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Mercato : pourquoi les prix des transferts s'envolent

DÉCRYPTAGE / INTERVIEW - Face à l'explosion des droits audiovisuels de la Premier League, les clubs anglais n'hésitent pas à sortir le chéquier pour convaincre et faire des affaires avec des clubs bien moins lotis et des joueurs à la recherche de meilleurs contrats.

Raheem Sterling, à gauche sous les couleurs de Liverpool, au duel avec Cesc Fabregas de Chelsea, le 8 novembre 2014
Raheem Sterling, à gauche sous les couleurs de Liverpool, au duel avec Cesc Fabregas de Chelsea, le 8 novembre 2014 Crédit : PAUL ELLIS / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

Plus que jamais, les prix de ce mercato estival s'envolent. Les transferts qui dépassent allègrement les 25 millions d'euros sont légion depuis le 9 juin dernier, date d'ouverture du marché dans la plupart des championnats européens. En voici un échantillon : Roberto Firmino à Liverpool pour 41M€, Geoffrey Kondogbia à l'Inter pour 40M€, Morgan Schneiderlin à Manchester United pour 35M€. Sans oublier la tête de liste pour l'instant, entrée dans le top 10 des plus grosses transactions du football : Raheem Sterling, passé de Liverpool à Manchester City pour 68M€ environ, selon la presse anglaise.

Ce n'est pas un hasard si cette inflation touche en grande partie des transactions conclues avec des clubs anglais. Ces derniers bénéficient d'énormes droits audiovisuels. Rien que pour la saison 2014-2015, le champion Chelsea a touché 138 millions d'euros de recettes lors de la répartition. C'est presque trois fois plus que le PSG, tenant du titre en Ligue 1, qui a obtenu 48,5M€. Même le dernier de la première division anglaise, Queens Park Rangers, gagne le double (91M€). Des écarts qui vont s'accroître encore plus. Les Anglais sont en effet assurés de décrocher le jackpot puisque les chaînes Sky et BT ont renouvelé leurs droits de la Premier League pour 6,92 milliards d'euros sur la période 2016-2019, au lieu de 3,7 milliards auparavant. Du jamais vu dans le football mondial.

Grâce à ce pactole, les clubs peuvent donc sortir le chéquier sans crainte, faire craquer les vendeurs à coups de millions et devancer des concurrents étrangers sur les transferts de certains joueurs. Avec une telle force de frappe, même quelques seconds couteaux s'immiscent dans les opérations de clubs comme le PSG. Sur le dossier Benjamin Stambouli, les dirigeants parisiens, avant de boucler la transaction, ont vu l'une de leurs offres (7M€) être refusée par Tottenham alors que le promu Watford n'a eu aucun mal à proposer la somme demandée.

Le marché des jeunes joueurs en plein boom

D'une manière générale, toutes les grandes équipes semblent avoir tout intérêt à poursuivre leur stratégie agressive de recrutement. D'abord d'un point de vue sportif mais aussi sur le plan économique. Car il faut également prendre en compte les revenus marketing qui peuvent découler de l'achat d'une vedette ou sinon la possibilité de retour sur investissement en cas de transfert d'un grand espoir. C'est d'ailleurs pourquoi ce ne sont pas forcément des noms connus du grand public qui s'arrachent à prix d'or.

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"Pour continuer leur modèle économique qui marche fort, les grands clubs se doivent d'avoir de très grands joueurs ou des joueurs en devenir. C'est un cercle vertueux. Il y a aussi une hausse des prix des jeunes car il y a une volonté de faire des affaires à la revente. Il y a 10 ans, il n'y avait peut-être pas cette volonté d'acquérir ce type de joueurs. Aujourd'hui, il y a une bulle spéculative où on présuppose la valeur future de ces joueurs en devenir", explique Loïc Ravenel, collaborateur scientifique au Centre international d'étude du sport (CIES) de Neuchâtel, à RTL.fr.

