaouen, la juriste Mathilde Philip-Gay et l'islamologue Rachid Benzine. Ce rapport était très attendu, notamment parce que "les fidèles sont de plus en plus jeunes et sont en recherche d'informations sur l'islam par d'autres moyens, comme internet", a souligné Bruno Le Roux

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Qualifiée de "nécessité impérieuse" par le ministre de l'Intérieur, la formation des imams est une question essentielle dans notre pays, on l'on compte entre 4 et 5 millions de musulmans et 2.500 mosquées. C'est pourquoi les 1.800 imams en exercice doivent être encadrés, ce qui est peu le cas actuellement. Leur statut n'est pas défini, leur travail est mal rétribué et peut parfois être bénévole, et surtout, leur niveau de formation se révèle très variable. D'autre part, on trouve en France 300 imams permanents "détachés"  par leur pays d'origine, à savoir la Turquie, l'Algérie et le Maroc, mais ces derniers ne parlent pas toujours le français et représentent "un islam des consulats" que l'État cherche à effacer. 

Des partenariats entre universités et instituts de formation d'imams

Il existe cependant des formations privées en théologie ou droit musulman, dispensées par exemple à l'institut Al-Ghazali (Grande Mosquée de Paris), mais les sciences humaines y sont peu développées. C'est pourquoi l'une des pistes évoquées dans ce rapport consiste en la création de "partenariats" ou "bi-parcours" entre universités et instituts de formation d'imams. Cela permettrait "d'améliorer le niveau des instituts privés avec davantage de cours de sciences humaines et la création de centres de recherches", explique l'un des rapporteurs du texte, Rachid Benzine, à L'express. Selon lui, il est impossible d'étudier correctement "les textes religieux sans connaître les outils universitaires, philologiques ou anthropologiques". 

Allonger la formation des diplômes universitaires

Autre mesure préconisée dans le rapport, le développement des diplômes universitaires renforcés (DU, ndlr) sur le fait religieux et la laïcité créés il y a quelques années. Financés par le ministère de l'Intérieur, on en compte 14 à travers le pays. Le texte propose d'allonger le temps d'étude, pour permettre une formation plus complète au "contexte socio-historique, au droit et aux institutions de la France", à la "gestion d'institutions cultuelles" et à une "approche universitaire du fait religieux". "Pour éviter les discours extrémistes de certains imams, il faut absolument développer l'histoire et l'anthropologie de l'islam, pour réinscrire chaque texte dans la société dans laquelle il a été écrit", précise Rachid Benzine. 

Création d'un "campus numérique"

Enfin, dernière proposition phare des trois universitaires : la mise en place d'un "campus numérique", qui rassemblerait toutes les ressources disponibles sur l'islam. Il permettrait ainsi d’offrir "une base d’informations fiables et diversifiées, ainsi qu’une politique d’édition et de traduction (manuels, recueils de textes bilingues pour l’enseignement)", détaille le communiqué de Najat Vallaud-Belkacem et Bruno Le Roux, les deux ministres destinataires du rapport. 

Du côté de la place Beauvau, on affirme vouloir "aller vite dans la mise en oeuvre du rapport". Le ministère compte d'ailleurs lancer "une première génération de partenariats dès la rentrée 2017". Les universités Paris 1, Lyon 3 ainsi que celle La Réunion, qui se sont portées volontaires, devraient être les premières à expérimenter le dispositif. 

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Des universitaires ont remis au gouvernement un rapport contenant des propositions visant à mieux former les imams, notamment face aux discours radicaux.
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2017-03-17 16:10:47
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