3 min de lecture Mondial 2014 au Brésil

Evra décrit de l'intérieur par un ancien attaché de presse des Bleus

Attaché de presse de l'équipe de France de 2008 à 2010, François Manardo publie une lettre ouverte à Patrice Evra, mardi, sur le site internet du journal "Le Monde".

Patrice Evra sous le maillot de l'équipe de France en octobre 2013
Patrice Evra sous le maillot de l'équipe de France en octobre 2013 Crédit : AFP/L.Bonaventure
Gregory Fortune
Gregory Fortune
Journaliste RTL

C'est un document aussi fort qu'instructif, poignant et éclairant. Au surlendemain de la diffusion sur TF1 de l'interview qui a, une fois de plus, créé un séisme dans le football français, Le Monde a publié mardi sur son site internet une lettre de François Manardo à l'adresse de Patrice Evra.

Derrière le titre "Patrice, ne pouvais-tu pas choisir un autre moment ?", l'ancien attaché de presse des Bleus, peu connu du grand public, raconte les moments qu'il a vécus aux côtés du défenseur de Manchester United, le décrit, l'analyse et permet de mieux le comprendre.

Accessible, chambreur, le regard espiègle... Quand on le fréquente, 'Pat' a tout pour plaire

François Manardo, ancien attaché de presse de l'équipe de France
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Accessible mais "manichéen"

"J'ai connu Patrice Evra à l'occasion d'un rassemblement de l'équipe de France, en septembre 2008, explique d'abord François Manardo. Avec lui, le courant est tout de suite passé. Accessible, chambreur, le regard espiègle... Quand on le fréquente, 'Pat' a tout pour plaire", assure-t-il, avant d'émettre un bémol de taille : "À son contact, j'avais vite remarqué sa vision manichéenne du monde qui l'entoure, marque de fabrique de beaucoup de footballeurs professionnels, où il n'y a pas de place pour la nuance et la flexibilité. Très sympa, 'Pat', mais également têtu".

L'auteur s'attarde ensuite sur "le formidable attachement aux Bleus" d'Evra. "Je sais qu'en disant cela, après les événements de Knysna lors du Mondial sud-africain de 2010, beaucoup ne me croiront pas. Pourtant, Patrice Evra est un Bleu dans l'âme, mais cet amour s'est cruellement et concrètement transformé en histoire de Je t'aime, moi non plus". Il raconte qu'en "découvrant un soir de mai 2010, à l'entrée du vestiaire des Bleus au stade Bollaert de Lens, qu'il était promu capitaine de l'équipe de France, Evra fut comme un gosse émerveillé".

Lorsqu'il découvrit que le brassard était accroché au cintre de son copain Evra, Gallas 'tira la tronche' pendant une semaine

François Manardo, ancien attaché de presse de l'équipe de France
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Les fantômes de Knysna révéillés

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"Sauf que l'histoire commençait déjà mal", poursuit François Manardo, qui rappelle qu'en "cette période de préparation (...), c'était a priori à William Gallas que devait revenir le capitanat (...). Lorsqu'il découvrit que le brassard était accroché au cintre de son copain Evra, Gallas 'tira la tronche' pendant une semaine". La suite de l'histoire tournera au cauchemar pour "capitaine" Evra comme pour les Bleus, en Afrique du Sud. D'abord avec l'exclusion du groupe de Nicolas Anelka, puis avec la grève de l'entraînement et l'épisode du bus à Knysna, dont Patrice Evra fut l'un des initiateurs.

"De retour de Knysna, je suis resté quelque temps en contact avec Patrice, raconte ensuite l'attaché presse. Il était meurtri, accablé par ce rendez-vous totalement raté en Afrique du Sud. Il avait également conscience d'être devenu un bouc émissaire mais se focalisait plutôt sur la naïve sincérité de son action sous le maillot tricolore. Il avait fauté mais n'avait pas mesuré les conséquences catastrophiques. À ses yeux, ça dominait tout le reste. Ce fut une nouvelle erreur (...). Et quelle erreur aujourd'hui, après une saillie médiatique invraisemblable de maladresse, de réveiller les fantômes de Knysna qui s'assoupissaient un peu grâce aux efforts considérables de la FFF pour redorer l'image des Bleus, ainsi que la manière et l'état d'esprit encourageants affichés par les joueurs lors des deux derniers matchs".

N'as-tu pas deviné que, les jours qui précéderont la double rencontre capitale contre l'Ukraine, les médias ne s'intéresseront qu'à ta sortie médiatique et à ses suites ?

François Manardo, ancien attaché de presse de l'équipe de France
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Aussi, François Manardo conclut en interrogeant directement Evra : "Patrice, ne pouvais-tu pas choisir un autre moment ? N'as-tu pas deviné que, les jours qui précéderont la double rencontre capitale contre l'Ukraine, les médias ne s'intéresseront qu'à ta sortie médiatique et à ses suites ? Ils solliciteront tes coéquipiers, ton sélectionneur, les anciens, les nouveaux consultants et tutti quanti. Et il faudra, encore une fois, faire amende honorable et/ou dédramatiser un climat de nouveau lourd. Quelle énergie inutile ! Quel mauvais timing ! Et quelle méconnaissance du palmarès de Bixente Lizarazu et de Luis Fernandez en Bleu, toi qui y attaches justement tellement d'importance.

"Un beau jour, il faudra pourtant crever la bulle, termine François Manardo. Dire ce que tu as avais sur le cœur en Afrique du Sud. Dire que tu t'es (très) inutilement sacrifié sur l'autel de la sacro-sainte intimité du vestiaire, à y jouer les combattants de l'inutile. Comprendre, aussi, que les critiques, même si elles touchent tes proches, escortent toujours la célébrité".

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