Que font les clubs français ? Ils espèrent que leurs joueurs partiront à l'étranger, si possible en Angleterre

Bernard Caïazzo
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Si cette nouvelle donne économique fait grincer quelques dents, d'autres y voient une "opportunité", à l'instar de Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique Lyonnais. "C'est un appel d'oxygène fantastique et non pas une dérégulation du marché. Les clubs anglais auront un rôle inflationniste dans l'apport d'argent qui va irriguer le football français, performant au niveau de ses académies. Il faudra savoir transférer des joueurs [...] et il faudra former suffisamment de talents pour les remplacer. On peut choisir de vivre sous la dépendance des clubs anglais ou choisir de profiter de leur force économique", disait-il en février dernier à l'AFP.

Bien qu'il existe des indemnités de formation et la contribution de solidarité permettant de rémunérer les anciens clubs d'un joueur en fonction d'un petit pourcentage, Loïc Ravenel reste sceptique : "Encore faut-il que l'argent soit distribué. Le club formateur ne touche quasiment rien. On est sur un football à deux ou trois vitesses et on réduit drastiquement l'élite".

Un marché dans l'attente de l'offre anglaise

En tout cas, la Premier League est très logiquement, au 17 juillet, le championnat le plus dépensier (506M€ selon Transfermarkt) et le plus déficitaire (-209M€) de ce mercato. Il est donc effectivement devenu la poule aux œufs d'or. Et les autres clubs comptent bien en profiter, à la manière de l'OGC Nice qui a monnayé au prix fort le potentiel de Jordan Amavi, parti à Aston Villa pour une quinzaine de millions d'euros. Ce défenseur gauche français de 21 ans n'a pourtant qu'une saison complète de concluante à son actif et n'a que trois sélections avec les Espoirs.

Un tel pari est une conséquence de la segmentation du mercato. "Les grands clubs s'intéressent à une cinquantaine de joueurs. Pour eux, les prix montent. Par ricochet, des joueurs moyens voient leur prix augmenter car les autres clubs se rabattent sur eux", analyse Loïc Ravenel qui constate toutefois que l'inflation des prix ne concerne pas tout le monde : "Une fois éliminé le top 100 des transferts, on s'est aperçu que le marché des autres joueurs stagne, voire diminue. C'est typique du dualisme d'un marché".

Pour Amavi, l'OL, intéressé depuis longue date, a donc souffert de la concurrence anglaise mais aussi, semble-t-il, d'une autre externalité négative liée à cette conjoncture : le ralentissement de ce mercato "très particulier", comme expliqué par Bernard Caïazzo, président du comité de surveillance de l'AS Saint-Étienne. "Que font les clubs français ? Ils espèrent que leurs joueurs partiront à l'étranger, si possible en Angleterre. C'est pour ça qu'il y a une position d'attente générale. Entre vendre un joueur à 1M€ ou 5M€ à l'étranger, le club va attendre pour voir", déclarait-il en juin sur L'Équipe 21.

Les joueurs en profitent aussi

Il n'y a pas que les clubs vendeurs qui tirent leur épingle du jeu. Les joueurs visent eux aussi le gros lot. D'autant qu'il n'a pas fallu attendre les nouveaux droits TV pour voir l'Angleterre offrir de beaux émoluments. En novembre 2014, une étude du Daily Mail montrait qu'un footballeur de Premier League gagnait en moyenne un salaire hebdomadaire de 62.703 €. La Ligue 1 ne peut lutter avec sa cinquième place et ses 27.250 euros.

Alors que les clubs à budgets serrés ont déjà du mal à refuser des offres alléchantes, ils peuvent même se retrouver en position de faiblesse lorsque le joueur en question prend connaissance du contrat lucratif qui lui est proposé. Pour cet été, le cas le plus représentatif est celui de l'international français Dimitri Payet, qui serait passé de 350.000€ bruts mensuels versés par l'OM à 400.000€ hors primes à West Ham. Une situation que le président marseillais Vincent Labrune déplorait dans les colonnes de L'Equipe : "Quand ils vous expliquent que, dans tous les cas, ils veulent les montant offerts par les Anglais, vous faites comment ?" Pour l'instant, la seule réponse trouvée est simple : vendre.

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