Philippe de Villiers égratigne Sarkozy, Juppé et la classe politique française dans son nouveau livre

DOCUMENT RTL - Dans "Le moment est venu de dire ce que j'ai vu", le président de Mouvement pour la France, règle quelques comptes et réaffirme ses convictions.

Philippe de Villiers pourrait faire partie du cabinet fantôme de Marine Le Pen
Crédit : ALAIN JOCARD / AFP
Philippe de Villiers pourrait faire partie du cabinet fantôme de Marine Le Pen

Dans un livre à paraître le 1er octobre, Philippe de Villiers revient sur près de trente ans de vie publique, réaffirme ses convictions, y compris les plus polémiques (sur "l'islamisation" de la France par exemple) et règle quelques comptes. L'ancien député de Vendée et candidat à la présidentielle 2007 dresse ainsi un tableau peu reluisant des trois principaux prétendants à la primaire présidentielle à droite. Quelques extraits en avant-première de Le moment est venu de dire ce que j'ai vu (éditions Albin Michel).

Nicolas Sarkozy à la recherche de "courants d'air chaud"

Dans un chapitre intitulé "Nicolas, le lapin-tambour", De Villiers décrit un Nicolas Sarkozy sous l'emprise de Patrick Buisson, son conseiller maurassien du temps de l'Elysée.

"Le sarkozysme a changé la politique. Il a installé un nouveau modèle d'homme public. (…) Ce qui compte c'est la force de l'instant. Le mot qui fait mouche. Et qu'on oubliera l'instant d'après. (…) Pendant les campagnes présidentielles (…) il cherche les courants d'air chaud. Quand il se sent perdu, il hèle celui qu'il appelle 'l'alchimiste', le docteur Buisson. Alors il s'installe en face de lui, le boîtier à la main. Il s'absente de lui-même. Il est tout en frémissement, tout en candidature, prêt à tout entendre, prêt à tout répéter".

"Il ne croit pas à l’oeuvre du temps. Il croit que la politique, c’est le mouvement perpétuel. Il pense vraiment, comme un ludion électronique qui toupille et pirouette, qu’il faut tout changer, renverser la table (…) Comme si la France, un vieux pays fragile, chargé d’histoires sédimentées, ressemblait à l’Amérique. Le Sarkoland incarne d’une manière emblématique cette nouvelle génération politique qui n’est plus adossée à la France mais à la post-modernité. Tout ce qui est pérenne devient sujet à dérision. Tout ce qui demeure apparaît suspect. On change de chaîne, on change de mœurs, on change de produit, on change de président : on a eu Sarko, on a Hollande. Savon cric, savon crac. Un tabouret chasse l’autre. Les deux compères n’ont que le mot 'réforme' à la bouche : en fait de réforme, ils entendent adapter la société aux contraintes extérieures. Quitte à détruire les tissus conjonctifs et à répandre l’injustice".

Quand le Premier ministre Fillon fait attendre le président Sarkozy

Si François Fillon est son "ami", c'est tout de même un homme "sans aspérités". "Fillon a la culture du secret. Il se livre peu. Il a été élevé à Solesmes (abbaye de la Sarthe, fief de François Fillon, ndlr). Il en a gardé l'air onctueux. Il est monocorde et pratique le silencieux", écrit Philippe de Villers qui relate également deux discussions avec l'ancien Premier ministre, révélatrice de la tension qui régnait avec Nicolas Sarkozy.

Il n’a qu’à me traiter autrement ! Chaque jour est une humiliation.

