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Jean-Louis Valentin : "Nous avons laissé Domenech gérer seul l'équipe de France"

Jean-Louis Valentin, qui a démissionné dimanche dernier de son poste de directeur délégué de la Fédération (FFF) auprès de l'équipe de France à la suite de la grève des joueurs, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin.

Jean-Michel Aphatie
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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Louis Valentin.

Jean-Louis Valentin : Bonjour, Jean-Michel Apathie.

Les projecteurs se sont braqués sur vous dimanche dernier lorsque vous avez annoncé votre démission, à la suite du refus des joueurs de l'équipe de France de s'entrainer.

Absolument...

Vous avez vécu le parcours de cette équipe de France depuis l'intérieur, à partir de 2008. Qui est responsable du fiasco ?

Les joueurs d'abord, parce que ça devait être leur coupe du monde et c'est une compétition qui n'a lieu qu'une fois tous les quatre ans. Il faut la réussir. Leur responsabilité est à mon avis engagée, d'ailleurs ils ne le nient pas.

Parce qu'ils se sont pas livrés, parce qu'ils ont pas été bons ?...

Parce qu'ils se sont pas livrés, et qu'on n'a pas vu sur le terrain une véritable équipe au sens collectif du terme. L'entraineur ensuite, parce qu'il a eu dans la durée les moyens de construire cette équipe. Et donc à l'arrivée, on est bien obligés de s'apercevoir que ça n'a pas été le cas. Ca n'a pas marché. Et puis la Fédération dans son ensemble. Enfin je veux dire les autorités fédérales comme on les appelle, parce que je crois que nous n'avons pas su faire preuve d'autorité quand il le fallait.

A quel moment ? Il y a quelque chose de précis dans votre tête ?

Oui, je pense que nous avons laissé Raymond Domenech tout seul gérer l'équipe de France en lui disant c'est ta responsabilité. La vie du groupe c'est toi qui t'en occupes, et nous nous sommes là pour organiser l'intendance, la logistique, pour mettre en place les conditions optimales en vue de la coupe du monde, mais finalement on n'est pas allé au-delà...

Une forme de démission des responsabilités des responsables ?

Démission, le mot est peut être fort, parce que c'est la tradition à la FFF, si vous voulez, donc il n'y avait pas de ce point de vue d'exception. Depuis vingt ans, le sélectionneur est quelqu'un de tout puissant. Alors ça l'a été avec Jacquet, Lemerre, Santini. Ca l'a été avec Domenech. Et donc on s'est dit, on poursuit la tradition, le sélectionneur est tout puissant, et le président finalement n'intervient pas dans les affaires de l'équipe de France, sauf pour nommer le sélectionneur.

Alors justement on va en parler, mais d'abord les joueurs, Jean-Louis Valentin. Vous avez vécu dans l'hôtel Pezula, en Afrique du Sud. Avec eux, vous avez vu le groupe. Est-ce que vous confirmez - on l'a lu ici, mais vous vous étiez à l'intérieur -, par exemple l'existence, de clans, mais on va essayer de concrétiser le propos. La mise à l'écart de Yoan Gourcuff par notamment Franck Ribery et Nicolas Anelka. Est ce que vous l'avez vue, constatée ?

Moi non, pas de visu. Et je dirais que c'est aussi un des aspects du problème. Le drame, et je ne fais pas la langue de bois, au contraire, c'est vraiment l'expression de ce que j'ai vécu. C'est que ce genre de choses je peux pas vous le confirmer ou infirmer parce que je ne le savais pas. Et Jean-Pierre Escalettes non plus, parce qu'on les voit mais on ne vit pas avec eux.

On communique pas...

Ils communiquent pas, ou très peu. Si ils communiquent, ils vont communiquer avec l'encadrement technique, et au fond, il y a une coupure avec les dirigeants. Et à l'inverse de ce qui se passe dans un club où le président voit ses joueurs, voit son entraineur quotidiennement, on discute du fond avec lui. En équipe de France, c'est pas comme ça que ça se passe. Et à mon avis, c'est une des raisons du fiasco, et c'est une des choses qu'il va falloir changer très profondément aujourd'hui.

Les joueurs toujours. Jeudi soir, Nicolas Anelka insulte Raymond Domenech. Nous, nous le savons samedi matin quand "L'Equipe" inscrit cette fameuse phrase à la "une". Vous vous l'avez su quand ?

Vendredi soir, très tard...

Pas avant ?

Pas avant...

Donc c'est très étanche.

Très étanche, à l'intérieur. Et parfois d'ailleurs les journalistes savent avant nous.

Visiblement oui !

Si ça avait été terrible on ne serait pas là.

