5 min de lecture Corruption à la FIFA

Corruption à la FIFA : quels pays pour remplacer la Russie et le Qatar pour les coupes du monde 2018 et 2022 ?

DÉCRYPTAGE - Si les accusations de corruption étaient avérées, la Russie et le Qatar pourraient perdre l'organisation des prochains mondiaux. Plusieurs pays apparaissent comme des remplaçants crédibles.

Le Qatar et la Russie désignés organisateurs des mondiaux 2018 et 2022 de football, le 2 décembre 2010
Le Qatar et la Russie désignés organisateurs des mondiaux 2018 et 2022 de football, le 2 décembre 2010 Crédit : PHILIPPE DESMAZES / AFP
Romain Renner
Romain Renner
Journaliste RTL

Sujette à polémique depuis son annonce, le 2 décembre 2010, la désignation de la Russie et du Qatar comme organisateurs des coupes du monde de football 2018 et 2022 pourrait être remise en cause. Selon le président du comité d'audit de la FIFA, Domenico Scala, ces deux pays pourraient perdre le droit d'organiser la compétition si les faits de corruption dont ils sont accusés sont avérés. "Ces preuves n'ont pas été fournies", précise-t-il toutefois. La menace n'en est pas moins réelle, alors que le scandale qui éclabousse la fédération internationale de football a conduit son président, Sepp Blatter, à la démission.

Retirer à un pays l'organisation d'une compétition aussi importante que la Coupe du monde n'est pas une décision anodine. Les investissements réalisés pour accueillir un tel événement sont très lourds et les retombées économiques attendues doivent permettre de les amortir. La Russie a déjà engagé plus de 19 milliards d'euros et construit plusieurs stades afin d'être prête pour son Mondial 2018. Même situation au Qatar, où l'émirat a d'ores et déjà dépensé près de 190 milliards d'euros. Si le Qatar semble plus à même de se relever d'un tel échec économique, la Russie ne paraît pas en situation de dépenser de telles sommes pour un retour sur investissement nul.

Angleterre 2018 ou 2022 ?

Se pose ensuite la question de la réaffectation de la compétition. Il paraît aujourd'hui difficile de retirer l'organisation de la Coupe du monde 2018 à la Russie, à trois ans de son coup d'envoi. Peu de pays paraissent en effet en mesure d'accueillir un événement aussi important dans un délai aussi court. Il existe pourtant un précédent. En 1982, la Colombie avait dû renoncer à être le pays hôte du Mondial 1986 pour lequel elle avait été désignée en 1974. Faisant face à d'importants problèmes financiers, l'État colombien s'était retiré, donnant leur chance à trois candidats "de dernière minute" : le Mexique (qui l'emportera dès le premier tour de votes), les États-Unis et le Canada. Changer l'organisateur de la Coupe du monde 2018 serait donc difficile mais pas impossible. Le cas du Mondial 2022 est bien plus simple.  À supposer que de telles décisions soient prises dans le courant de l'année 2015, un nouveau pays-hôte aurait sept ans pour se préparer.

Si la FIFA venait à nous demander d'envisager d'héberger le Mondial 2022, notre pays dispose des infrastructures nécessaires

Le secrétaire d'État britannique aux Sports
Partager la citation

Les regards se portent donc tout naturellement sur les candidats malheureux à l'organisation de ces compétitions suspectes. L'Angleterre, éliminée dès le premier tour de votes (2 voix), se dit prête à accueillir le Mondial 2022. "Si la FIFA venait à nous demander d'envisager de l'héberger, notre pays dispose des infrastructures nécessaires et nous avions monté un dossier très impressionnant, bien qu'infructueux, pour accueillir le Mondial 2018", a notamment déclaré le secrétaire d'État britannique à la Culture et aux Sports devant les parlementaires de la chambre des Communes. L'ancien président de l'UEFA, Lennart Johansson, va plus loin et pense que l'Angleterre doit accueillir la prochaine édition. "Elle n'a plus eu la Coupe du monde depuis 1966, et elle est la patrie du football", explique-t-il.