François Fillon, à propos de Nicolas Sarkozy

"Je me souviens d’un déjeuner, le 9 octobre 2008, à Matignon. Ce jour-là j’ai découvert que, derrière l’homme placide et impeccablement peigné, avec sa raie de premier communiant, il y avait une nature fragile, éruptive, explosive. Nous déjeunions sur la pelouse, tout près du pavillon de musique. Dès l’apéritif, son portable s’est mis à vibrer. Le visage crispé, il s’abandonne un instant : 
– C’est Sarko. Il attendra. 
– Tu fais attendre le président ? 
François, visiblement excédé, me répond : 
Il n’a qu’à me traiter autrement ! Chaque jour est une humiliation.
Le portable sonne de nouveau. Je suis stupéfait. Quelle ambiance ! Voyant ma surprise, il m’explique, fourchette en l’air, que Sarko ne respecte que les rapports de force. En souriant, je lui glisse : 
– Tu es devenu méchant ?... 
– Non, au contraire, je suis trop gentil. Si je lui faisais du mal, alors il me respecterait !
Je suis effaré par tant d’animosité entre les deux hommes. En partant, il me glisse à voix basse un précepte de son mentor Le Theule : 
– Tu sais Philippe, en politique, pour nuire, il faut être proche…
Quelques mois plus tard, le 10 novembre 2009, il m’invite à déjeuner de nouveau sans autre raison apparente qu’amicale. Il s’en prend à ma naïveté en s’agaçant : 
– Depuis que tu es dans le Comité de liaison de la majorité, je t’observe, tu as l’air tout coiffé de Sarko. Tu devrais faire attention. C’est un monteur de coups redoutable. Il va t’utiliser.
Alors il penche la tête, l’air désolé, avec son visage de jeune homme candide et offusqué. Il hésite un instant et, en frappant sur la table avec le manche de son couteau, il finit par me livrer cette confidence : 
– Tu verras, Philippe, ça finira mal. C’est Sarko qui fera tomber Sarko. Il fait n’importe quoi et multiplie les imprudences. Je le lui dis pourtant, mais il ne m’écoute pas. 
– Il y a des affaires embêtantes ? 
– Sarko répète toujours à propos de Villepin : il finira pendu par moi à un croc de boucher. Eh bien, moi, je te dis, Philippe : si ça continue, c’est Sarko qui finira à un croc de boucher. Et c’est la Justice qui l’accrochera. Elle sait tout."

Alain Juppé ou la "dhimmitude de l'esprit"

Alain Juppé n'échappe pas à son jugement acéré. Il fait partie des "élites aveugles ou pétrifiées devant le risque d'une confrontation".

"Nos hommes politiques, sourds à l’appel de l’Orient chrétien martyr et aux leçons des attentats du 7 janvier, sont devenus des dhimmis en puissance. Ils portent le cilice et pratiquent la repentance. Interrogé par Libération, Alain Juppé, qui se vante de n’avoir jamais lu le Coran, s’est indigné que des mères portant le voile islamique ne puissent pas accompagner les sorties scolaires. Il en appelle à sa propre mère : 'Quand ma maman allait à la messe, elle portait un foulard'. Ainsi ose-t-il invoquer les racines chrétiennes de la France pour mieux justifier le port du voile islamique, qui n’a rien à voir avec un foulard. Subversion totale de l’histoire de France par des élites aveugles ou pétrifiées devant le risque d’une confrontation. Nos élites ont accepté, par avance, leur diminutio capitis. Afin de s’acclimater à l’esprit de dhimmitude, elles pratiquent au jour le jour la dhimmitude de l’esprit. Nous sommes dans une inversion logique absolue : à chaque fois que l’islamisme frappe, nos élites déclarent l’urgence pour prendre des mesures contre 'l’islamophobie'. T. Ramadan peut rire sous cape. Le fruit est mûr".

De Villiers agite le chiffon d'une "islamisation" de l'Europe

"Nous assistons à l’islamisation douce de l’Europe, qui s’opère du fait de notre double asthénie, religieuse et sexuelle. Un philosophe lucide, Fabrice Hadjadj, a très bien pénétré cette nouvelle réalité : 'Nous croyons à tort que les mouvements islamistes sont des mouvements pré-Lumières, qui découvriront bientôt les splendeurs du consumérisme. En vérité, ce sont des mouvements post-Lumières. Ils savent que les utopies humanistes, qui s’étaient substituées à la foi religieuse, se sont effondrées'. Le relativisme libertaire et le nihilisme nous portent vers une impasse. Ce n’est plus seulement un pan de mur qui est tombé. C’est un mur porteur. En reniant ses racines chrétiennes, la France oublie la civilisation qui l’a pétrie. Et le Pouvoir est vide".

On découvre un Philippe de Villiers pas vraiment "Charlie"

"Si on dessine des caricatures du Prophète et qu’on parle depuis Charlie, on a droit à la liberté d’expression ; mais si on pose une question sur l’islam, on est poursuivi pour islamophobie. Désormais, à tour de rôle, les mandarins de la repentance et les bien-pensants de la médiacaste, qui, ensemble, ont contracté la fièvre cafteuse, veillent nuit et jour. Ils font les cent pas, autour du carré interdit : 'homophobe, islamophobe, xénophobe, europhobe'. Ces épithètes ne sont plus seulement infamantes, elles désignent des fautes pénales, selon la formule : 'L’islamophobie n’est pas une opinion, c’est un délit'. Un mot de trop, et c’est le tribunal. Plus personne n’ose s’approcher de la 'cage aux phobes'. Si nous avons aujourd’hui une classe politique aseptisée, essorée, dévitalisée, sous vide, c’est que la parole n’est plus libre ; il faut tourner sept fois la langue dans le micro-ondes".

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par Benjamin SportouchJournaliste RTL
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2015-09-25 07:16:31
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