Dimanche, jour fatal, les joueurs refusent de s'entrainer. Donc ça vous l'avez vécu, vous y étiez. Qui étaient les meneurs dans le groupe?

Je crois que ça a été collectif. Moi ça m'a surpris parce que dimanche soir, on pensait que l'incident avec Anelka était terminé, qu'on avait essayé de le traiter dans le dialogue, avec le joueur et avec le capitaine, tout en restant ferme sur les principes, mais c'était quand même la moindre des choses, et le dimanche soir, d'ailleurs, les joueurs se sont entrainés. Il y a eu un entrainement à 17 heures, et il n'y a pas eu de remise en cause de cette obligation qui est quand même fondamentale quand vous êtes professionnel et international, vous allez vous entrainer. Et donc le lundi on a cet entrainement ouvert au public devant des jeunes sud africains que nous on a fait venir par navette en liaison avec la mairie de Knysna, et on a ce spectacle affligeant. Moi j'ai dit : "Stop, ça peut plus durer, maintenant la plaisanterie a assez duré !"

C'est vous qui dîtes stop, et on voit Escalettes les mains dans son parka, il dit rien !

Jean-Pierre est un homme qui déteste l'affrontement...

Ca s'est vu...

Voilà. C'est un homme qui aime les synthèses, les compromis, pour lequel le football est une fête et qui n'est pas préparé à considérer que le football peut devenir un espèce de psychodrame.

Il a été dépassé par les évènements.

Il les vit très mal les évènements. Vous savez, l'équipe de France qui devrait être pour lui et qui aurait dû être pour lui une source de plaisir, c'était devenu une source d'embêtement et de tracas lourds pour lui.

Patrice Evra, le capitaine de l'équipe de France, a dit qu'il y avait "un traitre dans le groupe". Il l'a dit publiquement samedi soir lors d'une conférence de presse. Y avait-il un traitre ? Des traitres ?

Vous savez, quand vous allez sur ce terrain de la délation, de la traitrise etc., vous savez quand vous commencez, vous savez pas quand vous terminez, parce qu'au fond, ce dont je me suis aperçu, il y a beaucoup d'informations qui sortent au Pezula. Est ce qu'elles sortent d'une source, de plusieurs. Vous pouvez pas empêcher les gens de parler. Alors s'il y a quelqu'un qui vraiment dans le groupe de manière conscient a livré des informations à l'extérieur, bon, peut être, mais alors à ce moment, il faut avoir des preuves de ce qu'on avance. Pour ce qui me concerne, moi je vais pas aller sur ce terrain

On apprend aujourd'hui que Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Sports, a été interdite de parole hier par sa ministre Roselyne Bachelot ; puis visiblement le cabinet de Sarkozy a fait en sorte qu'elle ne s'exprime pas après le match. Est-ce que Rama Yade vous a fait du mal par les déclarations qui ont précédé la Coupe du monde, quelques jours avant elle avait mis en cause le choix de l'hôtel, notamment. Est-ce qu'elle vous fait du mal, Rama Yade ?

On l'a mal ressenti. Franchement. Parce que d'abord c'est la ministre du secrétaire d'état aux sports, parce qu'ensuite il y avait un lien qui était assez bon au départ avec elle quand elle était venue il y a un an à Clairefontaine, et ses déclarations elles ont été mal ressenties, oui.

Et ça a perturbé ?

Oh perturbé, n'exagérons rien. Le problème était ailleurs.

On attend beaucoup de Laurent Blanc maintenant, qui va prendre la succession de Domenech. Laurent Blanc, son salaire : 100.000 euros par mois. Ca c'est vous, la Fédération, vous en étiez partie prenante, qui a décidé de ce salaire. Il les vaut Laurent Blanc, ses 100.000 euros par mois, d'après vous ?

Oh, vous savez maintenant les salaires dans le foot. Bon, c'est un grand entraineur, il l'a montré. Je crois que le sujet-là, c'est pas simplement financier ! Et là je voudrais dire quelque chose, parce que j'ai l'impression que tout le monde dit allez Laurent Blanc arrive, on va lui remettre les clés, et puis nous on va se débarrasser du problème, il a un bon salaire, il va tout gérer, le sportif, les valeurs, et le reste. Et puis nous, on sera à l'abri bien au chaud. Eh bien non, si on veut aller dans cette direction, je vais vous dire, on se plantera.

Et qu'est-ce qu'il faut faire ?

Il faut entourer Laurent Blanc. Il faut pas que le sélectionneur reste isolé, seul avec la pression et des joueurs qu'il ne voit pas toute l'année, qu'il n'a que quarante jours par an et qui sont chacun des stars dans leur club

C'est fini pour vous le foot ?

Oui, c'est fini professionnellement...

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2010-06-23 11:33:00