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Sotchi - Prisonniers politiques, homosexualité : pourquoi il ne faut pas croire Poutine

CHRONIQUE - Madeleine Leroyer, envoyée spéciale de "RTL" à Sotchi pour les JO d'hiver 2014, a mené l'enquête sur l'opération de séduction de Vladimir Poutine pour "On n'est pas dupe".

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"On n'est pas dupes" de l'opération de séduction de Poutine avant Sotchi Crédit Image : ALEXEY NIKOLSKY / RIA NOVOSTI / AFP | Crédit Média : Madeleine Leroyer | Durée : | Date :
Madeleine Leroyer et Gregory Fortune

Ces dernières semaines, Vladimir Poutine a multiplié les gestes, notamment en libérant plusieurs prisonniers politiques, pour faire taire la polémique autour des droits de l'homme en Russie. Faut-il croire à ces gestes de bonne volonté ?

Il reste des dizaines de prisonniers politiques

"Clairement, non, répond Madeleine Leroyer, envoyée spéciale de "RTL" à Sotchi. Vladimir Poutine s’est débarrassé des cas les plus médiatiques. Il a effectivement amnistié les Pussy Riots, ces jeunes femmes qui avaient chanté une prière punk anti-Poutine dans la plus grande cathédrale de Moscou. Il a aussi gracié Mikhaïl Khodorkovski, son ennemi juré. Mais Il reste des dizaines de prisonniers politiques. Selon l’Union de solidarité avec les prisonniers politiques, on recense, depuis 2008, 240 condamnations politiques. À ce jour, 43 personnes sont emprisonnées et 17 en attente de jugement". 

Les anneaux ne doivent pas cacher les barreaux

Stephan Obbereit, directeur France d’Amnesty International
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Les JO : un écran de fumée. C’est ce que dénonce Stephan Obbereit, directeur France d’Amnesty International, en mission en Russie. "Les anneaux ne doivent pas cacher les barreaux. Derrière ces Jeux Olympiques, il y a une réalité. Aujourd’hui nous avons à nouveau un retour des prisonniers de conscience, des prisonniers politiques. Donc des gens qui n’ont absolument rien à faire en prison et qui doivent être libérés immédiatement et de façon inconditionnelle".

Un cas est particulièrement inquiétant : celui des "prisonniers du 6 mai", des anonymes qui ont manifesté contre Vladimir Poutine le 6 mai 2012. Ils sont 11, emprisonnés depuis plus de 18 mois dans l’attente de leur jugement. On les accuse de troubles à l’ordre public et de violences contre les forces de l’ordre. Les dossiers sont vides, mais ils n’en risquent pas moins jusqu’à 13 ans de prison.

Pour le pouvoir russe, l'homosexualité est une maladie, rien d'autre

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Concernant les droits des homosexuels, Vladimir Poutine affirme qu'il n'y a pas à s'inquiéter. Est-ce vrai ? "Tout au contraire, explique Madeleine Leroyer. Dans les faits, la Russie a adopté en juin une loi qui interdit la "propagande" de l’homosexualité auprès des mineurs. Ce texte permet de condamner des personnes physiques ou morales. Exemple, un journal pour jeunes de Vladivostok vient d’être condamné à une amende équivalente à 1.000 euros. Sa faute, avoir publié une interview comprenant cette phrase : "La façon dont je vis prouve qu’être homosexuel est parfaitement normal". Or, pour le pouvoir russe, l'homosexualité est une maladie, rien d'autre.

Mais concrètement, y a-t-il une chasse aux homosexuels ? "Pas une chasse officielle, détaille la journaliste. Il faut plutôt voir dans cette loi un appel à dénoncer. Ce qui est concret, en revanche, c'est la campagne de harcèlement contre les associations gays, réduites au silence. Autre élément : le matraquage médiatique organisé par le pouvoir. Voici les directives de l’Agence fédérale russe de surveillance des communications et des médias. Pour cette agence, présenter les homosexuels autrement que comme des "déviants", c’est déjà faire de la propagande homosexuelle.

Mettre des amendes aux gays quand ils font de la propagande, ce n’est pas assez

Dmitri Kisilev, journaliste politique russe
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Résultat, les vannes sont ouvertes. Voici par exemple ce qu’on entend en prime-time sur la chaîne publique Rossiya Odin. C’est l’une des signatures de la chaîne, Dmitri Kisilev, l’équivalent de notre Arlette Chabot, qui parle : "Mettre des amendes aux gays quand ils font de la propagande, ce n’est pas assez. Il faut leur interdire le don de sang et de sperme. Et en cas d’accident de voiture, il faut que leurs cœurs soient enterrés ou brûlés car ils sont inaptes à transmettre la vie".

Et on ne se contente pas de mots. Les actes aussi sont là. Depuis un an, des groupuscules néo-nazis russes traquent les homosexuels sur Internet, sous couvert de chasse aux pédophiles. À la clef, des séances d’humiliation, filmées et postées sur Internet. Il y a ainsi des dizaines de groupes à travers le pays. Aucun d’entre eux n’a jamais été condamné.

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