4 min de lecture Karim Benzema

Karim Benzema : comment l'attaquant des Bleus fait varier sa défense dans l'affaire de la "sextape"

Karim Benzema a justifié son absence en équipe de France pour l'Euro en déclarant que Didier Deschamps a "cédé à la pression d'une partie raciste de la France".

Karim Benzema ne fait toujours pas partie du groupe de Didier Deschamps.
Karim Benzema ne fait toujours pas partie du groupe de Didier Deschamps. Crédit : AFP / Valéry Hache
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

Karim Benzema s'est attiré les foudres de l'ensemble de la classe politique avec une déclaration faisant directement aux problèmes d'intégration au sein de la société française. À la question du journal sportif espagnol Marca lui demandant s'il pense que Didier Deschamps est raciste, l'attaquant écarté des Bleus pour l'Euro 2016 répond : "Non, je ne le pense pas". Puis embraye : "Mais il a cédé à la pression d'une partie raciste de la France. Il faut savoir qu'en France, l'extrême droite est arrivée deuxième lors des dernières élections. Je ne sais pas si c'est une décision de Didier Deschamps seulement, parce que je m'entendais bien avec lui et avec le président (Noël Le Graët, ndlr)".

Avec ces propos, qui s'inscrivent directement dans le cadre de l'affaire du chantage à la "sextape" de Mathieu Valbuena, Karim Benzema porte lui-même pour la première fois la question du racisme à son encontre. Ces derniers mois, le footballeur semblait pourtant avoir délaissé cet aspect du dossier pour se concentrer sur la donne purement juridique et sportive.

D'abord sur la défensive

Lorsque l'affaire éclate en novembre 2015, Karim Benzema, déjà assisté de Me Sylvain Cormier, choisit de prendre une figure médiatique pour assurer sa défense : Alain Jakubowicz, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). D'emblée, l'avocat axe ses propos sur la personnalité et les origines sociales de son client, bien souvent perçu comme un arrogant jeune issu des quartiers populaires. "Karim n'est peut-être pas l'idole qu'on voudrait. Il ne fréquente pas les beaux salons parisiens. On ne va pas en faire un coupable parce qu'il vient des quartiers", lance-t-il le 12 novembre sur Infosport+.

"Ça suffit arrêtons cet acharnement, arrêtons de présenter cet homme comme un voyou. Tout le monde vous dira que Karim Benzema est un coéquipier exemplaire", ajoute-t-il sur RTL avant de se demander s'il existe une "jurisprudence spécifique" pour l'ancien avant-centre de l'Olympique Lyonnais. En réaction au baromètre Odoxa-Winamax-RTL montrant que 7 Français sur 10 sont opposés à la sélection de Karim Benzema chez les Bleus, l'avocat s'interroge explicitement sur Twitter : "Et s'il ne s'appelait pas Karim ?"

À lire aussi
Benzema célébrant son but contre la Real Sociedad, le 23 novembre 2019 Ligue des champions
Real Madrid-PSG : Karim Benzema au sommet de sa forme avant d'affronter Paris

Par ailleurs, Alain Jakubowicz axe également sa défense sur une volonté de dissocier Karim Benzema des autres prévenus de cette affaire, proches de lui. Il estime ainsi que l'attaquant madrilène n'est qu'un "intermédiaire positif" et considère que sur BFMTV que son client est un "homme traîné dans la boue" qui "va mal" et se trouve mêlé malgré lui à cette affaire.

L'offensive contre le dossier et Manuel Valls

Après avoir tendu la main à Mathieu Valbuena en présentant ses excuses dans l'émission Sept à Huit pour avoir pris cette affaire "à la rigolade" avec son "ami d'enfance", Karim Benzema change d'avocat en mars 2016. À la place d'Alain Jakubowicz, c'est le ténor du barreau Éric Dupond-Moretti qui prend en charge le dossier. À cet instant, la stratégie de défense change radicalement à deux mois de l'annonce de la liste des Bleus pour l'Euro et alors que l'opinion publique continue de faire preuve d'une certaine défiance.

S'il n'élude pas totalement le fait qu'il est difficile d'avoir "une bonne image" lorsque l'on est "un gamin issu d'une banlieue et arabe", selon des propos rapportés par Orange, Éric Dupond-Moretti porte principalement ses charges sur l'aspect juridique. "Cette affaire, qui est une montagne pour le moment, va accoucher d'une toute petite souris, voire de rien du tout. Il n'y a aucune raison que Karim Benzema ne soit pas sélectionné", dit-il sur RTL.

Surtout, l'avocat ne cesse de prendre pour cible le Premier ministre Manuel Valls qui avait déclaré que les "conditions n'étaient pas réunies" pour le footballeur soit appelé. "Manuel Valls a dans son équipe gouvernementale deux condamnés : Monsieur Ayrault et Monsieur Désir. Vous avez entendu Didier Deschamps contester la constitution de l'équipe du gouvernement ? Mais de quoi il se mêle le Premier ministre ? (...) Que chacun reste à sa place, de grâce", implore-t-il au micro de RTL.

Karim Benzema prend les devants

L'interview remarquée de Karim Benzema dans Marca semble de nouveau marquer un tournant dans sa stratégie de défense. Car cette fois, il explique donc clairement, et non à demi-mots, que sa non-sélection avec les Bleus est la conséquence de la "pression d'une partie raciste de la France". Autrement dit, le footballeur explique sans détour que sa présence au sein de l'équipe de France a été contestée en raison de ses origines algériennes.

Ces propos font directement écho à ceux de l'ancien international français Éric Cantona et l'humoriste Jamel Debbouze. Quand le premier estime que Karim Benzema n'a pas été sélectionné à cause de ses "origines nord-africaines", le second regrette que le footballeur "paye la situation sociale du pays".

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Karim Benzema Équipe de France de football Euro 2016
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants