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Premier League : et si Leicester n'était que le premier champion "surprise" ?

ÉCLAIRAGE - Le titre surprise de champion d'Angleterre de Leicester pourrait bien ne pas être le dernier, avec l'explosion des droits télévisés et la meilleure gestion des recrutements de certains clubs.

Riyad Mahrez le 6 février 2016 lors de Manchester City-Leicester
Riyad Mahrez le 6 février 2016 lors de Manchester City-Leicester Crédit : Action Images / Panoramic / Jason Cairnduff
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

C'est sans conteste un événement majeur dans le football mondial. Lundi 2 mai 2016, le match nul 2-2 entre Chelsea et Tottenham a offert le titre de champion d'Angleterre à une modeste équipe censée jouer le maintien en début de saison, Leicester. Les Foxes l'ont fait, au nez à la barbe des clubs les plus riches de la planète, devant Manchester United, Manchester City, Arsenal, Liverpool et Tottenham. C'est peu dire que l'équipe, avec ses 80 millions d'euros, a créé un véritable séisme dans le royaume autant qu'un élan de sympathie partout ailleurs.

Armée de joueurs issus de divisions mineures en Europe et de vieux briscard pas forcément habitués au haut de tableau, l'escouade de Claudio Ranieri a tenu le choc jusqu'au bout. Mais au-delà de cette surprise, la Premier League, qui va entrer dans l'ère du contrat de droits télévisuels le plus élevé de l’histoire, ne va-t-elle pas en fin de compte voir ce genre de scénario devenir récurrent ? De manière cyclique, les équipes bâties à coups de de millions ne seront-elles pas capables, à la fin d'un projet global bien construit, de faire régulièrement la nique aux fameux "Big Four" ?

De l'argent à foison pour le recrutement

La saison 2016-2017 sera un véritable tournant pour la Premier League. Le championnat d'Angleterre entrera dans une période faste durant laquelle il touchera 7 milliards d'euros de droits télévisés sur 3 ans, entre 2016 et 2019. Un jackpot qui fera du dernier du championnat l'heureux bénéficiaire d'un virement d'environ 136 millions d'euros, de quoi faire passer la pilule de la relégation. Depuis la saison 2015-2016, l'explosion des droits à l'étranger à plus d'un milliard d'euros avait déjà permis à des clubs comme West Ham ou Aston Villa de venir surenchérir sur des talents confirmés comme Dimitri Payet (de l'OM aux Hammers pour 15 millions d'euros) et des espoirs loin d'être confirmés tels Jordan Verertout (de Nantes à Villa pour 10 millions d'euros). Une tendance qui ne fera que croître et qui a déjà donné quelques signes d'un changement qui pourrait bien intervenir. 

Leicester champion, c'est la prime à la bonne gestion, tant technique que managériale, en commençant par le recrutement. En allant chiper N'Golo Kanté à l'OM, qui lorgnait l'été dernier sur le milieu de Caen. Un légère surenchère à 8 millions d'euros (l'OM en avait proposé 6), et voilà le joueur passé par d'obscures divisions devenu en une saison le meilleur milieu de terrain d'Angleterre, et international tricolore avec un billet validé pour l'Euro. Riyad Mahrez, lui aussi joueur technique mais pas flamboyant en Ligue 2, est devenu le meilleur joueur de la saison en Angleterre. Fuchs et Okazaki, venus de Bundesliga, ont été des valeurs ajoutées à l'inattendu champion. 

Le risque de tomber dans la surenchère systématique

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Les clubs anglais peuvent aujourd'hui se permettre beaucoup de choses en matière de recrutement, et peu importe s'ils sont de niveau moyen. Car la surface financière d'un club du ventre mou sera peu ou prou la même que celle de l'Atlético Madrid, dont le budget tourne autour de 250 millions d'euros. Imaginez un peu un club capable de monter une équipe comme celle du demi-finaliste de la Ligue des champions, avec un budget 3 fois supérieur à celui de Leicester. De quoi faire trembler les habitués aux titres et à la qualification en C1. La Premier League va donc pouvoir jouer au Monopoly avec les championnats européens comme cibles pour leur shopping. De quoi venir épisodiquement troubler l'hégémonie des mastodontes, lesquels auront aussi des moyens démultipliés. 

Mais attention à ne pas tomber dans un piège que connait déjà l'Angleterre, celui de payer n'importe qui trop cher. À l'image d'Andy Carroll, recruté 40 millions d'euros par Liverpool en 2011 en provenance de Newcastle et qui n'a jamais atteint les 10 buts en championnat sur une saison. Car ce n'est pas parce que l'argent coulera à flot qu'il sera entre les mains de bons gestionnaires avisés en matière de football. N'est pas le FC Séville ou le FC Porto qui veut, pour savoir dénicher des pépites. Mais ces derniers vont se régaler en au moment de la revente. Ainsi, pour un N'Golo Kanté, il y a encore trop de Jordan Ayew, Florian Thauvin ou Christian Benteke, tous payés beaucoup trop chers pour un rendement insuffisant. Il faudra d'abord faire en sorte de miser sur les bons décideurs, et là encore les exemples commencent à fleurir. 

Se tourner vers l'étranger pour le choix des managers

Le 8 août 2015, pour ses début en championnat, Leicester voit s'asseoir sur son banc un gros nom du coaching européen, Claudio Ranieri. Déjà auteur d'excellentes performance avec l'AS Monaco, surtout en termes de jeu et en titillant jusqu'au bout le PSG, l'ancien entraîneur de Chelsea est venu épauler une équipe peu reluisante. Mais avec une vraie science tactique, un savoir-faire reconnu pour exploiter au maximum les talents des joueurs et trouver le système idoine, il a fait de Vardy une machine à but et de Mahrez un électron libre intouchable qui a plané sur le plus gros championnat de la planète. Preuve s'il en est qu'un entraîneur compétent est primordial dans la gestion d'une équipe. 

À West Ham aussi il était temps de faire les choses correctement. Exit les Sam Allardyce, Alan Pardew et autres Harry Redknapp, qui sont le symbole d'une école anglaise encore trop fermée en matière tactique et surtout qui mise sur son chéquier et pas sur une vision du football et un scouting accru des recrues. Le Croate Slaven Bilic est venu sur le banc et l'équipe est devenue spectaculaire, attractive et candidate au top 5. Idem à Liverpool, spécialiste des transferts ratés depuis plusieurs années et qui a fait le ménage en mettant l'Allemand Jürgen Klopp sur son banc à la place de Brendan Rodgers. Autre exemple, Mauricio Pochettino, Argentin aux manettes du renouveau de Southampton, a fait de Tottenham un candidat au titre, avec un jeu léché et des joueurs révélé. Les boards de Premier League se tournent donc vers l'étranger, comme City, Arsenal et Chelsea, afin de s'assurer que le magot ne se transforme pas en cadeau empoisonné. De quoi singulièrement agrandir le "Big Four". 

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