4 min de lecture Mondial 2014 au Brésil

Coupe du monde 2014 : Neymar, seul héritier d'un Brésil disparu

DÉCRYPTAGE - Seule étincelle d'un collectif que l'on attendait tout feu tout flamme, Neymar porte le Brésil qui se souvient grâce à lui d'une identité de jeu pourtant abandonnée avant sa naissance.

Neymar lors d'un entraînement de la Seleção, le 3 juillet 2014
Neymar lors d'un entraînement de la Seleção, le 3 juillet 2014 Crédit : AFP/V.Almeida
Julien Quelen
Julien Quelen
Journaliste RTL

Le Brésil le plus faible de l'histoire. S'il fallait résumer, en substance, les dires des uns et des autres concernant les performances du Brésil depuis le début de la Coupe du monde, cette phrase les condenserait parfaitement. Malgré tout, si le collectif de Luiz Felipe Scolari ne scintille pas comme ceux jadis emmenés par Garrincha, Pelé, Jairzinho ou Zico, le voilà aujourd'hui en quart de finale de "son" Mondial qu'il entend remporter envers et contre tout. 

Pour cela, la sélection auriverde n'a pas d'autre choix que de se reposer sur Neymar. À seulement 22 ans, et dans un climat social délétère, le prodige assume les énormes responsabilités qu'induisent une Coupe du monde à domicile. Depuis trois semaines, l'attaquant du FC Barcelone est le seul à évoluer au niveau de ses aïeux et à représenter ce que l'Histoire a baptisé le "style brésilien". 

Le Brésil, c'était mieux avant

Aujourd'hui, les inconscients renvoient le "pays du football" à une équipe nationale au jeu léché, pratiqué par onze acteurs tous aussi techniques qu'offensifs, capables de faire la différence n'importe où et n'importe quand. Pourtant, ce Brésil-là a vécu, gagné et péri il y a déjà bien des années. Ce n'est que par séquences que Neymar, son héritier, le ressuscite en ses terres.  

La référence qui illustre le mieux ce à quoi nous renvoie notre imaginaire brésilien est donc l'équipe championne du monde pour la première fois de son histoire en 1958. Avec les Garrincha, Zagallo, Zózimo, Nílton Santos, Vava, Didi et le tout jeune Pelé, le Brésil était fait d'une balance offensive qui ne souffrait d'aucun contrepoids. Le monde s'agenouillait alors devant sa puissance et ses 16 buts buts inscrits en Suède (dont 10 pendant les seules demi-finale et finale de la compétition.). 

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Finale 1958, Brésil - Suède : 5 -2 Durée : |
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Dès lors, le Brésil va devenir aux yeux du monde l'ultime référence footballistique. Alors que ses joueurs évoluent encore au pays, la Seleção va nourrir des fantasmes qui perdureront naturellement après son deuxième titre de championne du monde, en 1962

Comme quatre ans auparavant, la bande à Garrincha (meilleur buteur et joueur de la compétition) impressionne et inscrit presque autant de buts (15) avant de soulever un trophée qu'elle remportera une troisième fois, huit ans plus tard. 

1970, le dernier "vrai" Brésil

Orchestrée par le Roi Pelé au sommet de sa forme, la sélection brésilienne va remporter, lors du Mondial 1970 au Mexique, un des plus grands succès collectifs de l'Histoire du football. Autour de Pelé, Jairzinho et Rivelino s'ajoutent à la merveilleuse équipe dirigée par le double champion du monde Mario Zagallo

Avec une efficacité offensive inégalable (le Brésil a inscrit 19 buts en 6 matches), les Auriverde vont tout simplement marcher sur tout le monde et régaler le public de gestes inédits, de passes improbables et d'inspirations innées qui respirent le football à un point qui dépasse l'entendement. 

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La finale Brésil-Italie de la Coupe du monde 1970
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L'incroyable geste de Pelé lors du Mondial 1970

Après cela, le Brésil ne sera pas sacré avant 1994 et l'avènement d'un nouveau collectif réuni autour de joueurs offensifs hors-normes. Un vide qui sera compensé par l'évolution d'un football modernisé par la pensée néerlandaise, la puissance physique allemande, la solidarité italienne et le génie de Diego Armando Maradona. 

1994 - 2006, un Brésil dans l'air du temps

Expatrié et beaucoup plus marqué par la culture européenne (7 des 11 titulaires de l'équipe évoluent sur le Vieux Continent), le collectif brésilien retrouve de sa superbe en additionnant la discipline et la tactique à son football de rêve et à ses magiciens. 

Emmené par le mirifique duo Romario-Bebeto au devant d'une équipe solide dans tous les secteurs de jeu, le Brésil va de nouveau conquérir le monde mais avec des armes différentes. Au-delà des brillantes individualités qui la composent, l'équipe dirigée par Carlos Alberto Parreira résiste et apporte les réponses physiques et technico-tactiques aux équipes européennes. 

Neymar sur les traces de Ronaldo

Le prodige Neymar n'est pas fait de la même graine que Luis Nazário de Lima, dit Ronaldo. Celui-là même sur qui tout reposait en 1998 et jusqu'en 2006. Du moins, pas tout à fait. Il n'est pas de cette race de pur avant-centre brésilien mais il est incontestablement ce genre de joueur de qui tout découle et dépend. 

Comme en 2002, où il était allé au bout de son rêve grâce à un des plus grands buteurs de son histoire, le Brésil tente de récidiver avec quelques handicaps en plus. Esseulé, Neymar est responsable d'un bloc sans folie qui a tout de même le mérite de jouer dans le camp adverse pour ne pas rompre totalement avec ses traditions. 

Devant une défense extrêmement solide qui ne tient pour le moment pas toutes ses promesses et aux côtés de joueurs décevants (Oscar, hulk, Fred...), Neymar attaque, défend et se sacrifie pour son équipe en même temps qu'il la dynamite et la tient à bout de bras. 

Le relais est entre de bonnes mains

Seul et unique joueur à illuminer un collectif qui est désormais rompu à attendre ses exploits, Neymar Jr est bien celui sur qui le Brésil doit et peut compter. Son aisance, ses dribbles, sa volonté d'aller vers l'avant, de déborder, de créer le danger en permanence et de marquer rappellent les plus belles heures de la Seleção et confirment son appartenance à la grande lignée des créateurs auriverde. 

Si, comme Ronaldo, il venait à offrir le titre suprême aux Brésiliens, Neymar entrerait incontestablement au panthéon du maillot le plus symbolique de l'histoire du football. À tout juste 22 ans, son fardeau est un devoir empreint de paradoxes : raviver la mémoire de ses pères et continuer le combat contre le temps qui passe

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