4 min de lecture Corruption à la FIFA

Corruption à la FIFA : ce qu'il faut savoir sur le scandale

Blanchiment, comptes cachés, millions de dollars de pots-de-vin... la justice américaine a dressé un état des lieux accablant d'une corruption, selon elle "endémique" au sein de la FIFA.

Sepp Blatter le président de la Fifa le 15 mai 2015.
Sepp Blatter le président de la Fifa le 15 mai 2015. Crédit : FABRICE COFFRINI / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

"Dégage". C'est avec ce verbe que le journal allemand Bild fait sa Une, ce jeudi 28 mai. Le quotidien s'adresse directement à Joseph Blatter, le patron de la FIFA. La fédération est en pleine tourmente depuis l'arrestation à Zurich de neuf élus de l'instance par la police suisse à la demande de la justice américaine. Une vaste offensive anti-corruption a été lancée par l'institution américaine. Elle porte sur une vingtaine d'années et l'attribution de plusieurs Coupes du monde.

Pour l'heure, Blatter a restreint ses apparitions publiques. Il était censé faire, ce jeudi, un discours d'ouverture d'un congrès médical de la FIFA à Zurich mais s'est finalement fait excuser en raison des "turbulences" actuelles, comme l'a expliqué Jiri Dvorak, médecin en chef de l'instance participant à ce symposium.

Que reproche la justice américaine à la FIFA ?

Tout a commencé vers six heures du matin. Les suspects ont été placés en détention et font l'objet d'une demande d'extradition américaine. Seul l'un d'eux a accepté la procédure d'extradition simplifiée. Au total, neuf élus actuels ou passés de la FIFA et cinq partenaires de l'instance mondiale du football ont été inculpés de corruption, racket et blanchiment à New York, accusés d'avoir reçu ou distribué plus de 150 millions de dollars depuis 1991, pour les droits de diffusion de tournois internationaux. Certains responsables ont reçu des enveloppes contenant 40.000 dollars de pots-de-vin en cash dans un hôtel cossu des Caraïbes, quelques semaines avant d'élire le président de l'instance dirigeante du football en 2011, selon des documents de justice publiés mercredi. 

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Parmi les dirigeants visés figurent Jeffrey Webb (Iles Caïman), Eugenio Figueredo (Uruguay), tous deux membres du comité exécutif, et Jack Warner (Trinité-et-Tobago), ex-membre du comité exécutif. Ce dernier, déjà impliqué dans de nombreuses affaires de corruption, s'est dit "innocent". Il a été arrêté en fin de journée à Port-d'Espagne, capitale de Trinité-et-Tobago, selon  des médias. En fin de journée, la FIFA annonçait la suspension des neuf élus, plus Daryll Warner (fils de Jack) et l'Américain Chuck Blazer, ancien dirigeant de la Concacaf devenu l'informateur de la justice US. La Fédération brésilienne de football a de son côté suspendu de ses fonctions son vice-président José Maria Marin "jusqu'à la fin de l'enquête".  

L'UEFA et les sponsors contre la fédération

L'UEFA dénonce "la farce" du scrutin, par la voix de Michel Platini, président de l'UEFA, répète depuis un an que la FIFA a besoin "d'air frais", reprochant à Blatter de s'accrocher au pouvoir par "peur du vide". Sa Confédération européenne, écœurée par l'image de l'instance suprême avec ses démêlés judiciaires, à sorti la grosse artillerie mercredi soir, demandant le report du Congrès et de l'élection présidentielle (cérémonie  d'ouverture jeudi soir, travaux et scrutin vendredi), craignant dans le cas contraire une gigantesque "farce".


Plusieurs entreprises multinationales, dont Nike, Adidas et Coca-Cola, associées au sponsoring de la Coupe du monde de football ont exhorté mercredi la FIFA à faire le ménage en son sein après l'inculpation de plusieurs de ses dirigeants pour corruption. Les cartes de crédit Visa sont allées jusqu'à menacer de se désengager. Faute de changements, "nous avons informé que nous réévaluerions notre parrainage", a fait valoir Visa dans un communiqué, évoquant ses "profondes déception et inquiétude", a dit Visa dans un communiqué. "En tant que sponsor, nous comptons sur la FIFA pour prendre des mesures rapides et immédiates pour régler ces problèmes", a ajouté Visa, expliquant que  son parrainage avait pour but d'"encourager les communautés au rassemblement et de célébrer l'esprit de compétition et de réussite personnelle".

Une possible candidature de Ali bin Hussein

Ce jeudi, l'UEFA doit réunir ses 54 fédérations membres comme il est de tradition pour préparer le Congrès, qu'il soit électif ou non. Les Européens pourraient saisir cette occasion pour lancer un nouveau message fort. Voire envisager un boycott du Congrès ? Le milieu politique s'en mêle aussi. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a plaidé jeudi sur France Inter pour un report de l'élection de vendredi.

La base de l'élection est simple : 1 voix pour chacune des 209 fédérations. L'UEFA compte 54 membres mais ne dispose que de 53 voix, Gibraltar n'étant pas reconnu par la FIFA. L'Afrique possède 54 voix, l'Asie 46, la Concafaf (Amérique du nord, centrale et Caraïbes) 35, l'Océanie, 11 et l'Amérique du sud, 10.  Michel Platini soutient ouvertement le prince jordanien Ali bin Hussein (39 ans), seul candidat face à Blatter, mais les fédérations européennes n'ont pas arrêté de position commune. Comme annoncé selon nos informations, le président de l'UEFA s'est exprimé sur le sujet. Il a notamment demandé la démission de son homologue de la FIFA. "Moi qui ait une grande admiration pour la Fifa, j'en ai marre. Trop c'est trop. Pour notre image, ce n'est pas bon du tout. Je suis le premier dégoûté", a-t-il déclaré à la veille de l'élection.

Quelles suites ?

Selon l'économiste François Lenglet, "il est peu probable que cette affaire judiciaire remette en cause les prochaines Coupes du monde. Au moins pour la prochaine qui aura lieu en 2018 en Russie. Un événement comme celui-là se prépare pendant plusieurs années avant. Il occasionne des dépenses considérables de la part du pays hôte". 

Il rappelle ainsi que "la Coupe au Brésil, par exemple, avait nécessité 8 milliards d'investissements. Il en sera de même pour la Russie qui a déjà engagé les travaux. Mais l'affaire pourrait provoquer une opération mains propres au sein de la Fédération, exactement comme le CIO qui organise les Jeux Olympiques. Lui il avait connu, il y a une quinzaine d'années, un scandale pour une attribution truquée des jeux à Salt Lake City, aux États-Unis, et avait dû réformer ses pratiques".  

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2015-05-28 15:24:00
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