À lire aussi
Michel Platini et Noël Le Graet, le 24 avril 2014, à Paris Corruption à la FIFA
Michel Platini : "Chacun sa vie, chacun se démerde", estime Noël Le Graët

L'Angleterre dispose en effet de grands stades et ses grandes villes (Londres, Birmingham, Manchester, Liverpool) paraissent à même d'accueillir d'importants rassemblements humains. Les autorités britanniques considèrent toutefois que l'édition 2022 ne devrait pas avoir lieu en Europe et ne se considèrent que comme une solution de repli. Quatre autres pays s'étaient portés candidats en duos (Espagne-Portugal et Belgique-Pays-Bas) et avaient obtenu de meilleurs résultats que l'Angleterre. L'Espagne et le Portugal ont été durement frappés par une crise de nature à freiner leurs ambitions. Le second attelage a, lui, l'expérience d'une compétition réussie (l'Euro 2000) mais ne s'est pas non plus manifesté.

Les États-Unis pour une revanche ?

Vexés d'avoir été battus par le Qatar dans la course au Mondial 2022, les États-Unis sont un candidat crédible. Accusés par certaines personnalités de vouloir se venger, les Américains ont l'avantage de disposer d'infrastructures de qualité et de très gros moyens, renforcés par des investissements toujours plus conséquents dans le soccer. L'Amérique du Nord n'a plus accueilli la Coupe du monde depuis 1994 (États-Unis) et lorgne sur l'obtention de l'édition 2026. Il est toutefois peu probable d'entendre une déclaration d'intention américaine tant qu'aucune décision n'aura été prise concernant les prochaines coupes du monde. Instigatrice de l'enquête contre la FIFA, la justice américaine ne peut pas se permettre d'apparaître comme partiale aux yeux de l'opinion. 

Des pays moins attendus ?

L'Australie, éliminée dès le 1er tour de vote (1 voix) aurait, elle aussi, une carte à jouer. On la dit candidate à l'organisation des prochaines éditions (2026 ou 2030) et l'Océanie est le seul continent à n'avoir jamais été hôte d'une Coupe du monde. La Nouvelle-Zélande, intéressée par l'organisation d'un tel événement, serait même prête à s'associer à son grand voisin. Reste à savoir si les deux pays sont prêts à sauter le pas.

Candidats également malheureux en 2010, la Corée du Sud et le Japon - séparément, contrairement à 2002 - n'ont pas fait entendre leur voix depuis les révélations du scandale. Le Japon prépare toutefois la Coupe du monde 2019 de rugby et pourrait s'en servir de base à l'organisation du Mondial de football, certes plus conséquente. Deux autres pays peuvent être considérés comme des candidats crédibles : le Canada et le Maroc, qui seraient selon toute vraisemblance en train de préparer leur candidature pour la Coupe du monde 2026. Le Canada, qui n'est pas le plus grand des pays de football, pourrait cependant avoir besoin d'investissements très lourds que pourraient nécessiter plus de temps pour se mettre en place.

Le cas du Maroc est différent. Le pays maghrébin a fait acte de candidature pour les mondiaux 1994, 1998, 2006 et 2010. Sa volonté de recevoir une Coupe du monde n'est donc plus à démontrer, d'autant qu'il a été l'hôte des deux dernières coupes du monde des clubs. Selon la presse anglaise,le Maroc serait même le véritable vainqueur du vote pour la désignation de l'organisateur du Mondial 2010, qui s'est finalement joué en Afrique du Sud. Le comité exécutif de la FIFA pourrait donc être tenté de récompenser la persévérance marocaine et réparer une injustice, si celle-ci était avérée. Dans le même temps, le Maroc est accusé d'avoir corrompu pour tenter d'obtenir la Coupe du monde 1998, ce que confirme Chuck BlazerIl faudra donc qu'il soit totalement disculpé pour pouvoir prétendre obtenir une Coupe du monde.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Corruption à la FIFA FIFA Économie
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants